Double assassinat dans la rue Morgue 1


Elephant Films poursuit dans le fantastique hollywoodien des 30’s, avec cette fois-ci l’édition DVD de la première adaptation cinématographique de la nouvelle éponyme d’Edgar Allan Poe : Double assassinat dans la rue Morgue.

King Kongenstein

A l’instar de L’île du Docteur Moreau dont nous avons chroniqué l’adaptation précédemment, Double assassinat dans la rue Morgue est une des plus célèbres œuvres de la littérature « de genre » (si une telle expression peut être acceptée) anglo-saxonne. Son auteur, Edgar Allan Poe n’est nul autre qu’un pionnier indéboulonnable du fantastique américain à l’influence dantesque et vivier d’inspiration pour des artistes variés que les concepteurs des Simpson, qui parodient le poème Le corbeau dans le Simpson’s Horror Show de la saison 2, ou pour Francis Ford Coppola qui en fait la figure tutélaire de l’écrivain incarné par Val Kilmer dans Twixt (2012). A son tour, Elephant Films nous propose de découvrir en DVD Double Assassinat dans la rue Morgue, la première adaptation cinématographique de la célèbre nouvelle éponyme, tournée en 1932. Pour la petite anecdote, cette version cinéma est réalisée par Robert Florey qui devait initialement tourner un certain Frankenstein (James Whale, 1931) mais qui a vu ce projet lui échapper des doigts, avec regret…Et ce qu’on peut dire, c’est que ses regrets de ne pas avoir tourné l’adaptation du livre de Mary Shelley, on les sent bien.

Adorateurs du récit policier de Poe, vous devez être prévenus : mis à part les personnages (et encore, certains) et le lieu (Paris, retranscris d’ailleurs assez fidèlement à l’image qu’on peut avoir du Paris nocturne de l’époque où se déroulent les faits, le XIXème siècle), Double assassinat dans la rue Morgue ne partage pas grand-chose avec son matériau littéraire d’origine. L’intrigue est tout à fait tordue, écartelée de manière à correspondre à certains canons horrifiques de l’époque, dont un savant fou et sa créature maudite. Concrètement, ça donne Dupin qui n’est plus un inspecteur de police, mais un étudiant en médecine qui avec sa fiancée, croisent la route du Dr Mirakle, scientifique baisé de la tête qui se livre à des expériences pour créer des êtres mi-humains mi-animaux. Évidemment parmi ces êtres hybrides, pour ceux qui connaissent la nouvelle initiale, un singe, qui tombe amoureux de la meuf du Dupin et qui va la kidnapper et s’enfuir avec elle sur les toits de Paris…Vous n’hallucinez pas, le scénario est bien un fourre-tout bric-à-brac dans lequel se croisent les thématiques de Frankenstein (sorti en 1931 donc), de L’île du Docteur Moreau, et bien entendu de King Kong, dont il est du coup un précurseur puisque le film de Merian C. Cooper et Ernest B. Shoedsack ne sort qu’en 1933. Étrangement, Double assassinat dans la rue Morgue est tout de même un film qui se tient si on fait abstraction des mélanges un peu trop garnis, à la narration et aux ingrédients équilibrés : mystère, angoisse, interprétation de Bela Lugosi au top, action, humour (savoureux dialogues parfois, notamment avec le croque-mort), mise en scène efficace et qui sait être subtile malgré le glauque de certaines situations (on parle d’assassinats de putes par endroit…) sont au rendez-vous d’un petit film sympathique dans l’air du fantastique d’alors.

Elephant Films rend justice aux qualités plastiques du film qui parvient vraiment dans ses décors ou sa lumière à transmettre l’ambiance étrange et angoissante d’un Paris d’antan. La copie est impeccable, et les bonii présents dont une galerie de photos et l’incontournable présentation par Jean-Pierre Dionnet. Ce n’est pas une surprise, mais cette dernière mérite particulièrement d’attention, car Sieur Dionnet profite de l’occasion pour nous raconter des anecdotes sur les concepteurs de ce Double assassinat dans la rue Morgue (d’où l’histoire sur Florey qui manque de réaliser Frankenstein) mais aussi sur Poe et ses traductions par Charles Baudelaire, pas si objectives qu’on peut le penser, le poète maudit français ayant largement transposé ses angoisses et fantasmes au style pourtant plus réaliste, en langue anglaise, du maître Edgar Allan. Quelle culture ce Dionnet !


A propos Alexandre Santos

En parallèle d'écrire des scénarios et des pièces de théâtre, Alexandre prend aussi la plume pour dire du mal (et du bien parfois) de ce que font les autres. Considérant "Cannibal Holocaust", Annie Girardot et Yasujiro Ozu comme trois des plus beaux cadeaux offerts par les Dieux du Cinéma, il a un certain mal à avoir des goûts cohérents mais suit pour ça un traitement à l'Institut Gérard Jugnot de Jouy-le-Moutiers.


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