Le Fantôme Vivant


De l’horreur, des ombres et du sang noir. Voilà le programme qu’Elephant Films nous propose avec les ressorties de ce mois ci. Aujourd’hui, c’est du film Le fantôme Vivant dont nous vous parlerons.

Boris Karloff’s UK come back

Le Fantôme vivant – plus connu sous titre original, The Ghoul – sort en 1933, en plein âge d’or du film d’horreur et est réalisé par un certain Thomas Hayes Hunter. Produit par l’imminent Michael Balcon, travaillant à l’époque pour la Gaumont British Pictures Corporation, le film aura le mérite d’être le premier d’une longue série de films d’horreurs en Angleterre. Suivront notamment la série de films, tous incarnés par Tod Slaughter avec Murder in the red barn (Milton Rosmer, 1935), Sweeney Todd: the demon barber of fleet street (George King, 1936), The crimes of Stephen Hawke (George King, 1936), Crimes at the dark house (George King, 1940) etc… Pour la petite histoire, Le fantôme vivant est un film qui a bien failli être perdu à jamais. C’est trente ans plus tard seulement qu’une copie du film sera trouvée mais en très mauvais état et partielle. Il faudra attendre les années 2000 pour qu’enfin, une version intégrale soit retrouvée en Angleterre.

L’histoire est l’adaptation d’une pièce de théâtre de Frank King. Elle met en avant le professeur Morlant, médecin excentrique, passionné d’égyptologie – interprété par Boris Karloff – que l’on découvre mourant dès le début du film pour des raisons que l’on ignore. Peu avant sa mort, ce dernier formulera ses dernières exigences, dont celle d’être enterré avec « la lumière éternelle », un joyau égyptien qui devrait lui permettre d’accéder à l’immortalité. Mais il est inhumé sans bijou, volé par son domestique. Morlant revient alors d’entre les morts pour se venger de ceux qui l’ont trahi. Le fantôme vivant met à l’honneur la star du moment : Boris Karloff. Ce dernier sort évidemment du bien connu Frankenstein (James Whale, 1931) dans lequel il prête ses traits à l’inoubliable visage terrifiant du monstre de Frankenstein. A l’époque, le succès est au rendez-vous et propulse Karloff au rang de stars de films d’horreur, un genre qui en est encore à ses balbutiements à Hollywood. Très vite, Universal – compagnie-phare dans la production des films de genre de cette époque – confie la réalisation de La Momie à Karl Freund, 1932 qui offre à Karloff un nouveau rôle maquillé taillé sur mesure pour lui. C’est finalement une question de rémunération qui mettra fin à l’idylle entamé entre Universal et Karloff, ce qui conduira ce dernier à rejoindre son Angleterre natale et tourner par conséquent dans Le fantôme vivant.

Tout d’abord, disons-le franchement : si le film est parfait pour les fidèles-curieux qui veulent découvrir des films de genre de l’époque, les fans de Karloff seront déçus, l’acteur n’étant finalement que très peu à l’écran puisqu’il n’apparait qu’au tout début pour ne réapparaitre qu’à la …Cinquantième minute ! Le fantôme vivant peine à convaincre en raison d’une interprétation assez théâtrale des acteurs, d’une absence quasi-totale d’action, de rebondissements et d’enjeux. L’essentiel du film se concentre sur l’ambiance lugubre du manoir de Morlant avec les effets courants de l’époque – la brume, les éclairages nocturnes – mais saluons à cet égard la photographie de Gunther Kampf déjà à l’œuvre sur le fameux Nosferatu, le vampire (Friedrich Wilhelm Murnau, 1922). D’un point de vue technique le film est admirable mais il convient de se demander si elle ne vient pas écraser ou plutôt reléguer au second plan le récit ? Gunther dira à ce propos que les lumières permettent d’exprimer davantage que par le jeu ce que pensent les acteurs. A ce sujet, chacun se fera son avis à la vision du film !

Mélange de film fantastique et film policier, Le fantôme vivant avait pourtant tout pour réussir, à commencer par un prestigieux casting. En effet, au-delà de Boris Karloff que l’on ne vous présente plus, il y avait aussi Cédric Harwicke – vu dans Le fantôme de Frankenstein (Erle C. Kenton, 1942) ou dans La Guerre des mondes (Byron Haskin, 1953) – Ralph Richardson – Le Docteur Jivago (David Lean, 1965) et Greystoke, La légende de Tarzan (Hugh Hudson, 1984) – mais aussi Ernest Thesiger – La fiancée de Frankenstein (James Whale, 1935) ou Une soirée étrange (James Whale, 1933) etc. Seulement voilà, le récit bien trop mince – osons-le mot : simpliste – ne donnait pas beaucoup de marge de manœuvre pour que chacun des acteurs puissent s’exprimer, aussi doués soient-ils ! Le film fut mal accueilli à sa sortie et précipita le retour de Karloff à ses affaires hollywoodiennes. Une fois son contentieux réglé avec Universal, ce dernier reviendra en tête d’affiche avec Le Chat noir (Edgar G.Ulmer, 1934) Notons aussi que Karloff a bien failli réinterpréter son propre rôle, le producteur Alex Gordon – Voodoo Woman (Edward L. Cahn, 1957) ou Jet Attack (Edward L. Cahn, 1958) – souhaitant y aller de son remake. Cela ne se fera finalement pas – mince, qu’avons-nous loupé ! – avec Boris Karloff. En revanche, une version davantage parodique que fantastique apparaitra quelques années plus tard : What a carve up ! (Pat Jackson, 1961). Au passage, signalons que ce même Alex Gordon aura par la même occasion scénarisé Jail Bait (1954) et La fiancée du monstre (1955) …D’un certain Ed Wood avec qui Boris Karloff terminera sa carrière.

Sortie fin janvier, Elephant Films propose la réédition du Fantôme vivant dans un combo Blu-ray/DVD dans lequel nous retrouvons peu de bonii mais  toutefois sept minutes de décryptage du cinéphile Jean-Pierre Dionnet qui nous régale, une nouvelle fois, de ses connaissances.


A propos Isir Showzlanjev

En parallèle d'une carrière psychosociale, Isir a hérité d'une pathologie incurable, à savoir visionner des films par lot de six. Il ne jure que par Sono Sion, Lynch, Polanski et voue un culte improbable à Fievel. Il aime aussi les plaisirs simples de la vie comme faire de la luge, monter aux arbres et manger du cheval.

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