Atmo HorroX 2


Le Québec est une terre à part du monde du déjanté. Le Sadique-master Festival nous permet de le prouver une nouvelle fois en présentant Atmo HorroX, gros bad trip non-sensique aussi acide que tordant.

Not fur human consumption

22 h vendredi 3 mars 2016 (22h15 en fait), j’ai un Long Bacon dans le bide et suis dans mon petit coin dans la salle. Je m’attends à un film underground plat mais au visuel bigarré et cheap, en somme je juge très fort Atmo HorroX en film bien moins marquant qu’il se l’avérera par la suite. 1H41 plus tard (ce qui est quand même assez long pour un film comme ça), je suis sourire aux lèvres et glisse une note élevée dans l’urne à disposition du vote du public : le Québec non pas libre mais fou a encore frappé. Car cette belle région du monde n’est pas que la patrie de Denys Arcand, de Denis Villeneuve, ou encore de ces séries policières avec l’accent tabernacle qui passent sur TV5…C’est à mes yeux, AVANT TOUT, la nation de Captain Québec (dans Hero Corp, grosse dédicace à ma moitié) et de la série mythique, hilarante, géniale, intemporelle qu’on fera jamais mieux dans ce style d’humour, Le cœur a ses raisons. A l’image de nos amis Belges, nos cousins Québécois ont leur humour, ont leur folie. Une folie qui explose dans un Atmo HorroX donc qui a ma swingué mes molaires dans la salle des 5 Caumartin.

Film particulièrement difficile à pitcher parmi les impitchables, Atmo HorroX semble être l’histoire (j’étais même pas sûr en le visionnant, mais le synopsis m’a montré que je ne m’étais guère tout à fait trompé) de quatre entités malféfico-monstruso-extraterrestres qui agissent de concert pour faire disparaître de pauvres humains entre des paires de chaussures à talons magiques. On ne sait pas pourquoi ni dans quel but, mais l’on sait que le quatuor agit sans répit, sous la direction de ce qu’on pourrait appeler leur Reine, et avec la complicité de quelques de nos compères humains, comme un docteur qui aime bien griffonner des ordonnances. Ce récit vous semble large ? Je ne puis malheureusement vous en offrir un de plus complet, tant le film déroule ses scènes de traque sans réelle progression narrative (on passe d’une disparition d’un être humain à l’autre). La dramaturgie tient plus du rituel (les monstres qui communiquent et s’organisent, toujours de la même façon) de quelle sera la prochaine victime, et comment on en viendra à bout : l’occasion de voir à chaque fois un ou nouveau/nouvelle disparu/e d’un cadre social différent, comme le rich man, le couple de bouseux et la gentille petite famille qui pique-nique, entre autres. Leur point commun à tous, c’est qu’ils semblent évoluer dans un monde de non-sens et d’absurde grinçant, parlant un dialecte inconnu (tantôt une langue inventée, tantôt de véritables bruits électroniques), se vautrant en mangeant de manière répugnante devant une émission « d’aérobic »(un des meilleurs gags du long-métrage), écoutant une musique étrange et quasi-bruitiste. On pense au Quentin Dupieux de Steak, à The Greasy Strangler vu au PIFF, mais après avoir pris trop d’acide, tant le visuel s’amuse lui avec des teintes sur-saturées, et des effets postérisés des plus hallucinogènes.

Pat Tremblay, le réalisateur, se joue également des clichés du cinéma populaire qu’est le cinéma de genre. Au fond, c’est vrai, tous les ingrédients sont là et Atmo HorroX fonctionne comme un slasher, avec son lot de cadavres et même la petite touche perso du monstre tueur qui laisse toujours le même indice sur le lieu de son méfait (une saucisse, grillée s’il vous plaît). Il fonctionne aussi comme un film de monstres bien sûr, mais aussi comme un film policier avec ce personnage hilarant de vieux qui poursuit les monstres sans relâche. Lorsque le final dévoile un discours terrifiant sur la sur-présence des médicaments et autres paradis artificiels dans notre monde contemporain, on est encore plus emballés par ce délire québécois, qui secoue les zygomatiques, casse le cerveau et qui au-delà de l’humour loin d’être grand public (de la même manière que les deux exemples cités plus haut) en profite pour livrer une violente satire de tous ces petits travers quotidiens qui rendent une part de l’humanité mesquine, débile et répugnante.


A propos de Alexandre Santos

En parallèle d'écrire des scénarios et des pièces de théâtre, Alexandre prend aussi la plume pour dire du mal (et du bien parfois) de ce que font les autres. Considérant "Cannibal Holocaust", Annie Girardot et Yasujiro Ozu comme trois des plus beaux cadeaux offerts par les Dieux du Cinéma, il a un certain mal à avoir des goûts cohérents mais suit pour ça un traitement à l'Institut Gérard Jugnot de Jouy-le-Moutiers.


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2 commentaires sur “Atmo HorroX