La Course à la Mort de l’an 2050   Mise à jour récente !


Plus de trente années après l’original intitulé La Course à la mort de l’an 2000 – aussi connu chez nous sous le titre Les Seigneurs de la Route ou sous son titre original Death Race 2000 – réalisé par Paul Bartel, le mythique producteur Roger Corman remake son film sous l’égide de Universal Pictures, et le ré-intitulant au passage La Course à la mort de l’an 2050.

At-Trump moi si tu peux !

Il a beau avoir quatre-vingt dix balais, Roger Corman peut s’enorgueillir d’avoir su conserver son trône de roi de la série B, et ce depuis 1955 et son premier film Swamp Women. Au risque de ne rien vous apprendre, rappelons toutefois que la Corman School, comme on l’appelle souvent, a vu grandir des tout petits réalisateurs comme James Cameron, Joe Dante, Francis Ford Coppola, Nicolas Roeg, Martin Scorsese, Monte Hellman, Ron Howard ou encore Jonathan Demme. Tous ont donc fait leurs premières armes au sein de New World Pictures dont la spécificité fut en tout temps de produire des films d’exploitation à très petit budget, surfant sur les tendances. Mais contrairement à ce qu’on peut parfois entendre, La course à la mort de l’an 2000 (Paul Bartel, 1975) n’est pas l’un des nombreux ersatz de Mad Max (George Miller, 1979) pour la simple et bonne raison que le film de la maison Corman fut réalisé, vous l’aurez compris, trois années plus tôt. Il est vrai que l’on retrouve dans les deux films des ingrédients en commun : un plaisir certain pour les grosses cylindrées customisées et un univers post-apocalyptique en commentaire de notre monde. L’originalité du film de Corman est d’imaginer que dans ce monde dystopique et utopique à la fois – on reconnaît bien là, les idées anarchistes du papy – où le cancer a été éradiqué et les humains n’ont plus besoin de travailler parce que remplacés par des machines, on soit désormais obligé d’accélérer le taux de mortalité en organisant annuellement une grande course à la mort reliant New York à Los Angeles dans laquelle 5 pilotes et leurs bolides tunés s’affrontent. Le but du jeu n’étant pas seulement d’arriver le premier mais surtout d’engranger des points en écrasant le plus de piétons sur le trajet, tout en obtenant des gros bonus si l’on écrabouille un enfant ou un vieillard.

Volontairement trash et non-politiquement correct, La Course à la mort de l’an 2050 actualise le propos de l’original en se présentant comme un miroir déformant de la société contemporaine ou tout du moins de comment elle pourrait bien devenir. A l’aune de l’intronisation de Donald Trump à la tête des États-Unis à grand coup de « je le jure » la main posée sur une Bible, le film comme beaucoup d’autres avant lui – on pense à Idiocracy (Mike Judge, 2006) et aux purges American Nightmare (James DeMonaco, 2013-2016) dont le principe est similaire – conjugue le grand-guignol de ses effets, l’outrance et l’impolitiquement correct à un message politique sous-jacent. Aussi caricatural que l’original, Malcolm MacDowell – oui, vous m’avez bien lu – incarne un truculent président des États-Unis – qui sont rebaptisés pour l’occasion « Entreprises Unies d’Amérique » – magnat des finances porteur de mèche ridicule qui a par ailleurs fait remplacer les étoiles du drapeau américain par des dollars… Tout est dit. Roger Corman revient ainsi aux racines du cinéma bis : redorant son blason de cinéma populaire, fauché mais néanmoins subversif. Une truculence à dézinguer l’Amérique et ses travers qui fait tellement plaisir qu’on en arriverait presque à oublier les effets spéciaux criards ni faits-ni à faire, incrustations sur fond vert ultra-approximatives et bolides en polystyrène auquel on ne peut décemment plus accepter de croire.

Dans ce joyeux bordel, les cinq personnages de pilotes tirent leur épingle du jeu par une caractérisation réussie – si les voitures sentent un peu le carton pâte tous les costumes sont incroyables ! – entre une terroriste fringuée comme Margot Robbie dans Suicide Squad (David Ayer, 2016) qui vénère les dieux de la pop et ne jure que par Marylin Monroe, Elvis Presley et Saint Dwayne Johnson ; une rappeuse bling-bling qui se la pète grave sauf quand elle traverse le Texas – l’occasion au passage de tirer à boulet rouge sur le racisme d’une partie de l’Amérique profonde – ; une voiture en pilote automatique dotée d’une intelligence artificielle en dépression parce qu’elle prend conscience de sa condition ; un sosie bodybuildé d’Emmanuel Macron qui se fait appeler Perfectus et dont la virilité douteuse est l’occasion de blagues tendancieuses et un peu lourdes ; enfin, la re-sta du bitume, Frankenstein, un beau brun ténébreux qui cultive son mystère sous une combi-cuir cloutée et un masque tellement pourri qu’il finit très vite par l’enlever. Si le casting de l’original peut se vanter d’avoir en gros sur son affiche les noms de David Carradine et Sylvester Stalonne – leur célébrité n’était encore qu’au stade embryonnaire – ce remake, outre la participation du grand Malcolm McDowell, aligne un casting complet de seconds couteaux voir d’inconnus, si ce n’est peut être le rôle principal de Frankenstein incarné par Manu Bennett dont le visage n’est toutefois pas censé vous rappeler grand-chose puisqu’il a incarné le grand méchant Azog de la trilogie du Hobbit (Peter Jackson, 2012-2014) en… Motion capture.

Sorti directement en Blu-Ray chez nous comme aux Etats-Unis, on s’étonnera qu’un film aussi bis-friendly, politiquement incorrect et trash ait pu être produit et distribué en vidéo par une major comme Universal. Les riches bonii présents dans l’édition – un making of et quelques featurettes – permettent de tirer l’affaire au clair : Roger Corman avait vendu les droits de l’original à Universal depuis des années, mais ces derniers, visiblement bien embêtés, ne savaient pas trop quoi en foutre…. Quand le mythique producteur est venu leur soumettre l’idée qu’il serait peut-être temps d’en faire un remake, il ne s’attendait pas à ce que le studio lui propose de le co-produire lui-même ! Ainsi, par une sorte de mariage impromptu, le pape du cinéma indépendant qui tâche et qui fâche s’acoquine pour la première fois (si je ne m’abuse) avec une major tout en conservant l’identité forte d’une production Corman : peu de budget certes mais beaucoup de gore, de filles et de fuck le monde. A ce titre, le final, pamphlet anarchiste vantant la nécessité du chaos pour refonder le monde sur des bonnes bases, sonne comme un ultime pied de nez, ou un dernier clin d’œil – choisissez et rayez la mention inutile – d’un vieux briscard qui a fait d’Hollywood son terrain de jeu et d’expression libre.


A propos Joris Laquittant

Monteur en formation à la Fémis, quand il ne dessine pas sur Dé'Ciné (decine.fr), Joris aime écrire sur le cinéma d'un mauvais genre. Éleveur de Mogwai depuis qu'il a huit ans, il est aussi membre fondateur de "L'Association pour la réhabilitation de l'importance de Walt Disney dans l'histoire du cinéma". Sa voyante dit que son signe astral est David Cronenberg ascendant Joe Dante, et il suit un traitement d'acupuncture trois fois par semaine pour soigner son addictions mono-maniaque aux flare bleus.

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