Ghost in the Shell


Après des années de développement et l’annonce de sa mise en chantier qui aura fait couler beaucoup d’encre, de larmes et coller les foies à toute une génération, la version live-action de Ghost In The Shell est enfin là. Déjà détesté avant même la présentation des premières images et étiqueté de « film cynique et merdique » ou représentant extrême de la volonté d’Hollywood à détruire des œuvres appréciées, le film de Rupert Sanders est en fait l’opposé de tout cela. Fais Pas Genre va tenter de cracker le code source de ce nouvel opus de la saga, à l’occasion de sa sortie en DVD et Blu-Ray chez Paramount.

Une enveloppe habitée

Le film s’ouvre sur des cartons installant les bases de l’univers avant le générique. Dès ce moment, se dessine un sourire sur nos lèvres qui redonne espoir : la séquence de la création du shell, l’enveloppe artificielle, est un savant mélange entre images numériques et prise de vue réelle d’une part mais est aussi extrêmement respectueuse de l’imagerie iconique de la saga GiTS tout en se permettant de prendre assez de distance pour laisser place à quelque chose de nouveau. Comme le prouve également le thème de Clint Mansell et Lorne Bafle, ne faisant qu’effleurer non sans talent et grâce la musique de Kenji Kawai qui a marqué nos oreilles dès la première écoute… Cette scène incarne à elle seule le challenge du film et annonce les intentions de Sanders : un jeu d’équilibrisme plutôt casse-gueule entre respect, hommage et innovation.

Sanders pioche dans l’intégralité de la saga et redéploie les éléments d’une façon assez maligne pour faire de ce nouveau chapitre Ghost In The Shell non pas un énième opus de la saga aux allures de patchwork mais une véritable excroissance neuve du manga de Masamune Shirow et des films de Mamoru Oshii qui prend des allures d’origin story. Le Major Mira Killian – incarnée par une Scarlett Johansson en très grande forme – est lancée avec ses compagnons de la Section 9 aux trousses de Kuze, un hacker – campé par un Michael Pitt inquiétant à souhait et issu de la série de Kenji Kamiyama Ghost In The Shell : Stand Alone Complex (2002) tout en prenant des éléments d’autres antagonistes tels que le Laughing Man ou encore le Puppet Master, issu du film de Oshii – qui semble vouloir se venger de Hanka Robotics. Franchement, on aurait pu se retrouver face à quelque chose de con, fourre-tout et incompréhensible qui tombe dans le fan-service facile mais on y réchappe. Sanders propose un scénario dans la lignée du chef-d’œuvre de Oshii en replaçant au centre du récit le Major et ses troubles identitaires liés à son statut d’hybride. Le film en vient même à surprendre de par ses choix et ses rebondissements dont l’un est un véritable doigt d’honneur à tous ceux qui ont accusé le film de white-washing en faisant de l’héroïne ni plus ni moins qu’une victime d’un système qui peut être vu comme une allégorie plutôt explicite à certains moments de Hollywood ou, plus largement, d’une mondialisation étouffante qui bombarde d’informations et envahit le moindre espace – physique et mental – comme les hologrammes publicitaires que l’on peut voir partout tout au long du film. Une critique qui est jointe à la quête du personnage de savoir qui elle est et sa place dans la société mais aussi au sein de l’humanité, donnant lieu à des scènes étrangement intimistes et puissantes parmi les meilleures du film. Bien sûr le long-métrage délivre quelques scènes d’actions pour le moins enthousiasmantes, avec une mention spéciale pour celles mettant en scène « Beat » Takeshi Kitano !

Le film jouit d’une direction artistique soignée. Si les passages tournés en décors naturels sont d’une splendeur à décrocher la mâchoire, on peut néanmoins émettre des réserves quant aux divers plans survolant la ville. Si les hologrammes ont une grille de lecture plus ou moins riche et forment une véritable proposition visuelle assez inédite ; leur (trop ?) grande présence et exécution sont un peu douteuses au détour de certains plans. De plus, la reprise parfois plan pour plan de certaines scènes des animes – comme celle de l’éboueur hacké ou du saut du toit par le Major – par Sanders font tomber à certains moments l’aspect respectueux de l’œuvre à un fan-service éclairé certes mais douteux diront certains. Néanmoins, il est incroyablement réducteur de minimiser le film à ce seul aspect. De par de nombreux clins d’œil au réalisateur de L’Oeuf de l’ange (1985) et Avalon (2001), Sanders montre un amour mais surtout une vraie compréhension de l’artiste japonais et parvient, presque vingt ans après, à redonner des lettres de noblesses aux travaux de Oshii. Sanders délivre une mise en scène qui tente d’ancrer de façon tangible son récit et ses questionnements et parvient par la présente à créer un vrai compagnon à l’anime de 1998, tout en citant des influences vidéo ludiques ou des classiques du genre, Blade Runner (Ridley Scott – 1982) en tête.

Les éditions vidéo chez Paramount proposent quelques making of sur la création de cet univers visuel, des décors ainsi qu’une réflexion sur les thèmes philosophiques sous-jacents de l’histoire comme la question de notre humanité mais aussi du transhumanisme, autre grand sujet du film. Les détenteurs du steelbook auront droit à une interview du réalisateur ainsi que deux autres featurettes sur la création de la séquence d’ouverture et les robots geishas, rien de révolutionnaire – on déplore un commentaire audio du réalisateur – mais de quoi prolonger l’expérience de manière satisfaisante. Et si le cœur vous en dit, les éditions Blu-Ray contiennent le doublage japonais du film avec le casting original de la série et des films. Ghost In The Shell est une surprise sur tous les tableaux. Respectueux et exécuté non sans intelligence, Sanders délivre un film riche aussi bien sur le plan visuel et esthétique que sur les thématiques. Une curiosité qui perpétue et peut être vue comme une très bonne entrée dans l’un des univers de science-fiction les plus fous et palpitants connus à ce jour prouvant que cette adaptation a un ghost et est bien vivante. Arrigato.

 


A propos Mathieu Pluquet

C'est après avoir découvert Le Voyage de Chihiro, Blade Runner et L'Exorciste que Mathieu se passionne pour le cinéma; depuis cette passion ne l'a pas quitté. Sinon il aime les comics, le café et est persuadé qu'un jour il volera dans le TARDIS et rencontrera le Docteur (et qu'il pourra lui piquer son tournevis sonique).

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