Hero Corp – Saison 5


Dix ans, cinq saisons, trois formats différents et une armée de fan prête à hurler au « Pinage ! » dès qu’il le faut. Il est temps pour nous de parler de la série de Simon Astier Hero Corp, véritable OVNI du petit écran français, à l’occasion de la sortie vidéo chez Universal de son ultime saison.

De zéros en héros

Tout commence en 2008, quand John, protagoniste principal de cette série et petite crapule en fuite, débarque dans un village français, perdu dans les campagnes. Il y vient pour enterrer sa tante Marie, qui l’a élevé et à qui il ne parle plus depuis des années. Sans le savoir, il débarque dans une base de super-héros (dont il fait partie, mais il ne le sait pas encore) à la retraite. Et pour cause, l’acide de l’un s’est transformé en shampoing, les boules de feu de l’autre ne servent plus qu’à faire cuire le pain et j’en passe… Je ne voudrais pas spoiler la série aux quelques malheureux qui ne l’ont pas encore vue, mais il convient de donner quelques infos pour bien saisir l’ambiance de la série. Dans ce petit village français, tout le monde porte un nom américain prononcé superbement à la française et semble vivre dans un contre-rythme permanent. Et il faut prévenir ces quelques malheureux de tenir bon lors des deux premiers épisodes, pour ensuite glisser sur l’autoroute de la vanne et de la poésie, parce que oui, les deux premières saisons d’Hero Corp sont pleines de poésie. Simon Astier connaît les codes du comic et de la pop culture qu’il emprunte sans aucune outrance, bien au contraire. Générique en bande dessinée, références à X-Files, mais aussi aux films de super-héros, dont un certain Wolverine qui se la raconte trop, sans oublier la série Lost dont le personnage de l’arrogant et geignard Jack Shepard semble avoir inspiré le caractère du héros John, ici incarné par Simon Astier, aussi scénariste et réalisateur de la série. La deuxième saison de Hero Corp se termine sur un cliffhanger insoutenable et la série est alors non reconduite par la chaîne qui la produit et la diffuse (Comédie !), ce qui provoque de nombreux émois chez les centaines de fans francophiles. Dès lors, ils se mobilisent un peu partout dans le monde (mais surtout en France quand même…) pour manifester pacifiquement dans les rues en hurlant « Pinage » célèbre cri de guerre de nos héros préférés. Du jamais vu ! Il faudra attendre trois ans pour que la troisième saison puisse voir le jour, grâce au soutien des fans, bien aidés par le soutien d’une autre chaîne (France 4) empruntant au passage un nouveau format (de 25 à 7 minutes) et là, ce fût la douche froide.

Du ton léger et poétique, la série s’est mue vers un sérieux parfois un poil prétentieux et une lourdeur à tous les étages. A force de vouloir rendre l’intrigue plus dense dans un format d’épisode pourtant réduit – soit l’inverse totale de ce qui était arrivé à Kaamelott (2005-2009), la série télévisée de son frère Alexandre dans laquelle il jouait un petit rôle, qui s’était elle aussi dévoyée dans un sérieux étouffant au fil des saisons et de l’allongement, cette fois, de la durée des épisodes. En changeant la durée des épisodes – a t-il seulement eu le choix ? – Simon Astier est tombé dans un piège puisque le rythme si particulier (le contre-temps dont je parlais plus tôt) de la série, son identité en somme, s’annulait complètement dans ce nouveau format. Lorsque l’on ajoute à cela un scénario, on l’a dit trop sérieux, qui tentait de se renouveler par des rebondissements souvent capillotractés, la série finit au final par perdre une partie de ses fans inconditionnels. Clairement – et cela me fait un peu du mal de le dire – le vieil adage « les meilleures choses ont une fin » aurait dû s’appliquer à cette série qui a pâti lourdement de tous les changements qui lui ont été imposés par les chaînes et producteurs.

