The Hitcher


C’est lors d’un voyage entre New York et Austin, au Texas, que le scénariste Eric Red, alors seulement âgé de 20 ans, eu la géniale idée d‘un script mettant en scène un auto-stoppeur psychopathe à la poursuite d’un jeune homme rêveur et naïf : The Hitcher était né. 31 ans après sa première sortie en salles, le Festival des Maudits Films de Grenoble nous propose une projection en pellicule 35mm empruntée aux archives de la Cinémathèque de Grenoble, partenaire de la première heure du festival de films bis.

Tom & Jerry

Hitcher, c’est l’histoire du jeune Jim Halsey, qui, désireux de partir vivre la grande vie en Californie, accepte de convoyer une voiture à travers les États-Unis. Sur sa route, un soir de pluie, il croise un auto-stoppeur dénommé John Ryder qu’il accepte de prendre avec lui. Immédiatement, le spectateur se rend compte que quelque chose cloche, tout comme Jim Halsey. Ce John Ryder est un personnage étrange, peu bavard, au regard perçant, inquiétant même. Ce personnage s’avèrera être bien plus que cela, machiavélique, pervers et même complètement psychopathe, John Ryder n’aura plus qu’une obsession : jouer avec sa pauvre victime et la pousser à accomplir ses desseins. C’est un véritable jeu du chat et de la souris qui commence alors, un classique du chasseur et du chassé et un road movie par excellence. Robert Harmon, réalisateur débutant, est choisi pour mettre en scène le script du jeune Eric Red. Ses débuts derrière la caméra seront plus que convaincants puisqu’encore aujourd’hui, The Hitcher est considéré par beaucoup comme un classique du genre, voir même, une révolution. Robert Harmon excelle pour ses débuts et propose une mise en scène et une photographie que certains iront jusqu’à comparer avec les travaux du grandiose John Carpenter. Force est de constater que certaines prises de vues, certains cadrages et décors rappellent vraiment les réalisations de Big John. C’est un véritable coup de maître pour ce débutant qu’est Robert Harmon qui ne réussira jamais vraiment par la suite à réitérer l’exploit et qui parvient à magnifier un scénario plein de péripéties et de mystères. Surtout, l’association entre Eric Red et Robert Harmon apporte à ce qui devait au départ n’être qu’un simple thriller autoroutier, une dimension, voir plusieurs dimensions, supplémentaires. En effet, The Hitcher, bien plus qu’un simple road movie horrifique, est aussi un fin mélange de western et de film fantastique.

Le côté western est assez clairement identifiable de par les décors et les lieux choisis pour la mise en scène de cette course poursuite acharnée : une route interminable au milieu du désert, le soleil écrasant qui surplombe ce paysage magnifique mais désolé et surtout, cette scène finale, qui reprend les codes principaux des duels au revolver des plus grands westerns. Soulignons d’ailleurs que le visionnage en 35mm est certainement la meilleure manière de voir ce film, car la photographie d’un western n’est jamais aussi magnifique que sous ce format. En ce qui concerne la vision fantastique du film, c’est beaucoup plus subtil. Cette dimension est en fait existante à travers le personnage de John Ryder uniquement. En effet, l’auto-stoppeur, à la poursuite de sa pauvre victime semble avoir plusieurs dons qui le rendent un tant soit peu surnaturel. Tout d’abord, il semble doué d’une omniscience sans limites. Ensuite, il est capable d’apparaître et de disparaître quand bon lui semble, au gré de ses envies et besoins. En effet, il semble être toujours là au bon moment, comme si finalement, il n’était jamais complètement parti. En fait, plus qu’un psychopathe pervers, John Ryder est quasiment le monstre de cinéma tel que l’on pourrait en retrouver dans les films fantastiques. Un aspect du personnage qui renforce un peu plus le caractère cauchemardesque de la situation vécue par notre pauvre Jim Halsey.

Car cauchemardesque, The Hitcher l’est complètement. John Ryder est un véritable serial killer qui entasse les cadavres sur son passage. Un tueur en série qui semble dénué de tout motif. En en effet, le script de Red ne donne aucune motivation aux actes de Ryder, aucune explication logique à ses agissements. Un personnage qui débarque comme un cheveux sur la soupe dans la vie de Jim Halsey pour ne plus jamais en sortir. D’ailleurs, les différents actes ou événements survenant tout au long de cette course poursuite par les protagonistes ou au cours de l’aventure ne sont jamais expliqués. Le pourquoi n’a aucune importance dans le scénario de Red et la mise en scène de Harmon, seul le comment est important. Certains n’y verront qu’un thriller autoroutier réussit entre un chasseur et sa proie mais d’autres y verront un film psychologique sur un jeune homme luttant contre ses propres démons. Certains pourraient même aller encore plus loin et y voir une critique de l’Amérique et de la manière dont elle s’est construite. De ce point de vu, Jim Halsey représente cette Amérique naïve qui ne semble pas voir les maux qu’elle cause au monde alors que John Ryder serait la résurgence de la violence et du sang sur lesquels s’est fondée la nation de l’Oncle Sam – le sang des Amérindiens notamment. Ainsi, la psyché du jeune Halsey, en proie à une culpabilité inconsciente collective – que tous les Américains auraient, cachée au plus profond de leur ça – aurait crée de toute pièce ce personnage de Ryder, comme un espèce de purgatoire à toutes les fautes commises par ses ancêtres. John Ryder ne serait plus alors un psychopathe mais un boogeyman, croque-mitaine des erreurs passées de toute une nation. Une vision du film qui pourrait expliquer ce lien inexplicable mais très fort qui existe entre les deux protagonistes du film.

