Love Hunters


Alors qu’il est sorti là-bas en 2016, l’australien Love Hunters vient projeter sa tête de survival sentimental dans l’Hexagone, en premier film de son réal Ben Young.

                                          Je serai l’ombre de ton chien                        

Ce n’est plus un secret pour l’amateur de cinéma de genre que l’Australie est un pays qui a sa propre patte. Ce, depuis, au choix, au moins Réveil dans la peur (Ted Kotcheff, 1971) ou bien sûr Mad Max (George Miller, 1979) dont le dernier épisode Mad Max Fury Road nous avait bien soufflé la gueule. C’est même tellement acquis dans l’esprit du spectateur, que de la même manière qu’on a le droit régulièrement à la petite bombe coréenne genre Man on High Heels ou Train to Busan, la pépite australienne est ponctuellement balancée à nos yeux européens, et dans une optique où l’on se sent presque obligé d’apprécier. Dans le cas de Love Hunters (beau titre, mais moins joli que le titra anglophone, Hounds of Love…Qui est également le titre d’un album de Kate Bush, mais je suis pas sûr que ça vous intéresse autant), le marketing n’y est pas allé de main morte, surfant sur l’effet « premier film » (c’est en effet le premier essai de son jeune réal Ben Young -lol) et un 10/10 sur Rotten Tomatoes dont perso je me bats royalement les couilles, puisqu’il s’agit bien sûr avant tout de ne juger le film que sur pièce.

Comme tous les survivals, l’intrigue tient en une ligne : en Australie, fin des années 80, la jeune Vicki est kidnappée par un couple vraiment badant composé d’Evelyn et John White qui la séquestrent et s’en servent d’objet sexuel. Toutefois résumer l’intérêt du long-métrage à ce résumé serait nier ce qui en fait justement la richesse : sur ce canevas somme toute classique, et ne pouvant que se prêter à des excès torturepornesques, Young tisse des enjeux particuliers en ce qu’ils sont tous liés à l’Amour sous différentes formes, livrant bien ainsi un des premiers survivals vraiment sentimentaux. Si ce n’est le personnage de John White, homme frustré se servant des sentiments et des névroses de sa femme pour qu’elle l’aide à abuser de jeunes femmes, tous les autres personnages sont guidés et marqués par une problématique relationnelle. Le père de Vicky est montré cherchant à reconquérir son ex-femme, la mère de Vicky désirant recréer un lien avec sa fille. La première apparition de Vicky est lors d’une scène intime avec son boyfriend (qui accompagnera d’ailleurs sa belle-mère dans les recherches pour retrouver Vicky)mais surtout l’adolescente déteste sa génitrice depuis qu’elle s’est séparée de son père pour vivre sa vie seule de manière indépendante. En symétrie, Evelyn a vu la garde de sa fille lui être retirée, et est tiraillée entre son amour pour John qui joue là-dessus pour la garder sous son giron et le fait de séquestrer Vicky dont la relation maternelle faite de frustration renvoie à la sienne propre (cette symétrie est la base de la de la résolution du film d’ailleurs). Le plan final, en guise de réconciliation, montre un peu naïvement la victoire de l’Amour sur tout ce merdier.

Si l’on ne va pas se plaindre de voir un film de genre embrasser une problématique humaine et touchante au point d’en faire sa colonne vertébrale, il convient de dire que le défaut de Love Hunters est au final d’être assez pudique pour un survival, échouant du même coup à être une vraie œuvre coup de poing. Prenant comme modèle évident Massacre à la tronçonneuse, la violence est systématiquement hors-champ ou ellipsée, sans pour autant garder le même impact craspec et viscéral que le chef-d’oeuvre de Tobe Hooper. Du slasher sentimental, on en vient à une horreur qui est un peu trop située au cœur et dans la tête pour balancer les excès qui font qu’un survival peut ou non terrasser : Logan, par exemple, a plus l’air d’un survival couillu que Love Hunters, certainement la faute au visuel, soigné et numérique, qui a quand même du mal à secouer le spectateur : se pose là la question du « est-il possible de faire aussi bousculant que le cinéma des 70’s en numérique sans la texture de la pellicule ? ». Question d’autant plus légitime que le film se déroule en 1987, mais que cela n’apporte clairement rien à l’ensemble. Petit délire nostalgique mais inutile, alors qu’il aurait justement pu apporter des éléments de fond et surtout de forme.


A propos Alexandre Santos

En parallèle d'écrire des scénarios et des pièces de théâtre, Alexandre prend aussi la plume pour dire du mal (et du bien parfois) de ce que font les autres. Considérant "Cannibal Holocaust", Annie Girardot et Yasujiro Ozu comme trois des plus beaux cadeaux offerts par les Dieux du Cinéma, il a un certain mal à avoir des goûts cohérents mais suit pour ça un traitement à l'Institut Gérard Jugnot de Jouy-le-Moutiers.

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