L’ange de la vengeance


Parce que parfois sans raisons ni actualité on aime bien exhumer des films des tombes de l’oubli, aujourd’hui on vous parle de L’ange de la vengeance d’Abel Ferrara, un rape and revenge qui est malheureusement plus que jamais d’actualité.

Hé mademoiselle, comment t’es grave charmante !

Chez Fais Pas Genre, on est partisans et collectionneurs des belles affiches, de celles qui veulent dire quelque chose, celles qui ne sont pas standardisées, avec des codes couleurs à la noix pour attirer un public ciblé particulier. Et une belle affiche, ça vous donne indissociablement envie de voir le film, c’est prouvé, c’est véridique. Et même si au fond, des bas couture et des jambes parfaitement écartées ne sont généralement pas annonciateur de films de qualité, c’est grâce à son affiche française que L’ange de la vengeance (Ms 45 en VO) et sa magnifique punchline «  Aucun mâle ne sera épargné » qui a ravit la féministe engagée et légèrement misandre que je suis, que le film est arrivé directement dans mon lecteur DVD. Comme ça, un soir, pour le fun. D’ailleurs je vous invite largement à faire le tour des affiches plutôt stylées et stylisées de ce film !

Début des années 80, une jeune fille muette, Thana – assez subtilement incarnée par Zoë Lund, que l’on ne verra que dans un autre film d’Abel Ferrara, réalisateur de celui dont vous êtes en train de lire avec avidité la chronique – travaillant aux finitions d’une maison de couture, rentre chez elle en affrontant une New York agressive, emplie d’homme proposant d’offrir quelques faveurs sexuelles aux pauvres jeunes femmes qui osent marcher dans la rue. J’aurais beaucoup aimé écrire qu’heureusement c’est une période bel et bien révolue, mais on sait tous que c’est loin d’être le cas. La pauvre n’arrive pas à bon port rapidement et est violée sans sommation dans une ruelle sombre, sur une poubelle débordant d’ordures, ordures qui avaient cependant l’air plus consommables que l’homme affreux qui la consomme elle. Et comme une fois ne suffit pas, c’est dans son appartement, lieu où l’on est censé se sentir le plus en sécurité au monde, qu’un voleur l’attend pour lui tirer le fric qu’elle n’a pas, et se dit qu’après tout, tirer un petit coup c’est toujours ça de gagné. Notons que ces scènes de viols ne frôlent jamais le voyeurisme gratuit, le réalisateur pose sa caméra au niveau du visage de la comédienne silencieuse – puisque son personnage est, je vous le rappelle, muet – qui jouera subtilement son effroi, sa douleur et sa résignation. Comme la peur généralement génère la haine – ce ne sont pas les électeurs du FN qui nous contrediront – et donne des ailes, Thana ne laissera pas partir ce violeur-là vivant de chez elle : un coup bien senti dans la nuque et le tour est joué. L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais point n’en faut pour la jeune femme, qui décide de découper dans sa baignoire, en plein de petits morceaux, feu le sale type et d’en mettre à congeler des petits bouts, avant de jeter le reste. L’héroïne, après avoir récupéré le calibre 45 de son deuxième violeur, se métamorphose alors de petite ombre silencieuse à femme fatale dans le sens littéral du terme. Timide le jour, elle se meut telle une prédatrice à la grâce féline la nuit pour attaquer sans sommation tous ceux qui bougent, faisant tour à tour la tournée des bars pour exécuter quelques bonshommes se vantant de frapper leurs femmes, ou les salauds qui lui proposent d’acheter ses faveurs. On en rêvait, Thana l’a fait. Malheureusement, la jeune femme n’arrivera plus à faire la part des choses et exécutera lors d’une soirée Halloween, lors d’une longue scène particulièrement calme pour une scène de meurtre de masse, tous les hommes présents, devant le regard impuissant des femmes qui les assistent.

Bien que terriblement daté dans son image, son doublage et sa mise en scène – 1981 quand même – L’ange de la vengeance est une agréable découverte. Rangé dans les films de rape and revange il est cependant loin d’être aussi scabreux que ceux que nous avons l’habitude de voir, bien au contraire. Le réalisateur s’attache à son héroïne, dont le visage ne perd jamais son voile de douceur, malgré le fait qu’elle sombre au fur et à mesure du film. Celle qui ne peut s’exprimer à haute-voix, telle une petite sirène maudite, laissera exploser ses émotions à travers son nouvel appendice, héritage du dernier homme qui la touchera. Freud verrait certainement cela comme une métaphore du sexe masculin, organe externe et dominant, prenant le pouvoir sur la pauvre femme. C’est déjà ça de pris. Même si c’est con.


A propos Angie Haÿne

Biberonnée aux Chair de Poule et à X-Files, Angie grandit avec une tendresse particulière pour les monstres, la faute à Jean Cocteau et sa bête, et développe en même temps une phobie envers les enfants démons. Elle tombe amoureuse d'Antoine Doinel en 1999 et cherche depuis un moyen d'entrer les films de Truffaut pour l'épouser. En attendant, elle joue la comédie et écrit un mémoire de recherche sur le corps de l'acteur et la capture de mouvement.

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