Les Indomptés


Dans sa collection Western, Sidonis nous fait découvrir en DVD une rareté du réalisateur chevronné George Sherman : Les indomptés (Renagades) sorti en 1946, et que l’on vous décortique aujourd’hui.

Au nom du père

Près de cent films de 1937 à 1971 : voilà ce qu’on appelle un stakanohviste du cinéma et du western plus largement. George Sherman est un réalisateur génétiquement lié au genre du Far West, dans lequel il n’a pratiquement qu’officié. Évident artisan de studio (un « auteur » selon la définition nouvelle-vaguesque ne pourrait mener à bien autant de projets dans une vie, à moins de s’appeler Takashi Miike, et encore puisque celui-ci se mange aussi des commandes), sa filmographie regorge de pellicules anecdotiques mais recèle ça et là de bandes tout à fait intéressantes, voire faisant partie des meilleurs westerns qu’il ait été donné de voir à votre serviteur (La vengeance de l’indien, 1956). Dans sa nouvelle fournée du genre, l’éditeur Sidonis Calysta propose un autre long-métrage du sieur Sherman, en la personne filmique de Renegades, titré Les indomptés en français (pas forcément ce que j’aurais mis mais moi on s’en fout après tout).

Le Docteur Sam Martin est le BG ultime de la ville de Prairie Dog. Aimé et respecté par ses concitoyens, il se montre aussi bon toubib que capable de faire sortir le colt pour faire respecter un ordre calme des choses au point qu’on se demande quel est le réel pouvoir du shériff. Il s’apprête à se marier avec Hannah, la fille d’un riche gars du coin, qui hélas se fait agresser avec son père par les tristes trois frères Dembrow. Dirigés par leur Papa, ces derniers manquent de tout chourer à Hannah jusqu’à ce qu’elle soit par un jeune homme qui se présente comme Ben Taylor; Ben est ramené à Prairie Dog en héros… ça fout la merde puisqu’il n’est ni plus ni moins qu’un Dembrow lui aussi, mais le seul de ses frères qui a choisi la voie de la vertu et non pas du banditisme, et surtout puisque Hannah va tomber amoureuse de lui. Mais les habitats de Prairie Dog, haineux envers les Dembrow qui les font souffrir depuis longtemps, sont trop heureux d’en tenir un dans leurs mains, même innocent, et comptent lui faire payer ce que ses frères et son père ont fait à la ville…

La thématique des Indomptés est en réalité très chrétienne. Le personnage du Docteur Sam est l’archétype du héros juste et objectif américain qui plombe le cinéma hollywoodien classique (en mode « je sais que je suis cocu, mais la justice a ses droits, je m’en bats les couilles je suis Jésus bande de fdp ») et qui, comme un espèce de prêtre, lutte pour la salut de l’âme de Ben. En effet, ce dernier persécuté comme un Dembrow, en est vite réduit à ce choix cornélien : renier sa famille et finir pendu par les habitants du village qui veulent le punir pour les crimes des Dembrow, ou fuir et épouser le mode de vie de ses frères et père pour rester en vie. Réflexion sur le déterminisme, le film livre une opinion sur le sujet au final assez pessimiste mais en livrant le discours précurseur que le mal n’est pas lié au sang (donc à ce que vous êtes sans le décider, on l’élargit donc à la couleur de peau par exemple) mais d’abord à ce que les autres perçoivent de ce que vous êtes. Ces autres montrés en masses univoques sans objectivité, comme elle le sera dans les westerns anti-maccarthisme du début des années 50, ou anti-racistes de ce même George Sherman.

Que trouve-t-on au rayon des bonii de ce western juste mais pêchant néanmoins par une mise en scène assez plate, un sentimentalisme trop prononcé et un grand manichéisme pour la plupart des personnages sauf Ben et son père, curieux méchant bandit qui lit la Bible et semble blessé par le fait qu’un de ses fils ait voulu s’éloigner de vie ? Eh bien les entretiens toujours intéressants avec les fidèles Bertrand Tavernier, François Guérif et Patrick Brion ainsi qu’une galerie photo à l’ancienne. Des compléments suffisants pour une copie à la qualité aussi bonnne que possible en considérant les couleurs criardes du Technicolor.

 


A propos de Alexandre Santos

En parallèle d'écrire des scénarios et des pièces de théâtre, Alexandre prend aussi la plume pour dire du mal (et du bien parfois) de ce que font les autres. Considérant "Cannibal Holocaust", Annie Girardot et Yasujiro Ozu comme trois des plus beaux cadeaux offerts par les Dieux du Cinéma, il a un certain mal à avoir des goûts cohérents mais suit pour ça un traitement à l'Institut Gérard Jugnot de Jouy-le-Moutiers.

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