Bébé Vampire


A l’occasion de sa sortie en DVD, on vous parle d’un film d’épouvante américain tombé dans l’oubli : Bébé Vampire (The Grave of the Vampire) sorti en 1974 et disponible chez Artus FIlms dès le 4 Avril 2017.

Dent pour Dent

Après la sortie remarquée du chef-d’oeuvre Rosemary’s Baby (Roman Polanski, 1968) le cinéma fantastique a souvent utilisé le même sujet – l’enfantement par une femme, souvent violée, d’un être monstrueux incontrôlable ou démoniaque – pour en tirer des ersatz plus ou moins réussis. De Chromosome 3 (David Cronenberg, 1979) à Braindead (Peter Jackson, 1992) jusqu’à l’admirable nanar Bébé né pour tuer (Rick Jacobson, 1999) l’histoire du cinéma fantastique est largement traverséepar une certaine peur ou fascination morbide – dans les deux cas, très majoritairement masculine – pour le corps et la psyché féminine, et par extension pour l’enfantement et les nourrissons. Dans Bébé Vampire (John Hayes, 1974) l’histoire est celle d’un jeune couple de fiancés qui après une fête arrosée s’acoquine dans un cimetière – quelle drôle d’idée – où ils se font attaquer en plein marivaudage par un vampire qui tue l’homme et viole la femme. Cette dernière se retrouve ainsi enceinte, en pensant que l’enfant est de son défunt fiancé : merci les raccourcis scénaristiques et la psychologie de bas étage. Le film étonne en cela qu’il semble être à la fois un duplicata du film de Polanski et un retour à un cinéma plus daté, à l’esthétique gothique. On pense à bien des moments aux films de vampires que Jean Rollin en réalisait en France à la même époque, mêlant tout en un l’héritage du cinéma surréaliste, des vieux films d’Universal et l’érotisme sous-jacent des productions de la Hammer de la fin des années 60.

Si la force du film de Roman Polanski était de se focaliser sur le suspense des neuf mois de grossesse de son héroïne, utilisant la naissance du démon comme un sommet d’horreur, ici, tous les enjeux tournent autour de l’enfant et de son parcours puisque sa naissance arrive au premier tiers du film. Aussi, le Bébé Vampire promis par le titre français et par l’affiche n’est qu’un leurre puisque la promesse de voir du nourrisson à grandes dents n’est tenue que le temps d’une seule séquence, hilarante, puisque les plans du bébé sont en réalité des très gros plans sur des bouches adultes qui font des moues et des « Areu-Areu ». Cette première partie se passant dans les années 40 – même si aucun effort n’est fait pour que ça ne ressemble pas aux années 70 – on nous annonce très vite un saut dans le temps de 35 ans sans que cela ne soit perceptible en terme de direction artistique. Dans un second temps, le film suit donc le parcours du personnage devenu adulte – incarné par l’habitué du sous-genre de Bikers movie  William Smith – dans les années 70 et son parcours pour comprendre ses origines vampires après la mort de sa mère. Peu original en tous points, la fin du film déçoit tant elle est un copié-collé de celle de Count Yorga, Vampire (Bob Kelljan, 1970) sûrement le film de vampires américain le plus célèbre de cette époque, avec bien sûr la version blaxploitation du mythe, si bien nommée Blacula, le vampire noir (William Crain, 1972).

Si le film est loin d’être inoubliable il bénéficie toutefois d’une première sortie en DVD en France – après une sortie en VHS au début des années 1980 sous le titre absurde Les Enfants de Frankenstein – et ce grâce à l’éditeur Artus Films, dont le catalogue, il faut le rappeler, regorge de ces films rares voir oubliés. Si la copie n’est pas forcément d’une facture époustouflante on tolérera la qualité visuelle et sonore, du fait, d’une part, de la rareté du film, mais aussi parce que l’édition est une nouvelle fois agrémentée en supplément d’une longue présentation d’Eric Peretti, fort bien documentée et passionnante.


A propos de Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre (ou inversement). A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu. Ses spécialités sont le cinéma de genre populaire des années 80/90 et tout spécialement la filmographie de Joe Dante, le cinéma de genre français et les films de monstres.

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