Monstres invisibles


Les éditions Movinside œuvrent à la découverte, re-découverte/re-visionnage de films intrigants et/ou cultes de toutes les époques. A Fais Pas Genre, soucieux de garder le contact avec les aïeux du septième art, on a choisi de vous parler des Monstres Invisibles papy SF de 1958 aux étonnantes ramifications.

Fuite des cerveaux

Dans notre petit monde du cinéma du genre (ne vous vexez pas, je dis juste « petit » pour faire plus familial, mais OUI NOUS SOMMES NOMBREUX), l’éclectisme d’un éditeur peut particulièrement sauter aux yeux. Quand il est commercialement et éthiquement justifié de tabler sur le marché de niche (exemple, se spécialiser dans le porno gore letton), certaines maisons surprennent le curieux avec des sorties fort différentes au sein d’un même catalogue. Movinside est de ceux-là, faisant côtoyer dans son panel Alfred Hitchcock, Jean Renoir, Richard Fleischer, et aussi des œuvres plus confidentielles comme la comédie Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer (Jacques W. Benoît, 1989) ou le serpentesque et horrifique Sssnake (Bernard L. Kowalski,1973). Distribué par ESC Distribution, c’est le film SF de Arthur Crabtree, Monstres invisibles, tourné en 1958, qui a attiré notre attention parmi les nouvelles parutions, parce qu’il n’y a pas que du nanar total à la Robot Monster à cette époque.

L’action se situe dans une bourgade américaine qui cumule l’accueil d’une base militaire et d’éléments radioactifs (y a des villes comme ça…). Des gens sont retrouvés mystérieusement sans cerveau, lors d’attaques qui laissent les militaires enquêtant perplexes, les habitants plutôt énervés, et le spectateur dans le mystère, puisque lui il sait que ces « succions » sont perpétrées d’abord par quelque chose qui semble doué du pouvoir d’invisibilité…Comme pas mal de film pas vraiment gâtés financièrement, Monstres invisibles est assez bavard, très bavard, et laisse largement assez d’espace à un ennui grâce à une tension floue, une histoire volontiers abracadabrandesque, et des personnages clichés qui fleurent bon les séries B 50’s avec leurs lot de discours parano très Guerre Froide. Un virage ahurissant est cependant amorcé lors du dernier quart d’heure, où pour des raisons que je ne dévoile pas sous prétexte de spoiler tout à fait la trame, les protagonistes se retrouvent retranchés dans une maison barricadée, faisant face à une horde de cerveaux sans corps et volants (oui je sais c’est chelou, mais je me suis juré de jamais spoilé, vous comprendrez ou pas en regardant le film) qu’ils dézinguent à coups de gun. Très surprenante, cette séquence sortie de nulle part jette les bases à la fois du film de zombies avec une mise en scène et un dispositif étonnamment cousins de ceux que Romero a appliqué lui-même une décennie plus tard avec La nuit des morts-vivants, et de l’horreur organique (lorsque les cerveaux sont abattus, ils saignent, entrent en ébullition, en décomposition assez dégueu) d’un David Cronenberg ! Ramifications inattendues en une conclusion de film qui à elle seule justifie la vision des Monstres invisibles.

Si le packaging et l’artwork général (comme le menu du DVD) de la galette sont soignés, comme la qualité du film qui est modeste mais dont on imagine bien qu’il est difficile d’en tirer une impression de Full 4K 3D Imax, Movinside pêche un peu plus au niveau des bonii, ne proposant qu’une présentation des Monstres invisibles par le spécialiste du cinéma fantastique, Marc Toullec. Frôlant l’anecdotique mais instructive notamment sur le contexte de production du long-métrage, ce bonus d’un quart d’heure n’est pas indispensable mais se regarde avec intérêt, d’autant plus qu’il est le seul.


A propos de Alexandre Santos

En parallèle d'écrire des scénarios et des pièces de théâtre, Alexandre prend aussi la plume pour dire du mal (et du bien parfois) de ce que font les autres. Considérant "Cannibal Holocaust", Annie Girardot et Yasujiro Ozu comme trois des plus beaux cadeaux offerts par les Dieux du Cinéma, il a un certain mal à avoir des goûts cohérents mais suit pour ça un traitement à l'Institut Gérard Jugnot de Jouy-le-Moutiers. Spécialiste des westerns et films noirs des années 50, il peut parfois surprendre son monde en défendant un cinéma "indéfendable" et trash.

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