Reste peut être à sauver, au fil des cinq saisons certains des personnages secondaires, adorés des fans, au mépris de celui, pourtant principal, incarné par Simon Astier. Mention spéciale pour cet adorable Doug, dont l’évolution est notable, puisqu’il passe du terrifié et continuellement en colère de la bande en début de série au rôle du bagarreur, musclé et barbu, en fin. Malheureusement, alors que ce personnage doit devenir « vampire de jour » (probablement l’une des meilleures vannes de la série), l’idée pourtant amusante fût vite balayée et oubliée à mon grand regret. Conscient peut-être des limites de son propre personnage tout comme de l’amour portée par les fans à ses seconds rôles, Simon Astier a tout au long des cinq saisons, tenté d’introduire une véritable armée de personnages dont … On se fout, pour certains, littéralement. Ces derniers apparaissent parfois le temps de deux épisodes, personnages fonctions, ils servent juste à expliciter une intrigue et puis repartir. Enfin, il convient de parler des personnages féminins qui sont, quant eux, outrancièrement caricaturaux et insupportables. Hystériques et ne servant finalement, la plupart du temps, que de faire-valoir amoureux pour les personnages masculins. Seule la tante de John, Mary, bénéficie d’un traitement un peu moins maigre et ce malgré l’atroce jeu de la comédienne dont on ne sait (et sera jamais) s’il est pleinement voulu ou accidentel. Elle nous apparaît aussi sûrement largement en dessous (son jeu est avant tout très théâtral) car l’ensemble du casting est proprement impeccable, drôle, chaque acteur connaissant son personnage parfaitement et sachant le gérer avec le tempo qui lui est propre.

Terminons tout de même sur les points positifs, parce qu’il y a en a évidemment beaucoup. Malgré le vacillement des financements d’une saison à l’autre, la série a su conserver une image léchée respectant une certaine continuité (la photographie est signée Morgan Dalibert). Étienne Forget signe quant à lui une bande originale mémorable pour l’ensemble des cinq saisons et n’a pas oublié d’écouter Michael Giacchino et ses compositions pour Lost, et c’est tant mieux. Le générique et les dessins sont quant à eux de Olivier Peru dont on ne peut que saluer le coup de crayon. Fier de ses personnages, Simon Astier offre à la série un univers étendu, passant des webséries aux bandes dessinées, sans oublier les matchs d’improvisations, permettant d’expliquer ce qu’il ne peut mettre dans sa série, faute de temps. Et tant pis pour les « faux fans » qui eux, ne sauront jamais ce que devient le grand méchant The Lord.

La saison 5, éditée par Universal est dans les bacs, mais une intégrale est prévue pour les fêtes de fin d’années et se retrouvera probablement sur les listes au Père Noël, sur la mienne en tout cas, et ce malgré ma grande déception. Comme d’habitude, les coffrets sont soignés, les bonus sont nombreux et les produits s’adressent sincèrement et respectueusement aux fans, collectionneurs ou non. Et malgré toutes ses mauvaises notes, Simon Astier et sa bande méritent toutefois qu’on leur accordent les honneurs d’avoir su mener cette barque pourtant très tanguante, jusqu’à la fin. Avec cette ultime saison, une page se tourne pour Simon Astier dont je suis le travail depuis sa très notable série télévisée Off-Prime (mettant en scène la merveilleuse Virginie Efira, débutant alors une belle carrière de belle comédienne). Déçue ou pas, j’ai hâte de découvrir ce qu’il nous réserve par la suite.


A propos Angie Haÿne

Biberonnée aux Chair de Poule et à X-Files, Angie grandit avec une tendresse particulière pour les monstres, la faute à Jean Cocteau et sa bête, et développe en même temps une phobie envers les enfants démons. Elle tombe amoureuse d'Antoine Doinel en 1999 et cherche depuis un moyen d'entrer les films de Truffaut pour l'épouser. En attendant, elle joue la comédie et a écrit un mémoire de recherche s'intitulant "Du masque neutre au masque numérique - Le corps de l'acteur à l'ère de la capture de mouvement", et le titre en jette plus que le contenu !

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