Le déserteur de Fort Alamo


Dans la collection western, Sidonis Calysta édite en DVD une œuvre sympathique d’un des cinéastes fétiches du genre, Budd Boetticher. Le déserteur de Fort Alamo, avec Glenn Ford, est attrapé par la critique de Fais Pas Genre.

« Ma décision est prise/Je m’en vais déserter »

Budd Beotticher est parmi les cinéastes liés au western que l’on commence à voir apparaître une fois seulement qu’on s’immisce dans le genre. Relégué au rang de réalisateur de série B, il fût éclipsé par les grands noms avec lesquels on nous bourre le mou à tort ou à raison, de sorte à ce que je doute que beaucoup d’étudiants en cinéma connaissent et son nom et ses films. Toutefois, grâce à la personnalité entre autres de Bertrand Tavernier dont il convient de souligner l’amour pour le cinéma américain et le besoin presque viscéral de découvrir, faire découvrir, réhabiliter ce qui le mérite (je devrais peut-être lui filer mes films en vidéo de quand j’avais huit piges…) Boetticher a en France commencé à être regardé à sa juste valeur. Soit, pour les plus réservés, un artiste marquant du western, pour d’autres, le créateur de certains des plus grands films du genre. Sidonis Calysta a édité plusieurs longs-métrages du cinéaste en solo et en coffret que votre serviteur ne devrait pas trop tarder à acquérir, mais c’est aujourd’hui la dernière en date qui nous occupe : Le déserteur de Fort Alamo, tourné en 1953 avec Glenn Ford, que nous avons déjà vu dans les films de Delmer Daves (Le souffle de la violence).

En 1836, c’est bien le dawa au Texas. République encore indépendante, il fait face à l’accession au pouvoir du Général Santa Anna au Mexique, bien décidé à s’approprier la terre en passant par le mythique Fort Alamo. A l’intérieur de celui-ci, Johnny Stroud (Glenn Ford) et ses camarades sont convaincus que lorsque le fort tombera aux mains du général, ils vont tous claquer. Alors ils décident de tirer au sort parmi eux un déserteur qui aura la charge de s’occuper des familles des uns et des autres…C’est Stroud qui s’y colle, se barre du fort, mais apprend que sa femme et son fils ont été tués par des soldats américains déguisés en mexicains : dès lors, il vit des péripéties entre un désir de vengeance et la nécessité de faire face aux accusations de désertion que font l’armée et la population à son égard…Rendons justice au visuel de ce Déserteur de Fort Alamo. Un bel étalonnage, donnant un vrai souffle à l’image, sert la mise en scène plus qu’efficace de Boetticher devant composer avec des paysages assez restreints (c’est vrai qu’on a l’impression de voir un peu tout le temps les mêmes décors). Soucieux des personnages tout autant de l’action, le réalisateur sait composer des plans d’ensemble évocateurs, isolant Stroud au milieu d’une foule ou d’un paysage désert, en même temps qu’il sait placer des gros plans sur des visages qui en disent long (la longue discussion lors du convoi entre le personnage de Betty et Glenn Ford) et manier le spectaculaire, avec un duel final au bord d’une chute d’eau. Le Déserteur…est un western agréable à regarder, bien pensé plastiquement, et au rythme soutenu pour une durée qui n’aurait pas demandé plus (1h19).

En bonus, Bertrand Tavernier (présentant le film comme de coutume, avec Patrick Brion) critique vertement le scénario, mettant en exergue son côté superficiel qui sacrifie la rigueur au profit d’une action et de rebondissements feuilletonesques. Il est vrai que l’Histoire y est tordue, que des idées laissent pantois (cette histoire d’Américains déguisés en Mexicains, je me demande toujours à quoi ça sert vraiment…Sans oublier le petit gosse qui retrouve Stroud par intuition dans un style médium qu’on lui ignorait), que les personnages paraissent plus creusés par la caméra de Beotticher et sa direction d’acteur que par l’écriture. Mais Le déserteur de Fort Alamo livre tout de même un discours sur l’absurdité de la loi de guerre à l’image du sombre Fais ta prière Tom Dooley, et sur la bêtise de la psychologie des foules en ces mêmes temps de guerre, comme dans La vengeance de l’indien. Même s’il le fait moins bien que dans les westerns supérieurs sus-cités, ces aspects donnent quand même une relative profondeur au film que je n’ai pas tout le temps vue chez des œuvres autrement plus réputées…


A propos Alexandre Santos

En parallèle d'écrire des scénarios et des pièces de théâtre, Alexandre prend aussi la plume pour dire du mal (et du bien parfois) de ce que font les autres. Considérant "Cannibal Holocaust", Annie Girardot et Yasujiro Ozu comme trois des plus beaux cadeaux offerts par les Dieux du Cinéma, il a un certain mal à avoir des goûts cohérents mais suit pour ça un traitement à l'Institut Gérard Jugnot de Jouy-le-Moutiers.

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