La Tour Sombre 1


Si l’esprit dérangé de Stephen King a pondu bien des horreurs, sa saga de fantasy La Tour sombre, encore inachevée à ce jour, reste l’une de ses œuvres les plus folles et épiques. Adapter un tel mastodonte signifie s’engager sur un terrain très glissant, mais le danois Nikolaj Arcel a choisi de relever le défi, soutenu par un casting cinq étoiles. Si sur le papier le projet avait absolument tout pour ravir un public hétérogène, fans de la première heure ou non, on ne peut que s’arracher les cheveux devant un tel gâchis. La Tour a sombré, et nous avec.

Le Four Sombre

« L’homme en noir fuyait à travers le désert, et le pistolero le suivait. » Les premiers mots d’une saga de fantasy qui encore aujourd’hui marquent les esprits et nous entrainent dans un voyage des plus extraordinaires. On y suit les aventures de Roland, un pistolero, dans l’un des nombreux univers parallèles qui composent notre monde. Roland est en quête de la Tour Sombre, point de connexion entre tous les univers, érigée dans le but de maintenir l’équilibre du monde. Le film d’Arcel est une adaptation très grossière de certaines grandes lignes de la saga, c’est pourquoi cette critique ne se concentrera pas essentiellement sur son statut d’adaptation, mais plutôt sur celui de film de fantasy. Si d’aventure les quelques images de La Tour Sombre vous font envie, je ne peux que vous recommander la lecture de cette saga.

Le film s’éloigne donc quelque peu de la trame originale pour se concentrer sur Jake, jeune new-yorkais ayant des visions du pistolero et de son antagoniste, l’homme en noir, un puissant magicien. En suivant les indices laissés par ses flashs, Jake se retrouve dans l’univers parallèle de Roland. Ce dernier pourchasse l’homme en noir qui projette de détruire la Tour Sombre afin de libérer une armée de démons pouvant attaquer les différents univers. Le premier point que l’on peut reprocher au long-métrage et auquel on pouvait de toute évidence s’attendre est l’élaboration d’un univers bien trop vaste, bien trop complexe, qui créé une multitude d’incohérences toutes plus folles les unes que les autres. La Tour Sombre a tenté d’adapter les grandes lignes de la saga en un condensé d’une heure trente, un délai bien trop court pour s’étendre sur chacun des arcs narratifs mis en place durant le film. Le public visé en demeure davantage flou, les fans invétérés des livres hurleront devant le massacre d’une histoire pourtant prenante, tandis que les curieux ne comprendront pas grand-chose aux nombreux détails inexpliqués. En ressort un scénario mal ficelé, pré-mâché et déjà-vu, en bon représentant de la machine hollywoodienne qui, une fois de plus, s’est emparé d’un véritable trésor scénaristique pour le rendre le plus lisse possible.

Car s’il y a une chose que l’on peut reprocher à La Tour Sombre, c’est la pauvreté de sa mise en scène et de l’univers magique qui y est dépeint. Quand on parle de fantasy, on imagine des contrées fantastiques et uniques, des bestioles, des poursuites et des combats épiques, mais là… Rien. Le néant absolu. Le film se déroule dans deux mondes distincts : le Mid-World, sorte de contrée western où restent quelques traces d’une civilisation moderne, et le New-York contemporain. Les scènes d’actions prenant place dans le Mid-World ont toutes lieues de nuit, dans une obscurité presque totale. Et bien entendu, sans doute en raison d’un budget restreint, les attaques des quelques créatures un tant soit peu intéressantes du film se déroulent également de nuit. Il va falloir ouvrir tous vos chakras et plisser les yeux pour voir autre chose que des grosses formes noires qui attaquent les héros éclairés à la lampe de poche. D’autres créatures plus présentes sont mises en avant, à savoir des sortes d’hommes-rats portant des masques de peaux humaines (mais pas dégueulasses à la Leatherface) pour se fondre dans la masse. Ils se fondent d’ailleurs si bien que vous ne verrez jamais le moindre monstre, et que leur véritable visage ne sera que très rapidement dévoilé dans la pénombre. D’un autre côté, les scènes se déroulant dans New-York sont bien trop banales, l’univers urbain n’est absolument pas exploité. Les personnages sont ballottés d’un décor à l’autre, dans des lieux jamais présentés, alors qu’ils semblent avoir une importance particulière. Le tout dans une ambiance grisâtre, aux effets spéciaux qui s’ils ne sont pas dégueulasses ne sont pas marquants non plus.

Si la fantasy est clairement écartée d’un immense coup de pied au cul, on pourrait penser que l’accent serait mis sur les personnages. Que nenni ! Le casting s’en sort à peu près correctement mais les personnages sont une avalanche de clichés sur pattes. On passe du méchant qui est méchant parce qu’il est méchant, au héros bad guy qui veut venger la perte d’un être cher sans oublier par le gamin de la prophétie. Les personnages secondaires sont éclipsés en moins de deux, si bien qu’on peine à retenir le moindre prénom. On repassera également sur la direction artistique et ses maquillages/costumes dignes de cosplayeurs du dimanche. Quid de la Tour Sombre, qui donne son titre au film ? Ben on ne sait pas vraiment où elle se trouve. Ni ce qui se trouve dedans. Ni qui l’a construite. Ni comment ça marche. Rien. Le principal défaut du film est de n’assumer ni son identité d’épopée fantasy ni sa mythologie, pour nous ressortir une tambouille hollywoodienne sans grand intérêt, sans aucune trace de la créativité qu’aurait mérité le premier volet de ce qui aurait pu être une grande saga cinématographique. Je ne vais pas m’étendre sur les scènes de combats si rapides qu’elles en deviennent floues, sur le rythme d’une lenteur abominable, et particulièrement sur les dialogues écrits à la truelle où l’on peut presque deviner les répliques à la seconde près. La Tour Sombre est un gâchis de grande ampleur, un assassinat artistique. On ne peut que hurler au scandale devant un tel potentiel transformé en un blockbuster lisse, gris et froid. Lisez les livres et oubliez le film, en espérant qu’il ne fasse pas de petits.


A propos Jade Vincent

Jeune sorcière attendant toujours sa lettre de Poudlard, Jade se contente pour le moment de la magie du cinéma. Fan absolue de Jurassic Park, Robin Williams et Sono Sion, elle espère pouvoir un jour apporter sa pierre à l'édifice du septième art en tant que scénariste. Les rumeurs prétendent qu'elle voue un culte non assumé aux found footages, mais chut...


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