Amazing Stories – Intégrale


Série d’anthologie dans tous les sens du terme, Amazing Stories (Histoires Fantastiques dans la langue de Molière) ressort en coffret chez nos amis de Elephant Films toujours vaillants et inspirés pour ressortir des tréfonds du catalogue d’Universal quelques pépites.

Retour vers le futur

Créée, produite et partiellement réalisée par môssieur Steven Spielberg, Amazing Stories (Histoires Fantastiques) est l’une de ses séries anthologique qu’il convient de déguster par petite dose, piochant ça et là quelques épisodes au grè des envies. Ce n’est donc pas las ou par excès de fainéantise que j’ai repoussé l’écriture de cet article, mais d’abord parce qu’ingurgiter les quarante cinq épisodes nécessite un peu de temps et davantage encore lorsqu’il s’agit de les mettre en perspective. Si les épisodes de cette série ont pour dénominateur commun leur proportion à habiter le registre fantastique, leur lien s’arrête là, puisque la série s’apparente plutôt à un registre de nouvelles, sans liants ou trame narrative commune. Certains de ces épisodes, réalisés notamment par des grands noms  – Spielberg lui même, mais aussi en vrac, Clint Eastwood, Robert Zemekis, Joe Dante, Tobe Hooper, Tom Holland, Irvin Kershner, Brad Bird ou l’acteur Danny DeVito – se regardent en cela plus comme des courts-métrages que comme de simples épisodes de série. Des petits films dans lesquels les auteurs aux manettes s’amusent du registre fantastique de ce format court pour raconter des histoires condensée mais néanmoins souvent assez denses. On ne s’étonnera pas donc de retrouver à l’écriture de certains scénarios des pointures de la nouvelle fantastique comme un certain Richard Matheson qui signe trois épisodes ou le romancier d’horreur Michael McDowell.

Puisqu’il serait compliqué de parler dans un si petit article de tous les épisodes – et sûrement aussi assez ennuyeux – je vais plutôt m’appesantir sur les plus curieux qui, cela ne vous étonnera pas, sont pour la plupart réalisés par les quelques bonshommes cités plus haut. Puisqu’il en est le créateur, Steven Spielberg s’offre, en plus d’écrire la majorité des scénarios des différents épisodes, la réalisation sans nul doute des tous meilleurs épisodes de l’anthologie dont particulièrement deux chefs-d’oeuvres du genre avec le sublimissime – je pèse mes mots – Le Train Fantôme (The Ghost Train, S01E01) – dans lequel le récit d’un grand-père à son petit fils, à propos du train à vapeur dont la ligne de chemin de fer passait jadis dans leur jardin, se transforme en métaphore bouleversante et fantastique du deuil – et l’étonnant La Mascotte (The Mission, S01EP05) préfiguration d’un film que produira Spielberg qu’est Qui veut la peau de Roger Rabbit ? (Robert Zemeckis, 1988) qu’on aurait mélangé à l’esprit et l’univers de Seconde Guerre Mondiale d’un film, réalisé par le maître lui-même cette fois, le méconnu 1941 (Steven Spielberg, 1979). Dans cet épisode on retrouve par ailleurs un panel de stars alors confirmées ou en devenir, dont Kevin Costner et Kiefer Sutherland.

L’esprit des années 80 et des films qu’on produisait à l’époque plane sur l’ensemble de la série, sans jamais pouvoir dire vraiment si c’est la série elle-même qui donna lieu à des idées de films ou l’inverse. Par exemple, l’épisode Programme Spatial (Fine Tuning, S01E07) réalisé par Bob Balaban – acteur récurrent chez Wes Anderson, le fameux narrateur au bonnet rouge – rappelle à bien des égards le scénario du très beau et mesestimé Explorers de Joe Dante (1985) sorti la même année. Les deux films portant comme idée de départ le lien entre l’univers télévisuel des années 80 et une possible vie extraterrestre qui en serait spectatrice. Autre exemple avec Le Messager d’Alamo (Alamo Jobe, S01E03) : l’histoire d’un messager en 1985 qui se retrouve catapulté dans le futur dont l’humour déphasé entre personnage contemporain et western américain traditionnel rappelle bien entendu Retour vers le futur 3 (Robert Zemeckis, 1990). Ou bien encore, l’amusant épisode Bouh ! (Boo !, S01E17) réalisé par Joe Dante dont le pitch – des fantômes font tout pour faire fuir les nouveaux propriétaires de leur maison – rappelle à bien des égards Fantômes contre Fantômes (Peter Jackson, 1996) que produira quelques temps plus tard un certain Robert Zemeckis à nouveau.

Évidemment, en dehors de son vivier de réalisateurs, la série fait la part belle à un casting d’acteurs qui ont fait les bonnes heures des années 80 au cinéma. On retrouve en vrac dans des rôles plus ou moins importants des petits inconnus comme Mark Hamill, Charlie Sheen, Harvey Keitel et Beau Bridges – tous deux dans le très bel épisode réalisé par Clint Eastwood intitulé Vanessa (S01E12) – mais aussi Gary Coleman, James Cromwell, Tim Robbins, Patrick Swayze, Christopher Lloyd, David Carradine ou encore Carrie Fisher. Le plaisir réside donc en grande partie dans le fait de (re)découvrir une partie un poil méconnue du travail de ces grands réalisateurs – par exemple, l’épisode animé réalisé par Brad Bird intitulé Family Dog (S02E18) dont on doit le chara-design à Tim Burton un épisode qui donnera lieu à une autre série, du même titre, quelques années après – qu’est leur contribution télévisuelle. De quoi rappeler que si le cinéma américain des années 80 était populaire, audacieux et brillant, le petit écran n’était pas en reste. Quoi de mieux pour s’en convaincre que de plonger tête baissée dans ce magnifique coffret édité par Elephant Films !


A propos Joris Laquittant

Sorti diplômé de la Fémis en Montage en 2017, Joris obtient son diplôme d'éleveur de Mogwaï dès l'âge de huit ans. Quand il ne dessine pas sur Dé'Ciné (decine.fr), il aime écrire sur le cinéma qui fait pas genre. Il est aussi membre fondateur de "L'Association pour la réhabilitation de l'importance de Walt Disney dans l'histoire du cinéma". Sa voyante dit que son signe astral est David Cronenberg ascendant Joe Dante, et il suit un traitement d'acupuncture trois fois par semaine pour soigner son addictions mono-maniaque aux flare bleus.

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