Des protagonistes interprétés avec brio par les têtes d’affiche, sans lesquels The Hitcher ne serait sûrement pas aussi mémorable qu’il ne l’est. Pour interpréter le jeune Jim Halsey, on retrouve C. Thomas Howell, l’acteur qui avait fait ses débuts au cinéma dans le rôle de Tyler dans le E.T, L’Extraterrestre de Steven Spielberg en 1982 puis dans le rôle-titre de Ponyboy Curtis dans The Outsiders (Francis Ford Coppola, 1983) et pour lequel il avait remporté un Young Artist Award. Pourtant, ce rôle dans The Hitcher – qu’il reprendra bien plus tard, en 2003, pour The Hitcher 2 (Louis Morneau) – sera l’une des ses dernières grandes performances. Dans le rôle du psychopathe pervers John Ryder, nous retrouvons l’excellent Rutger Hauer qu’on ne présente plus. Ce dernier avait déjà prouvé tout son talent dans Blade Runner (Ridley Scott, 1982) où il jouait l’anti-héros Roy Batty, certainement l’un de ses plus grands rôles à ce jour. Tout le monde parle encore de cette scène, complètement improvisée, où il monologue sous la pluie… Dans The Hitcher, l’acteur prouve à nouveau qu’il est au sommet de son art. Avec son regard froid et perçant, ses mimiques si particulières et cette force d’interprétation toute en subtilité, il donnera une profondeur unique au personnage de John Ryder. Malheureusement, ce sera l’un de ses derniers grands rôles, si ce n’est LE dernier puisqu’il s’il réapparaitra quand même dans de nombreux films par la suite, ce sera plutôt dans un cinéma bis très bas de gamme. Enfin, un mot tout de même sur Jennifer Jason Leigh, l’héroïne de eXistenZ (David Cronenberg, 1999) qui interprète ici la jeune Nash, qui, un peu à la manière de Ryder, arrive de nulle part dans la vie de notre jeune protagoniste. L’actrice n’a pas grand-chose à jouer et bénéficie malheureusement de peut-être le seul rôle mal écrit de ce film – on est donc encore très loin des grands rôles qu’elle connaîtra par la suite, Mrs. Parker and the Vicious Circler (Alan Rudolph, 1984), Anomalisa (Charlie Kaufman, 2015), Les Huit Salopards (Quentin Tanrantino, 2015). En effet, même si le spectateur est poussé à ne pas se poser trop de questions sur les événements du film et à les accepter tels qu’ils surviennent, on ne peut s’empêcher de tiquer devant la vitesse avec laquelle elle se persuade de l’innocence d’un homme qu’elle vient à peine de rencontrer. Notons tout de même qu’elle tient le rôle clé dans l’une des scènes les plus choquantes et difficile à regarder du film.

Parent d’une suite et d’un remake que l’on préférerait oublier, The Hitcher est un objet cinématographique rare, surtout dans le genre du road movie. Devenu culte au fil des années et fort d’une fan base engagée dès sa sortie, le film de Robert Harmon, à défaut d’avoir propulsé la carrière du réalisateur débutant, garde pour mérite d’avoir révolutionné les codes d’un genre. Surtout, il réussit le tour de force d’engager une réflexion chez le spectateur alors même que le scénario demande implicitement à ce dernier de ne pas se poser de questions et d’accepter les choses telles qu’elles surviennent. Il n’est par exemple jamais expliqué pourquoi le tueur en série en a après Jim Halsey ou encore comment il se déplace si facilement d’un lieu à l’autre ou pourquoi il place des pièces de monnaie sur les yeux de sa pauvre victime lors de l’une des scènes fondatrices du mythe de The Hitcher. Pourtant, on ne peut s’empêcher de se questionner sur le lien psychique qui existe entre les deux protagonistes ou encore sur la véritable existence ou non de John Ryder et sur ce qu’il représente réellement. Enfin, on peut se demander si son but premier n’était pas tout simplement de mettre en scène son propre suicide en poussant sa proie à céder à ses pulsions les plus primaires. Bref, autant de questions et réflexions qui resteront sans réponses mais qui font de The Hitcher un film culte du cinéma de genre.


A propos Flavien Albarras

Un amour infini pour le cinéma de Kubrick, une passion perverse pour les super-héros en slip moulant, un intérêt certains pour le cinéma indépendant et une curiosité malsaine pour le cinéma d'horreur, on peut dire que les goûts de Flavien sont le reflet du pandémonium qui règne dans sa tête.

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