Le Violent 1


Au rang des illustres réalisateurs qui ont œuvré dans le film noir figure Nicholas La fureur de vivre Ray : Sidonis propose en DVD une intéressante variation des codes du genre par ce réalisateur, Le violent, avec Humphrey Bogart.

The Violent Kind

S’il y a bien un acteur qui symbolise le film noir à lui tout seul (entre autres, le bonhomme n’a pas fait que ça, mais quand même), c’est certainement Humphrey Bogart. Première star du genre avec Le faucon maltais considéré par la majorité des cinéphiles comme le premier film noir en 1941 et ouvrant sa période particulièrement faste des années 40, il évoluera aussi dans d’autres classiques de l’appellation, notamment ceux de Howard Hawks (Le Grand Sommeil en 1942 et Le Port de l’Angoisse en 1944) : à part des mythes personnifiés fictifs comme Indiana Jones pour le film d’aventure ou James Bond pour l’espionnage, rares sont les comédiens symbolisant à eux seuls les canons d’un code. On pourra citer un John Wayne pour le western classique en ajoutant qu’il nourissait en même temps une certaine exigence de cinéma de qualité par un lien fort avec un cinéaste particulier (pour Wayne c’était John Ford, pour Bogart ce sera John Huston avec qui il tournera six films parmi ses succès). Nicholas Ray, cinéaste tourmenté que l’on connaît avant tout pour La Fureur de Vivre (1955) et Johnny Guitar (1954), a aussi eu la chance de bénéficier non seulement de la présence mais aussi de la thune d’Humphrey Bogart (producteur sur ce projet) pour son film noir à lui, édité en DVD et Blu-Ray par Sidonis Calysta Le Violent, dont le titre anglais, encore une fois, est nettement plus joli : In a Lonely Place.

Bogart interprète le charmant scénariste Dixon Steele, un fieffé bagarreur, vétéran de guerre séducteur et volontiers cynique, qui se retrouve avec une accusation de meurtre sur le dos, quand est assassinée la petite nana qu’il avait choisie pour lui résumer un livre qu’il doit adapter en scénario. Convoquée au commissariat, sa voisine d’en face Laurel Gray (Gloria Grahame, elle aussi actrice type du film noir) lui fournit un alibi béton en ce qu’elle a vu la tuée partir de l’appartement de Dixon sans lui. Tandis que l’enquête avance plutôt lentement, la rencontre au commissariat entre la voisine et Dixon va amener une histoire d’Amour belle mais perturbée par l’idée que ce dernier est peut-être bien l’auteur du crime…Quand j’écris « l’enquête avance plutôt lentement », les mots sont bien pesés : l’amateur de film noir qui va apprécier un dispositif mécanique d’enquête et de suspense ne trouvera pas son compte. Aucun indice ne se révèle au fur et à mesure, et le scénario, ainsi que l’appréhension se déplacent de l’enquête vers l’histoire d’Amour, en inversant de manière assez forte les codes du genre. Si Laurel apparaît d’abord comme la femme fatale cliché et Dixon comme l’amoureux que l’on devine tout prompt à se faire trahir, la dramaturgie évolue habilement en plaçant Dixon comme de plus en plus dur et sujet à la violence, quand Laurel perd peu à peu pied dans le doute et la peur de son conjoint : de film noir, Nicholas Ray livre en fait davantage un drame conjugal tendu et amer, avec une dose autobiographique (il était marié à l’actrice Gloria Grahame…Et ils se sont sépareront sur le tournage) qui fait du Violent une variation/déformation des codes du genre particulièrement prenante et marquante.

Comme pour l’édition précédente de L’inexorable enquête, Sidonis Calysta nous propose en bonus une galerie photos, ainsi qu’évidemment la traditionnelle présentation vidéo des Bertrand Tavernier, François Guérif, et Patrick Brion, riches en anecdotes et en superlatifs sur le film et Nicholas Ray, chouchou de la critique française depuis la Nouvelle Vague, mais qu’on espérerait certainement plus analytique, notamment pour le cinéaste qu’est Tavernier.


A propos Alexandre Santos

En parallèle d'écrire des scénarios et des pièces de théâtre, Alexandre prend aussi la plume pour dire du mal (et du bien parfois) de ce que font les autres. Considérant "Cannibal Holocaust", Annie Girardot et Yasujiro Ozu comme trois des plus beaux cadeaux offerts par les Dieux du Cinéma, il a un certain mal à avoir des goûts cohérents mais suit pour ça un traitement à l'Institut Gérard Jugnot de Jouy-le-Moutiers.


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