La dernière chevauchée   Mise à jour récente !


Inédit jusqu’alors dans notre beau pays, La dernière chevauchée d’Alfred Werker parvient enfin à nos téléviseurs et autres platines DVD grâce à Sidonis Calysta.

La loi c’est moi

Il n’est un secret pour personne que certaines oeuvres n’ont pas exactement la vie qu’ils méritent. Quand on aborde des genres très précis ayant connu leur heure de gloire (et induisant par-là un effet de mode et une multitude de productions) la recherche de la pépite est une spécialité, un Graal en soi, pour le cinéphile…Et donc pour les éditeurs. Sidonis, à l’image d’ailleurs de la plupart des éditeurs dont nous vous parlons sur le site, met un point d’honneur à détecter et sortir autant des classiques que des raretés ou des inédits, surtout (pour ce qui fait pas genre) dans le film noir (rien que pour ça je les aime fort) et le western. La dernière chevauchée, réalisé par le méconnu et mésestimé Alfred L. Werker en 1953, n’avait jamais eu l’honneur d’une sortie quelle qu’elle soit sur le territoire français, que ce soit en salles ou sur support (DVD, Laserdisc, VHS, 16mm, lanterne magique…). Pourtant ce western de série B mérite largement son visionnage, tant il est pourvu d’une certaine profondeur, quasi-shakespearienne, tragique, et livrant un regard sans concession sur les fondements de l’Amérique.

Pour se venger d’une vente injustement négociée par un magnat local brutal et sans scrupules, trois bergers dérobent une grosse somme d’argent à ce dernier et s’enfuient. Ledit magnat, Sampson Drune, et son fils adoptif préparent alors une expédition punitive, afin de tuer les bergers et de récupérer le butin, mais ils sont rejoints par le Shérif Frazier, personnage brisé par la (sa) vie qui souhaite attraper les voleurs vivants pour faire appliquer la loi des États-Unis à la place de celle du talion…Comme de nombreux bons westerns voire de nombreux récits fondateurs depuis la nuit des temps, l’intrigue est simple mais brasse des thèmes qu’on ne peut que qualifier de profonds. Rythmé et illustré de manière assez dynamique par Werker, La dernière chevauchée séduit par la rectitude de son scénario, sans fioritures, sachant aller droit au but (durée courte de 76 minutes) sans donner une impression de bâcler ou balayer la richesse de ses sujets. A l’instar de la série Deadwood, The Last Posse (titre anglais) place de front deux conceptions de la justice en un combat qui symbolise celui qui a constitué non seulement la conquête de l’Ouest, mais la construction américaine dans son ensemble : la loi du plus fort contre l’état de droit. Une lutte dont l’illustration n’est dalleurs pas uniquement physique dans le film, mais ouvertement liée à la naissance du libéralisme égoïste et violent dans la méthode… Cette thématique assez fréquente dans le genre est complexifiée par une approche qui n’aurait pas déplu au Shakespeare d’Hamlet ou de Jules César. En évitant de spoiler un maximum, le nœud dramatique du long-métrage est aussi tissé sur le lien réel entre Drune et son fils adoptif, basé sur un mensonge, et une complication tiraillée de cette fameuse maxime « Tuer le père »…Le personnage du Shérif Frazier, détenteur de la vérité et par-là même alcoolique, fatigué par la culpabilité de toute cette violence qu’il a lui commise au nom du droit, est à ce titre un protagoniste dont la portée tragique et symbolique est puissante…

Bertrand Tavernier et Patrick Brion aux abonnés présents livrent, comme à chaque fois chez Sidonis, leur présentation de La dernière chevauchée en bonus. S’ils sont séduits tous deux par le film qu’ils considèrent comme un petit bijou, je serai pas aussi dur que Tavernier sur le dernier tiers du long-métrage… L’occasion de se procurer DVD pour entendre le cinéaste et vous faire votre propre opinion ? Mais si vous avez pas l’âme d’un polémiste, vous pourrez toujours visionner les bandes-annonces ou la galerie photos proposées également en suppléments.


A propos Alexandre Santos

En parallèle d'écrire des scénarios et des pièces de théâtre, Alexandre prend aussi la plume pour dire du mal (et du bien parfois) de ce que font les autres. Considérant "Cannibal Holocaust", Annie Girardot et Yasujiro Ozu comme trois des plus beaux cadeaux offerts par les Dieux du Cinéma, il a un certain mal à avoir des goûts cohérents mais suit pour ça un traitement à l'Institut Gérard Jugnot de Jouy-le-Moutiers.

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