Trash Humpers


A l’occasion de sa sortie en vidéo chez Potemkine, retour sur l’ovni expérimental et glauque de Harmony Korine, le bien nommé Trash Humpers.

Ode à la vulgarité

Depuis le succès pop-ulaire de son Spring Breakers (2013), le nom de Harmony Korine s’est inscrit sur la longue liste des réalisateurs qui ont la hype dans les milieux branchés. Les nouveaux aficionados du personnage qui ne le connaissent uniquement que par le portrait au vitriol d’une jeunesse américaine en bikini et cagoule fluo, pourront quelque peu balbutier à la vue de Trash Humpers (2009) – littéralement, si l’on traduit, comprenez Baiseurs de poubelles – film expérimental au croisement de plusieurs genres. A la fois docu-fiction, lorgnant à bien des égards avec le found-footage, mêlant codes du cinéma d’horreur et comédie noire, le film suit le parcours d’un gang bien étrange aux têtes de vieillards : des espèces de masques en latex plus ou moins réussis qui leur donne des allures, au choix, de Benjamin Button ou de la version vieillard de Dustin Hoffman dans Little Big Man (Arthur Penn, 1968). Leur passe-temps favori ? Baiser des poubelles. Se frotter, et se frotter encore, déclamer des vers, tuer des voisins au marteau, ou encore apprendre à un enfant terrifiant à terrifier les autres.

Filmé à la caméra VHS, le film est un enchevêtrement de séquences accumulant toujours plus le mauvais goût et le malaise qui rappelle celui que l’on peut ressentir face à certaines séquences de Massacre à la Tronçonneuse (Tobe Hooper, 1974) tant cette bande de demi-monstres masqués évoquent Leatherface et sa famille. Derrière les agissements anarchistes de ses protagonistes, Korine dresse en filigrane le portrait d’une Amérique WASP en roue-libre, pouvant se livrer aux pires atrocités sans jamais craindre d’être ennuyée. Ce sentiment d’impunité mêlé à une envie latente de révolte, fabrique ces monstres abjects dont ni morale ni lois ne régissent les faits et gestes. Livrés à eux-mêmes, dans un monde qui ne ressemble pas tout à fait au notre mais quand même suffisamment pour qu’on puisse douter dans un premier temps à un snuff-movie – le film, avec son esthétique vidéo, emprunte aussi beaucoup à ce genre à part entière – ces énergumènes peuvent être vus comme des représentations de la fameuse catégorie white trash – une partie de la population américaine, désignée comme telle car blanche et particulièrement pauvre – à laquelle, dit-on, Donald Trump doit une grande partie des voix qui l’ont porté à la Maison Blanche. Aussi, si le film à sa sortie en 2009 fut considéré comme un objet bien étrange au sens difficilement saisissable, il revêt un intérêt nouveau en cette année où le monde et l’Amérique entame une mutation que l’on croyait encore il y a peu, impossible. Trash Humpers apparaît donc aujourd’hui comme une sorte de vision prophétique, celle d’un virage brutal, vers ce nouveau monde où l’on fait ode de la vulgarité.

Le film sort en DVD chez Potemkine dans une édition finement travaillée, proposant en supplément un court-métrage de quinze minutes réalisé par Korine et intitulé Unshini Wam. Réalisé en 2011, le film a pour stars le duo sud-africain de rap-rave Die Antwoord – on les a déjà vus dans Chappie (Neil Blomkamp, 2015) – et reprend largement leur univers graphique (très fort) et amorce le virage pop du cinéma d’Harmony Korine qui atteindra son nirvana quelques années plus tard avec Spring Breakers.


A propos Joris Laquittant

Sorti diplômé de la Fémis en Montage en 2017, Joris obtient son diplôme d'éleveur de Mogwaï dès l'âge de huit ans. Quand il ne dessine pas sur Dé'Ciné (decine.fr), il aime écrire sur le cinéma qui fait pas genre. Il est aussi membre fondateur de "L'Association pour la réhabilitation de l'importance de Walt Disney dans l'histoire du cinéma". Sa voyante dit que son signe astral est David Cronenberg ascendant Joe Dante, et il suit un traitement d'acupuncture trois fois par semaine pour soigner son addictions mono-maniaque aux flare bleus.

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