Get Out 2


Nouvelle production signée Jason Blum, Get Out est le succès surprise de ces derniers temps. Avec ce premier film, Jordan Peele semble vouloir disséquer mais surtout pointer du doigt le racisme touchant un pays fracturé sur ces questions comme l’actualité nous le laisse voir. Fais Pas Genre plonge dans les abîmes afin de voir si Peele, avec une telle note d’intention, parvient à tenir ses promesses.

Noir sur Blanc

On ne présente plus Jason Blum. Véritable figure de proue du cinéma de genre US depuis Paranormal Activity (Oren Pelli, 2009), l’homme s’attache à produire de nombreux films à petits budgets qui rapportent gros. Marchant sur les traces d’un Roger Corman avec sa petite formule, Blum nous a offert des œuvres assez intéressantes comme le premier Insidious (James Wan, 2011) ou le remake de The Town That Dreaded Sundown (Alfonso Gomez-Rejon, 2014) mais aussi une flopée de films dont la qualité est un peu plus discutable. C’est dans ce contexte hétéroclite qui divise les fans de genre que Blum nous dévoile sa dernière production, Get Out. Mélange de satire sociale et de thriller horrifique ce dernier raconte l’histoire de Chris, un jeune photographe afro-américain qui s’apprête à rencontrer sa future belle-famille blanche, les Armitage. Souriants, progressistes et très fiers d’avoir voté pour Obama, la famille va peu à peu se montrer des plus inquiétantes et entrainer Chris dans une spirale dont il se serait bien passé. Avec un pitch pareil, on touche du doigt ce qui est sans doute la première qualité du film : Get Out semble sortir de nulle part. Jordan Peel – humoriste américain très connu dans son pays avec l’émission Jordan & Peele – parvient à insuffler une énergie folle et une vraie personnalité à son long-métrage même si, il faut être honnête, ce premier essai n’a rien de révolutionnaire. Montrer que l’on peut voir autre chose que du found-footage ou un énième film de fantômes – qui ne sont que des copies de copies – a un côté rafraichissant.

Débutant comme une comédie, Peele va très vite s’amuser à rebattre les cartes pour aller vers le thriller horrifique à tendance paranoïaque tout en allant lorgner vers le shocker aux petits relents de gore. Un grand écart qui fonctionne de par une mise en scène particulièrement soignée où le réalisateur tente de recréer à tout instant via les choix d’optiques, de valeurs de plans et de mouvements de caméra, tout l’inconfort de Chris et l’aspect insidieux, oppressant et crasseux de cette famille de WASP et de leur façon de penser. Les acteurs sont ici dirigés de façon irréprochable comme Daniel Kaluuya, Caleb Landry Jones – que l’on a pu voir dans X-men First Class (Matthew Vaughn, 2011) ou encore Antiviral (Brandon Cronenberg, 2013) – Catherine Keener – Dans La peau de John Malkovitch (Spike Jonze, 1999) – ou encore Bradley Whitford – le génial Hadley dans le tout aussi génial La Cabane dans les bois (Drew Goddard, 2012) – semblent se plonger corps et âme dans leurs personnages respectifs.

Et c’est à ce moment que l’on touche du doigt un des problèmes du film. Malgré une excellente direction d’acteurs, les personnages restent en substance de simples schémas et plombent un peu la volonté du script de Peele d’épingler et d’explorer les thématiques en profondeur. Ici, le clivage s’apparente plus à quelque chose de social que découlant d’une idéologie et ce malgré un twist assez brutal qui inverse les rapports entre les personnages mais aussi leur système de pensée. Porteur d’un message assez dur sur une frange de l’Amérique, le tout avec une irrévérence ravageuse, même si certains peuvent dire que la fin n’est pas le parfait catalyseur des promesses du film. Cela a beau être quelque chose de vrai, force est de constater que la puissance et l’efficacité du film s’en retrouve peu affectée… Non l’autre problème se déroule durant le deuxième acte du film et vient plus particulièrement du personnage de Lilrel Howery, Rod. Personnage sympathique et porteur de tout l’humour à ce stade du film, il est néanmoins la cause de vraies coupures dans la construction de la tension du film et ralentissent le rythme général à ce moment du film.

Satire mordante, à la croisée des genres mais pas toujours subtile, Get Out tire son intérêt d’une mise en scène maitrisée et d’une volonté d’explorer des terres longtemps oubliées par le cinéma. Une petite surprise avec un léger arrière-goût en critiquant une Amérique divisée sur une question que l’on a cru, à tort, partiellement réglée.


A propos Mathieu Pluquet

C'est après avoir découvert Le Voyage de Chihiro, Blade Runner et L'Exorciste que Mathieu se passionne pour le cinéma; depuis cette passion ne l'a pas quitté. Sinon il aime les comics, le café et est persuadé qu'un jour il volera dans le TARDIS et rencontrera le Docteur (et qu'il pourra lui piquer son tournevis sonique).


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2 commentaires sur “Get Out