Yoga Hosers


Sortie directement en vidéo chez nous il y a quelques jours, Yoga Hosers est le deuxième volet de ce qui adviendra une trilogie intitulée True North et dont seul son réalisateur rêve encore. Après Tusk (2014) et son délire « anthropomorse » parfois/souvent gênant, le réalisateur remet le couvert en réunissant à nouveau Lily-Rose Depp et son père, pour affronter des saucisses apéritifs nazies…

Papa et Maman font un navet pour aider leur fille à être célèbre

D’abord sanctifié par le cinéma américain indépendant avec des films comme Clerks : Les Employés Modèles (1994), Les Glandeurs (1995) ou encore Père et Fille (2004), Kevin Smith a passablement muté pour s’affranchir de son étiquette de cinéaste abonné à Sundance et arborer le costume épais d’ayatollah de la confrérie des geeks du Comic Con de San Diego. Maillot de basket-ball sur le dos, le gros bonhomme a entamé depuis le début des années 2000 une reconversion dans les films aux budgets confortables tout en jouant la carte du cool et du fait-maison. A ce titre, Zack et Miri font un porno (2008) est sûrement un manifeste, peut être le film le plus représentatif de l’esprit du cinéma de Kevin Smith mais aussi le début d’une reconversion vers un cinéma plus mainstream tel que le buddy-cop movie Top Cops (2010). En dehors de ses accointances avec la comédie américaine un peu graveleuse – on pense souvent à Appatow avec qui il partage certains acteurs – Kevin Smith semble s’être trouvé depuis peu des atomes crochus avec le cinéma de genre et notamment avec le film d’horreur qu’il semble ne plus vouloir quitter depuis un Red State (2011) d’honnête facture. Comment expliquer alors la déshérence de ce cinéaste vers ce qui semble bien être les tréfonds abyssaux de la nanarosphère ? Suite de son précédent film intitulé Tusk (2014) – l’histoire d’un homme cherchant à trouver le morse qui réside en chaque être humain, jusqu’à créer des monstres hybrides – ce nouveau film intitulé Yoga Hosers (2016) est aussi le second volet d’une trilogie intitulée True North qui devrait se conclure avec Moose Jaws (2018) que l’on annonce comme une variation des Dents de la Mer (Steven Spielberg, 1975). Railler l’étrangeté du pays voisin, le Canada, et utiliser son atmosphère si étrange – David Cronenberg dit de son pays natal que c’est en quelque sorte : « Les Etats-Unis en plus bizarre » – pour en faire un théâtre grand-guignol, une foire aux monstres, semble être le projet de cette trilogie dont le deuxième volet laisse encore plus perplexe que son prédécesseur.

Yoga Hosers reprend trois personnages entre-aperçus dans Tusk, dont deux adolescentes glandeuses toutes deux nommées Colleen et interprétés par deux filles-de : Lily Rose-Depp et Harley Quinn Smith, la fille du réalisateur. Oui le mec est tellement geek qu’il a donné à sa fille le nom d’un des personnages de Batman, c’est un peu comme si j’appelais mon fils Mister Bean ou je sais pas, Guizmo. Bref, revenons-en à nos saucisses, vous frémissez d’impatience d’en savoir un peu plus sur ce chef d’oeuvre, j’en doute pas. Entre deux cours d’histoire que leur donne leur professeur incarnée par une certaine Vanessa Paradis – venue cachetonner dans le petit navet tourné le dimanche en famille et entre potes – ou leurs séances de yoga, nos deux héroïnes bossent dans une supérette miteuse. Par on ne sait quel raccourci scénaristique, elles vont, au détour d’une soirée, se retrouver en prise avec une entité maléfique : des petites saucisses nazis (Ouais ouais…) qui se dandinent en meute en grommelant des « Wunderbär » à tire-larigot et dont l’exécution (dans les deux sens du terme) numérique est une agression visuelle permanente dont on devrait condamner immédiatement les responsables.

Idiot, laid, abscons, pénible et jamais drôle, Yoga Hosers enchaîne les situations grotesques et gags écrits à la truelle, assénés avec les gros sabots du réalisateur et le manque de subtilité qui va avec. Le jeu des deux familles ne pouvant pas être complet sans l’un des deux pères, Johnny Depp reprend aussi son rôle de détective du paranormal loufoque, Guy Lapointe – déjà vu dans Tusk – grimé comme à son habitude sous les prothèses et les mimiques qui ont fait sa renommée et l’entraineront certainement, un jour ou l’autre, à sa perte. Jamais suffisamment inventif, mal élevé ou drôle pour faire passer la pilule d’une écriture poussive aux gags redondants – comme cette idée tellement lourdingue de présenter chaque nouveau personnage avec la même petite présentation façon jeu vidéo 8bits et petite musique insupportable, supportable deux fois mais franchement gonflant à la longue – le film ne parvient jamais à se faire accepter comme la parodie qu’il ambitionne (peut-être) d’être. Au contraire des films de Robert Rodriguez comme Machete Kills (2013), le film de Kevin Smith tombe dans l’écueil de n’être qu’un navet qui croit être conscient de sa nullité. Hors, ce qui rend les bons films de ce genre géniaux, c’est qu’ils le sont vraiment, géniaux. Même quand ils font semblant de ne pas l’être, ils le font tellement bien que cela flirte avec le génie. Chez Kevin Smith, le génie semble s’être cassé en villégiature – bon, je n’ai jamais été de ceux qui portèrent un amour fou pour ce réalisateur largement sur-estimé – et de films en films, le cinéaste noie le peu d’espoir qu’il nous restait de le voir rentrer de voyage avec dans ses valises autre chose que des souvenirs de merde.


A propos Joris Laquittant

Monteur en formation à la Fémis, quand il ne dessine pas sur Dé'Ciné (decine.fr), Joris aime écrire sur le cinéma d'un mauvais genre. Éleveur de Mogwai depuis qu'il a huit ans, il est aussi membre fondateur de "L'Association pour la réhabilitation de l'importance de Walt Disney dans l'histoire du cinéma". Sa voyante dit que son signe astral est David Cronenberg ascendant Joe Dante, et il suit un traitement d'acupuncture trois fois par semaine pour soigner son addictions mono-maniaque aux flare bleus.

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