Logan 1


Logan est un film déconcertant, à bien des niveaux. Le fait qu’il ait ouvert la Berlinale 2017 était déjà un petit exploit en soi pour un film de la franchise X-Men. Mais parvenir en plus à en faire l’un des films les plus sombres, les plus nostalgiques et les plus créatifs du genre super-héroïque tient presque de l’incroyable tellement les précédents volets des aventures de Wolverine et les deux derniers films X-Men soufflaient le chaud et le froid.

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Old Man Logan

Qu’on se le dise, j’étais emballé par ce Logan dès la première bande annonce qui, à coup d’images Rated R et de Johnny Cash, promettait de nous proposer une aventure unique en son genre et digne du chant du cygne annoncé pour Hugh Jackman et son personnage de Wolverine. Et dès les premières minutes – voir secondes – du film, on ressent tout de suite ce changement de ton et d’ambition que James Mangold – le réalisateur – a voulu insuffler à ce dernier numéro des aventures de James « Logan «  Howlett. Beaucoup plus intimiste et réflexif, nostalgique et contemplatif, ce Logan prend complètement à contre-pied toutes les autres productions de la franchise X-Men mais aussi plus largement toutes les autres super productions super-héroïques proposées par les autres studios, Disney/Marvel et WB/DC en particulier. En effet, les deux studios auraient une belle leçon de courage et de cran à prendre de la part des dirigeants de la 20th Century Fox qui avec Deadpool (Tim Miller, 2016) l’année dernière, la série Legion cette année et maintenant ce Logan, n’hésitent pas à prendre de grands risques afin de renouveler un genre qui a tendance à s’essouffler. Alors que Deadpool proposait le premier film super-héroïque Rated R et que la série Legion en cours de diffusion propose un pari scénaristique et une mise en scène audacieuse, Logan va plus loin dans ces trois domaines et relève littéralement du jamais vu dans ce genre de cinéma. Là où Marvel se repose sur ses acquis et nous déroule sa formule sans jamais innover film après film et où DC se perd dans un univers se voulant tellement adulte et sombre qu’il en oublie le spectateur en chemin, la Fox n’hésite pas depuis quelques années à sortir des sentiers battus.

S’inspirant très librement du comics de Mark Millar et Steve Mcniven, Old Man Logan, ce dernier volet des aventures du célèbre mutant nous situe dans un futur proche (2024), quasi apocalyptique, dans lequel plus aucun mutant n’a vu le jour depuis 25 ans. Évoluant dans une Amérique aux abois, Wolverine, vieillissant, épuisé par tant d’années de combats et empoissonné par l’adamantium présent dans ses os, s’occupe d’un Professeur X souffrant d’une forme de démence. Tentant de rompre avec son passé et de s’éloigner d’un monde qui ne l’a jamais accepté et qu’il n’a de toute façon jamais compris, Logan est pourtant vite rattrapé par la réalité lorsqu’une jeune mutante traquée par les gros bras d’une entreprise de manipulations génétiques croise son chemin. C’est dans ce contexte que James Mangold nous propose un film bien plus politique et engagé qu’il n’y paraît. Il aborde ainsi de très nombreux thèmes comme la crise écologique, l’hyper-industrialisation de l’agriculture, la numérisation, la robotisation de l’économie et du travail ou encore la vieillesse, le deuil de soi et de l’autre, la mort et la parentalité… Le réalisateur de Knight and Day (2010) et Wolverine, le Combat de l’Immortel (2013) nous livre surtout une vision très sombre du monde tel qu’il nous attend si l’on continue à vivre de cette manière : réchauffement climatique, destruction de l’écosystème, xénophobie, ubérisation à tout va et prise de pouvoir des grands groupes devenus incontrôlable, ici Transigen et dans la vraie vie Google, Amazon, etc… James Mangold semble avoir eu carte blanche pour réaliser son film et il en a profité. Offrant avec cette œuvre de nombreux points de questionnement et de réflexion au spectateur, Mangold ne délivre en revanche aucune réponse ou aucun positionnement personnel. C’est en cela que Logan est une production profondément réflexive et intéressante même pour qui n’est pas spécialement fan de comics et de films de super héros.

