Man on the Moon


En lien avec la rétrospective Milos Forman à la Cinémathèque Française, Carlotta ressort en salles un des biopics réalisés par le monsieur : Man on the Moon, évocation de la vie du génie Andy Kaufman.

Psychologie des foules

La rétrospective Milos Forman à la Cinémathèque Française…Bah c’est fini à l’heure où j’écris ces lignes, depuis hier. Curieux réalisateur à la carrière non moins curieuse, pour lequel les États-Unis, comme beaucoup d’autres cinéastes exilés d’Europe avant lui ont vraiment été une terre d’accueil et de réussite. Deux fois oscarisé, multi-récompensé à travers le monde, cumulant succès public et d’estime et officiant dans des genres bien différents, il est notamment un cinéaste ayant la particularité d’avoir réalisé non pas un, mais plusieurs biopics (Amadeus, Larry Flynt, Les fantômes de Goya dans une moindre mesure) dont Man on the Moon que Carlotta ressort en salles depuis le 13 septembre 2017. Tourné en 1999, soit près de quinze ans après la mort d’Andy Kaufman, il a contribué à la connaissance de ce dernier dans l’Hexagone, bien que cette dernière soit tout de même assez frêle.

Il faut dire que Forman a mis les bouchées double en employant une star immense pour jouer le rôle-titre, Jim Carrey. La performance, saluée et resaluée mais tout de même un peu forcée (vous pouvez consulter des comparaisons le vrai Andy Kaufman/Jim Carrey sketchs par sketchs sur YouTube), épouse une évocation en fait partielle de la vie d’Andy, débutant grosso modo le jour où il rencontre dans un café-théâtre Georges Shapiro, le producteur avec lequel il travaillera tout le reste de sa courte vie d’humoriste-acteur-provocateur. Le long-métrage prend le parti de ne s’axer quasiment que sur le monde du spectacle et le rapport de Kaufman à celui-ci : peu de scènes intimistes (rares sont celles seul avec sa petite amie jouée par Courtney Love), mais quasiment l’intégralité retranscrit les multiples performances-canulars (ex : feindre de toute pièce une rivalité médiatique avec un catcheur célèbre, jusqu’à simuler une blessure grave au cou et porter une minerve sur les plateaux de télé) qui ont rendu le bonhomme célèbre. Un peu comme un film policier finalement, Man on the Moon dresse la liste des coups d’éclat du protagoniste, positionnant le spectateur exactement comme celui de l’époque face à un des shows ou émissions de Kaufman : est-ce que c’est la vérité ou c’est monté de toute pièce par Andy ?

Si Milos Forman tourne la chose avec une gaieté et une précision prenante, le reproche peut être fait d’un peu trop jouer le jeu d’Andy, en ne proposant un biopic qu’en forme d’énigmes successives, comme si Kaufman l’avait tourné lui-même (ce n’est pas un hasard s’il ouvre le long-métrage en s’adressant directement au spectateur), donnant le sentiment d’une certaine superficialité (mais qui dénonce la superficialité du show-business, oui je sais…). Si on est admirateur du génie, et je pèse mes mots, du génie artistique de Kaufman – véritable comédien kamikaze d’une remarquable intelligence sur le comportement des foules, capable de se mettre une nation à dos juste pour le plaisir de montrer que la société du spectacle (copyright Guy Debord) est absurde – l’on pourra regretter de ne pas découvrir davantage de l’homme. De sa construction personnelle, de son lien à sa famille ou ses proches (bien que son binôme avec Bob Zmuda soit souligné), toutes ces choses qui permettraient de comprendre sa vision et son talent si particuliers. Au lieu de cela, nous revivions chaque grand coup médiatique de sa vie tel un catalogue avec néanmoins beaucoup de sensibilité, dont la séquence de l’annonce du cancer est un superbe exemple. « Tu ne connais pas le vrai Andy » dit d’ailleurs Kaufman dans le film, ce à quoi sa petite amie lui répond « Il n’y a pas de vrai Andy ». Avec malice, Forman prend la réplique au pied de la lettre et fait de Kaufman un personnage de show-business 24h sur 24. Ce qu’il était peut-être vraiment me direz-vous.

 


A propos Alexandre Santos

En parallèle d'écrire des scénarios et des pièces de théâtre, Alexandre prend aussi la plume pour dire du mal (et du bien parfois) de ce que font les autres. Considérant "Cannibal Holocaust", Annie Girardot et Yasujiro Ozu comme trois des plus beaux cadeaux offerts par les Dieux du Cinéma, il a un certain mal à avoir des goûts cohérents mais suit pour ça un traitement à l'Institut Gérard Jugnot de Jouy-le-Moutiers.

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