Office


Carlotta Films distribue le dernier bébé de Johnnie To, sous forme d’une comédie musicale satire du business : Office…Fais Pas Genre vous livre sa critique en mi bémol majeur dièse (?).

La crise en chantant

Johnnie To pour la France et votre serviteur lui-même jusqu’à ce qu’il fouille un peu, c’est un des monsieurs polars hong-kongais. Surtout la trilogie Election et Breaking News, dont le plan-séquence d’ouverture a marqué les esprits et doit être montré dans quelques classes de cinéma au chapitre « plan-séquence » avec les premières minutes de La Soif du Mal (Orson Welles, 1957) et un porno gonzo en POV mais pas The Revenant…Quoi qu’il en soit, ne voir To que par ce bout de la lorgnette est en fait une erreur, puisque le bonhomme a réalisé plus de 50 films (!) depuis 1980, dont des polars oui, mais aussi des comédies, des drames, des romances…Ainsi le voir derrière la caméra pour Office, comédie musicale que Carlotta Films distribue en France deux ans après sa conception sino-hongkongaise, n’est au final pas si surprenant, mais pour quel résultat ?

2008. Nous suivons une poignée de salariés évoluer puis affronter la crise économique dans une énorme holding asiatique, surtout cinq personnages : les deux boss qui jouent pour bouffer du pouvoir à l’autre (l’un étant incarné par Chow Yun-Fat), le cadre qui veut pousser plus loin sa carrière et sombrera dans la malversation, et les deux « héros », les petits nouveaux qui veulent en croquer, dont l’un est juste la fille du patron (ça aide, mais pas tant que ça en fait, justement). Le dispositif de mise en scène est le point inoubliable de Office : tous les lieux de vie sont à l’intérieur du bâtiment de l’entreprise. Cafétéria, toilettes, parking, même bar si on veut oui, mais aussi chambres à coucher personnelles, hôpital, et parc fleuri. Tous les espaces dans lesquels sont censés se passer l’action sont volontairement tournés en studio, même les extérieurs comme un parc, et ce avec des éléments de décor constants (comme ces néons jaunes) qui ne laissent aucun doute sur l’artifice. Éminemment satirique, ce dispositif applique au pied de la lettre le principe que les protagonistes sont au boulot partout, ou que le boulot est partout, qu’ils soient chez eux, dans l’intimité, ou en supposée phase de repos et de décrochage. La mise en scène de To est à nouveau un bel exemple de maîtrise, quand on songe également à l’emploi de motifs visuels frappants, tel l’omniprésence d’une immense horloge qui parfois enferme les personnages entre ses rouages…

Hélas, quasiment tout le reste n’est pas à la hauteur de cette pertinence scénique. Le scénario, oscillant entre le cul-cul et le déjà-vu, est digne d’une telenovela que la sympathie qu’on peut avoir pour les situations et comédiens ne peut guère rehausser. En termes de comédie musicale, la première partie est fournie en chansons, mais la seconde quand même beaucoup moins, ce qui pourra décevoir les amateurs du genre. Surtout, pêche la qualité des textes (bien que drôles par moquerie et leur aspect quotidien un peu à la Jacques Demy), des chorégraphies (y a pas de danse en fait) et de la musique qui ne dispose même pas de l’attrait de certains airs entêtants d’un High School Musical…L’ennui plane du coup sur ce qui aurait dû être un spectacle entraînant sur près 2h.


A propos Alexandre Santos

En parallèle d'écrire des scénarios et des pièces de théâtre, Alexandre prend aussi la plume pour dire du mal (et du bien parfois) de ce que font les autres. Considérant "Cannibal Holocaust", Annie Girardot et Yasujiro Ozu comme trois des plus beaux cadeaux offerts par les Dieux du Cinéma, il a un certain mal à avoir des goûts cohérents mais suit pour ça un traitement à l'Institut Gérard Jugnot de Jouy-le-Moutiers.

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