Le Manoir 1


Nouvel exemple de « reconversion » de stars YouTube au cinéma, Le Manoir intéresse particulièrement Fais Pas Genre en ce qu’il marque une excursion totale et référencée au cinéma de genre.

Bonne année, bonne santé

De la même manière que les stars du rire qui ont percées à la télévision ou à la scène se sont souvent pliées au passage obligé du cinéma, comme pour asseoir une position artistique légitime qu’en France on ne donne quand même que difficilement aux humoristes, les YouTubeurs passent de plus en plus sur le grand écran. Il faut dire ce qui est : y a pas eu de chef-d’œuvres pour le moment parmi les longs-métrages qui ont été conçus. Écrire, tourner, jouer un podcast YouTube, ce n’est pas maîtriser les milliards de recettes qui font qu’une comédie d’1h30 est réussie au cinéma…Ainsi pour Le Manoir, long-métrage disposant d’une large partie de l’équipe du Studio Bagel représentée par Mister V, Ludovik, Natoo et Jérôme Niel, l’appréhension (voire le préjugé, oui, oui) était bien présente, malgré mon Amour indéfectible pour l’humour de Kemar, co-scénariste du machin mais bien sûr également acteur.

Un groupe de jeunes copains a prévu de passer le réveillon du jour de l’an dans un gigantesque manoir isolé et la soirée est perturbée par des morts mystérieuses (ça c’est du pitch expédié). Évidemment, déjà que le synopsis en est un en soi, plusieurs clichés sont mis en place dès les premières secondes dans la caractérisation des personnages, stéréotypes propres au genre horrifique et à leur détournement humoristique : le puceau, l’ado renfermée, la nana plus libre sexuellement, le rabougris, le couple amoureux etc etc… Du même coup, la première partie du Manoir apparaît comme la moins bonne et la moins fluide : la parodie des clichés horrifiques est un exercice hélas déjà vu des centaines de fois, et bien que quelques vannes font rire (le monologue de Mister V sur son appareil génital !), l’originalité, même dans le détournement comique, n’est pas vraiment là, malgré la sympathie qu’on a pour ces LOLeurs en série. Un défaut de rythme plombe aussi cette première moitié de long-métrage, le film peinant à se donner un vrai souffle narratif, autre que rythmé par les blagues des uns et des autres…

L’ennui (hélas, oui, pour une comédie…) commence donc bien à pointer le bout de son nez jusqu’à ce que, par un twist référentiel (on est dans une espèce de remake de The Boy, débutant comme ce que l’on pense être un film fantastique de fantôme et se barrant en fait dans le slasher), Le Manoir lâche son masque de parodie de film d’horreur bien trop éculé pour porter des habits plus vivants, mieux écrits, et même plus drôles (quand l’humour est lié à ce que vivent les personnages et aux enjeux des scènes, même l’humour absurde, c’est encore mieux) : ceux de la comédie d’horreur. Ainsi on a de vraies séquences gores (dont même un hommage à la patte Trauma The Toxic Avenger, ceux qui verront le film comprendront) et de vraies séquences de suspense, à la mise en scène et à l’ambiance très soignées (le travail du réalisateur Tony Datis est à souligner, tenant la dragée haute aux productions américaines) dans lesquelles l’humour s’immisce de manière plus harmonieuse et sans occulter le récit, ni l’angoisse, ni les personnages et leurs liens. Alfred Hitchcock disait « Il vaut mieux partir d’un cliché que d’y arriver », c’est ce que Le Manoir a heureusement appliqué à la lettre.


A propos de Alexandre Santos

En parallèle d'écrire des scénarios et des pièces de théâtre, Alexandre prend aussi la plume pour dire du mal (et du bien parfois) de ce que font les autres. Considérant "Cannibal Holocaust", Annie Girardot et Yasujiro Ozu comme trois des plus beaux cadeaux offerts par les Dieux du Cinéma, il a un certain mal à avoir des goûts cohérents mais suit pour ça un traitement à l'Institut Gérard Jugnot de Jouy-le-Moutiers.


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