La principale force de ce Logan est en effet de parvenir à s’éloigner des clivages habituels que l’on retrouve dans les films de super-héros. Tout d’abord, Logan est tout à la fois un film de super héros, un western et un road movie dans lequel nous suivons la dernière aventure du Serval alors qu’il doit sauver le futur des mutants, un avenir incarné par Laura Kinney ou X-23, cette jeune mutante dotée des mêmes capacités que Wolverine (ou presque). Contrairement à toutes les autres productions super-héroïques, Logan propose un regard bien plus contemplatif et humain. Loin des explosions et des combats à tout va que l’on retrouve habituellement, Logan est avant tout une introspection de James Howlett sur ce qu’a été sa vie, ce qu’il est devenu et ce qui adviendra après sa mort. Bien que d’une violence graphique indéniable, Logan trouve toute sa richesse dans le portrait très sombre qu’il fait du temps qui passe, de la vieillesse, de la maladie et de la mort. Dépressif et suicidaire, le personnage de Wolverine va pourtant trouver une dernière source de lumière auprès de la jeune Laura Kinney, interprétée de la plus sobre et efficace des manières par la débutante et déjà prometteuse Dafne Keen. Fort d’une réalisation discrète et toute en sobriété, de décors magnifiques et parfaitement mis en lumière et d’une esthétique époustouflante, Logan s’avère être un film très mélancolique, parfois larmoyant : le portrait déchirant d’un homme ayant vu et affronté le pire de l’humanité durant ses mille vies.

Là où Logan se distingue également des autres films du genre, c’est dans sa capacité à mettre ses personnages en avant, avant toute autre considération, avant l’action, les explosions, les grands méchants et les pouvoirs. James « Wolverine » Howlett évidemment, dans sa quête de paix intérieure et d’introspection, est magnifiquement interprété pour la dernière fois par un Hugh Jackman au firmament de son talent. Enfin libéré des censures du studio, Jackman a l’occasion de tirer sa révérence avec une itération enfin fidèle du personnage et il ne s’en prive pas. Réellement bestial, brutal et furieusement enragé, ce Wolverine est celui que tous les fans attendaient depuis 17 ans. Il aura fallu attendre la dernière apparition de l’acteur australien dans ce rôle pour y avoir enfin droit ! Que dire de Patrick Stewart qui incarne là un Charles Xavier comme on ne l’a jamais vu. Difficilement reconnaissable, le professeur Xavier est lui aussi victime du temps qui passe. Très âgé, malade, quasi dément, le professeur X trouve dans ce Logan son dernier grand rôle : celui de grand-père. Sans que cela ne soit jamais dit, la relation qu’il entretient en effet avec la jeune mutante s’apparente à celle qu’un grand-père pourrait avoir avec sa petite-fille. Surtout, il donne une touche d’humour et de malice au film et s’avère être le liant nécessaire de la relation entre Logan et Laura. Les deux acteurs qui interprètent ces rôles depuis le premier X-Men (Bryan Singer, 2000), il y a 17 ans déjà, font tous les deux leurs adieux à la franchise dans ce Logan et on sent qu’ils avaient à cœur de livrer une dernière performance digne de ce nom.

Il est certain que ce Logan restera dans les mémoires comme l’un des plus grands films de super-héros jamais réalisé. Unique en son genre, plus audacieux qu’aucun autre, il s’agit en tout cas, sans l’ombre d’un doute, du meilleur film de la franchise X-Men, réalisé à ce jour. Sorte de conclusion à une saga vieille de presque 20 ans, parfois épatante mais trop souvent décevante, Logan ne vient pas régler les problèmes de continuité dont souffre la franchise depuis X-Men : First Class (Matthew Vaughn, 2011). En revanche, il semble ouvrir la voie à un nouveau souffle pour la franchise, avec des nouveaux personnages plus modernes et plus ancrés dans les considérations de la société actuelle. Qu’il s’agisse d’un reboot ou d’une simple continuité, il ne fait aucun doute que cette nouvelle génération de mutants que semble introduire Logan sera un vent de fraîcheur franchement bienvenue chez des X-Men qui commençaient cruellement à sentir le réchauffé.


A propos Flavien Albarras

Un amour infini pour le cinéma de Kubrick, une passion perverse pour les super-héros en slip moulant, un intérêt certains pour le cinéma indépendant et une curiosité malsaine pour le cinéma d'horreur, on peut dire que les goûts de Flavien sont le reflet du pandémonium qui règne dans sa tête.


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