Misères du Disney-féminisme 1


Alors que l’espèce de « remake » de La belle et la bête propose une princesse Disney que nous connaissons déjà, sans grande surprise, Fais Pas Genre saisit l’occasion pour cogiter un peu sur les récentes figures féminines de la firme, entre réussites progressistes et retours à une caractérisation caricaturale.

La femme est l’avenir de l’homme

Il faudrait être de mauvaise foi ou tout à fait aveugle pour nier le constat suivant : les personnages principaux féminins ont le vent en poupe dans les grosses productions hollywoodiennes. Filles et garçons peuvent s’en réjouir parce que c’est beau un personnage féminin aussi marquant que l’ont été certains mythes du septième art, d’autant plus quand cela revêt un sens particulier. Ce sens peut être commercial, permettant certainement d’ouvrir (je pense là aux productions récentes) à un public plus large des genres qu’on prédéfinit à tort comme réservé à un public masculin (la science-fiction en tête). Mais il peut aussi nous être rabâché à longueur de sorties comme une nouvelle illustration du féminisme vainqueur qui a percé Hollywood, comme si la Vallée Sacrée avait attendu pour cela Hunger Games et Divergente en oubliant que bien des cinéastes (James Cameron pour n’en citer qu’un) auparavant ont donné aux femmes une place importante et forte dans une industrie qui a toujours su être féministe quand ça lui rapporte de la thune.

Disney s’est naturellement placé dans cette tendance, ayant des choses « à se reprocher » avec une large histoire de personnages de princesses pas vraiment symboles d’égalité homme-femme et devenues aujourd’hui rétrogrades pour la plupart, au regard de la société qui est la nôtre. Le studio aux grandes oreilles avait toutefois presque vu le vent tourner dès Mulan (Tony Bancroft et Barry Cook, 1998), mais la teneur du personnage, qui doit se travestir en homme pour accomplir sa mission, est trop sujette au paradoxe pour être validée unanimement. Le film Pixar Rebelle (Mark Andrews et Brenda Chapman, 2012) puis les meilleur Disney depuis LOOOOOONGTEMPS que sont La Reine des Neiges (Chris Buck et Jennifer Lee, 2013) et Zootopie (Byron Howard et Rich Moore, 2016) ont eux par contre réellement donné un coup de frais avec une vision mature et ancrée dans la réalité. La Reine des Neiges était une séduisante métaphore de la découverte d’une femme par elle-même et de son acceptation aussi bien psychologique que physique, tandis que Zootopie est évidemment le récit d’un combat réussi d’une femme contre le machisme d’une corporation. Bien dosés, ces longs-métrages sont des réussites du Disney-féminisme, qui ont enfin planté dans les esprits que la maison de Dingo, Pluto etc était capable d’une animation aussi sensible au féminin que mature dans le traitement.

Hélas, ça n’a pas duré bien longtemps. Bien vite, Disney oublie ce qui fait l’intérêt d’un personnage de cinéma à notre époque et livre tout récemment Vaïana, la légende du bout du monde (John Musker et Ron Clements, 2016). L’héroïne du long-métrage éponyme est un personnage scénaristiquement raté, tout simplement parce qu’elle naît et grandit en ayant rien à apprendre, pourvue de toutes les qualités (belle, intelligente, généreuse…) promue chef de son peuple dès la naissance, et tellement aidée par tout et n’importe quoi (dont l’océan lui-même…) qu’elle ne se détourne jamais d’un cliché de personnage parfait et chiant que Disney sait pourtant éviter. Si on ajoute à ça des caprices et des moues qui, dans un film live, lui donnerait automatiquement des allures de pétasse à base de bouche en avant et de main sur la hanche. Disney pense visiblement qu’on est censé adhérer à Vaïana uniquement parce qu’elle est ouvertement (et grassement pour le coup) une allégorie du féminisme et de l’affirmation de la femme de talent ou de conviction (« Je suis Vaïana » dit-elle à plusieurs reprises, le poing levé)… Sauf que ça se traduit en une nana auto-suffisante dans un univers acquis à sa cause et où les hommes en opposition sont faibles, peureux, ou carrément responsables, comme une sorte de péché originel inversé, du drame d’un peuple et ce même s’ils sont des demi-dieux.

Le symptôme était déjà visible avec le personnage de Rey, dans Star Wars VII : Le Réveil de la Force (J.J Abrams, 2015) montrant bien à quel point Disney est capable de tout sabrer sur l’autel d’une cause qu’il caricature. Ici, c’est d’autant plus louable qu’aux traits grossiers de Vaïana s’ajoute un irrespect total de l’univers dans lequel Rey est censée évoluer, mais c’est pour la bonne cause. C’est pour la bonne cause et visiblement parce que c’est une femme forte dans un film de 2017, que Rey est capable de dompter des attributs tels que la télépathie ou l’art du sabre-laser au bout de 14 secondes. Le besogneux apprentissage de la Force semble donc être, dans l’univers Star Wars voulu par Disney, réservé aux mâles abrutis que devaient être Luke, Anakin, Obi-Wan, ou même Kylo Ren… Ou quand le sexisme positif pensé avec les pieds devient forcément négatif, en plus d’être cinématographiquement illogique. Le doute est laissé avec d’éventuelles explications futures dans l’épisode VIII ou IX, mais sur le coup, la pilule est quand même sacrément dure à avaler. L’avenir de Disney nous confirmera la tendance ou pas.

Les femmes sont fortes, belles, capables de grandes choses et les personnages féminins tout autant, mais aucune volonté de promouvoir l’égalité artistique entre les sexes ne peut nous faire accepter un protagoniste grossièrement écrit, sans aspérité, et irrespectueux des attentes du spectateur. Mesdames, Messieurs, ne clamez pas trop fort que Disney s’est modernisé, il a peut-être juste changé d’allure, retombant vite dans ses travers historiques. Vous trouviez scandaleux d’abrutir les petites filles des 50’s avec des princesses pleurant leurs princes charmants ? Commencez donc à lui reprocher dès aujourd’hui leurs modèles de self-made women cinématographiques totales, éloignées des valeurs des personnages que n’importe qui a envie de suivre, avec, en plus du courage, du destin et de la force, la possibilité d’échec, l’apprentissage, l’erreur, en un mot, de l’humanité…


A propos Alexandre Santos

En parallèle d'écrire des scénarios et des pièces de théâtre, Alexandre prend aussi la plume pour dire du mal (et du bien parfois) de ce que font les autres. Considérant "Cannibal Holocaust", Annie Girardot et Yasujiro Ozu comme trois des plus beaux cadeaux offerts par les Dieux du Cinéma, il a un certain mal à avoir des goûts cohérents mais suit pour ça un traitement à l'Institut Gérard Jugnot de Jouy-le-Moutiers.


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