Night Kaleidoscope 1


Premier long-métrage de la nuit Sadique-master Festival (du samedi 4 au dimanche 5 mars 2017), le britannique Night Kaléidoscope a, sous ses prétextes de film expérimental, pas vraiment séduit le public et la rédaction de Fais Pas Genre.

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Le film inaugural de la nuit Sadique-master Festival (23h-6h, quand même, quatre long-métrages, du café, deux Red Bull dont un Tropical et deux courts) avait pourtant un titre sympathique, qu’il épouse certainement un peu trop. Venu de Grande-Bretagne et réalisé par Grant MacPhee, Night Kaleidoscope avait fort à faire pour donner une première impulsion à une nuit de projections : il n’y a tout d’abord pas été aidé (dans le sens « c’est parti trop fort avant ») par le court-métrage projeté en introduction. Nommé Susan in Red, l’amuse-gueule de Franck Giordanengo tourne en 16MM et 14 minutes est un hommage efficace à ce fameux cinéma de genre 70’s dont personne ne s’est remis (les éternels La dernière maison sur la gauche de Wes Craven et Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper) sur fond de lutte des classes rageuse (un cambriolage de riches cannois qui tourne mal) et traversé par l’influence esthétique de Gaspar Noé, notamment dans première partie. La pulsion donnée par Susan in Red a de toute évidence desservi l’impact éventuel de Night Kaleidoscope qui lui a suivi, et qui fonctionne de manière comment dire…Complètement différente ?

Je crois que ça parle d’un mec qui…Qui je ne sais pas trop à vrai dire. Qui cherche quelque chose ? Oui d’après le peu que j’ai compris, il est à la recherche d’un couple de vampires antrhopophage qu’il semble avoir connu, connaître, ou pouvoir entrer en connexion avec grâce à de la super beuh un peu trop forte. Il semble par ailleurs être le seul à pouvoir le faire, jusqu’à sa rencontre avec une nana (évidemment), et est d’ailleurs accompagné d’un flic (perso j’ai compris que c’était un flic et pas juste un mec en robe de chambre qu’à deux minutes de la fin) dans sa quête. Mon résumé est fouillis, mais c’est pas de ma faute, il est à l’image de Night Kaleidoscope. Le visuel est soigné, ça on ne peut lui reprocher : en poussant un peu, on pourrait presque dire qu’il y a une ambiance, servie par une photographie dirigée, réussie, et un montage travaillé. D’ailleurs, c’est uniquement un film de montage, car on a vite le sentiment d’assister à une succession de séquence de montages, avec une succession de plans sans dialogues et avec une musique, je dis séquence de montage pour être gentil, mais si je dois être plus honnête je dirais « une succession de clips sans ligne narrative claire ».

Je défie quiconque de présent à cette projection d’avoir compris quelque chose à ce qui se passait sur l’écran. Cette succession de séquences de montage est visiblement destinée à nous faire douter entre réalité et fiction (qu’est-ce qui est dans la tête du personnage principal qui fume sa beuh, dans ou dans la réalité ? Et dans la réalité, le passé, le présent, ou le futur ?). Si vous vous appelez David Lynch, ça fonctionne, puisque vous n’oubliez pas que le cinéma est avant tout empathie, et que même sieur Lynch n’oublie jamais de créer des personnages à travers desquels on comprend deux ou trois choses. Chez Lynch, les situations sont troubles, mais les sentiments à éprouver ne le sont pas : il nous fait peur quand il le veut, rire, nous angoisse, nous rassure, et ce car il construit autant son montage, que ses personnages, QUE SON SCÉNARIO. Night Kaleidoscope oublie tout simplement ces deux derniers aspects primordiaux, et nous oblige à passer plus d’une heure à errer entre réalité et fiction avec des personnages dont on a rien à foutre et qui ennuient ferme. L’échec est total, tant la narration est beaucoup beaucoup trop éclatée, trop obscure, et laisse le spectateur dans le désarroi et l’incompréhension les plus totales quant aux enjeux des séquences, au sens des scènes de dialogue, à ce pourquoi ce qui se passe sur l’écran est digne d’être visionné. Être expérimental signifie expérimenter certes, mais tout de même d’une manière qui arrive à captiver l’autre, quand bien même, vous mettez de la musique et vous prenez le chou pour de beaux effets de lumière. Non vraiment, si vous voulez du cinéma de genre britannique, vaut mieux choper K-Shop.


A propos Alexandre Santos

En parallèle d'écrire des scénarios et des pièces de théâtre, Alexandre prend aussi la plume pour dire du mal (et du bien parfois) de ce que font les autres. Considérant "Cannibal Holocaust", Annie Girardot et Yasujiro Ozu comme trois des plus beaux cadeaux offerts par les Dieux du Cinéma, il a un certain mal à avoir des goûts cohérents mais suit pour ça un traitement à l'Institut Gérard Jugnot de Jouy-le-Moutiers.


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