Alien Covenant


Après Prometheus (2012), Ridley Scott continue sa petite œuvre de démystification de son propre mythe avec Alien Covenant.

Dina-mythe

Commençons d’emblée par de la polémique un peu douteuse, disons les choses franchement, osons : je pense qu’on est tous d’accord pour dire que si la théorie du complot autour de la mort supposée de Avril Lavigne – mon amoureuse du collège – qui serait soit-disant depuis remplacée par un sosie est probablement fausse, on peut aisément penser que Ridley Scott, par contre, a très surement été abducté par des aliens qui ont placé sur terre un avatar, beaucoup moins talentueux. Si son nom est devenu aussi synonyme de maître du septième art pour certain, d’aucuns moins aventureux, comme moi, choisiraient davantage l’appellation d’étoile filante. Au regard de sa filmographie, dense, le bon vieux Ridley a surtout à son actif quatre premiers films qui flirtent – sinon atteignent – le rang de chef-d’œuvre : le magnifique Les Duellistes (1977), celui qu’on ne présente plus Alien, le huitième passager (1979) – dont vous l’aurez surement compris, il sera un peu question dans cet article – le chef-d’œuvre parmi les chefs-d’œuvres Blade Runner (1982) et le non moins passionnant Legend (1985). Pour le reste, si l’on garde bien sûr quelques marques d’affections sur les très bons films que sont en vrac Thelma et Louise (1991), Gladiator (2000), American Gangster (2007) ou encore le sympathique Seul sur Mars (2015) que nous avions défendu, on peut tout de même s’accorder, je l’espère, sur le fait que la maestria des premiers temps s’est un peu envolée chez le vieux Ridley. Récemment, certains de ses films comme Cartel (2013) ou Exodus : Gods and Kings (2014) frôlent même largement avec le navet. Un effleurement qui touche aussi, malheureusement ce Alien Covenant (2017) dont il devient assez simple de découdre le mythe tant il s’agit en réalité, du projet du film lui-même.

Histoire de clarifier un peu ma pensée et de vous éviter de lire entre les lignes, je commencerai par vous avouer sans détours que je ne fais pas partie de ceux qui vénèrent cette saga. Depuis toujours je n’ai eu d’admiration et d’accroche que pour l’original, chef-d’œuvre absolu qui ré-inventa l’horreur moderne. Aussi, qu’il s’agisse des suites carabinées comme des préquel à la mord-moi-le-noeud – comme l’épouvantable mais néanmoins assez beau visuellement Prometheus (2012) – j’ai toujours porté un regard distant, sans enthousiasme ni excitation à ses films qui pour moi, contribuent à l’effritement du mythe original. Car c’est bien là tout le problème de Prometheus et de son petit frère : déconstruire le mythe et son incroyable aura de mystère en en dévoilant les origines. Mais qui a vraiment envie de savoir comment les xénomorphes sont nés ? Qui veut vraiment savoir qui de l’oeuf ou du facehugger est arrivé en premier ? Ou qui sont les ingénieurs et la signification de cette statue du spacejockey ? La puissance de Alien, le huitième passager (1979) était précisément de se construire un mythe, une mythologie à énigme qui nourrissait chez le spectateur une sensation d’inconnue, d’angoisse, de peur. Ce monstre, incroyable, mémorable, l’est d’autant plus qu’on ne pouvait en expliquer l’origine. Il était l’inconnu. Il était là, dans l’ombre, tapis, prêt à surgir quand on ne l’attend pas. On ne pouvait lutter contre lui car on ne connaissait ni ses points forts, ni ses points faibles. L’entreprise de ces deux prequels – déjà largement induite par les suites, pour la plupart, tout bonnement détestables – est donc vraisemblablement de faire table rase des ambitions de l’original, en tuer la saveur, le confondre dans les abysses de l’oubli, en l’affadissant toujours plus à mesure qu’on en dévoile le magnifique et terrifiant mystère.

De ce point de vue là, Alien Covenant franchit un nouveau cap. Si Prometheus (2012) conservait une identité qui lui était propre – pas de mention de la saga dans son titre par exemple – tout en assumant ses petits liens avec le monstre mais surtout ses gros liens avec la mythologie de l’original, ce nouveau volet entre la tête la première dans l’arbre généalogique de la reine mère (ne cherchez pas dans cette phrase une quelconque contrepèterie, je ne sais pas en faire). L’ambition assumée du long-métrage – en plus d’offrir aux midinettes deux Fassbender pour le prix d’un – est clairement d’élucider le mystère de la naissance du xénomorphe mythique. En résulte un scénario souvent bêtement explicatif qui oscille entre séquences d’action mal fagotées et rares moments d’esthétique pure où la maestria visuelle de Ridley Scott parvient à s’exprimer à nouveau. Toutefois, la vision générale est un peu rance et le scénario, lui, sent clairement le réchauffé. Flirtant avec la série B du plus bel effet, le film peut au mieux amuser la galerie par son goût assumé du too-much et par son élégance à auto-détruire sa propre légende, mais surtout agacer celles et ceux qui comme moi, auraient préféré qu’Hollywood n’émousse pas, une fois n’est pas coutume, un autre de ces grands mythes, et que, de surcroît, ce ne soit pas une entreprise sacrificielle de son auteur sur lui-même. Dans son délire d’auto-destruction progressive de son aura, Ridley Scott vient d’annoncer qu’il donnera deux suites supplémentaires. Nul doute qu’il y a encore un peu de monde qui adule le bonhomme, il faut donc bien qu’icelui s’évertue à les convaincre de ne plus lui porter une once d’amour, même timide. Que dire d’autre que cela nous rend bien triste et que de notre côté, si l’on peine à accepter que l’on a bien perdu Tony, un soir d’août 2012, sur le pont Vincent-Thomas sous le soleil de Los Angeles, nous voilà maintenant forcé d’accepter la perte de Ridley, qu’il repose en paix et laisse par la même occasion, sa légende, elle aussi, bien en paix.


A propos Joris Laquittant

Sorti diplômé de la Fémis en Montage en 2017, Joris obtient son diplôme d'éleveur de Mogwaï dès l'âge de huit ans. Quand il ne dessine pas sur Dé'Ciné (decine.fr), il aime écrire sur le cinéma qui fait pas genre. Il est aussi membre fondateur de "L'Association pour la réhabilitation de l'importance de Walt Disney dans l'histoire du cinéma". Sa voyante dit que son signe astral est David Cronenberg ascendant Joe Dante, et il suit un traitement d'acupuncture trois fois par semaine pour soigner son addictions mono-maniaque aux flare bleus.

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