Passengers 1


Se voulant LA claque S-F de cette fin d’année, Passengers était surtout la toute dernière épopée spatiale de 2016 et avait pour mission de succéder à des chef-d’œuvre comme Gravity (Alfonso Cuaron, 2013) ou encore Interstellar (Christopher Nolan, 2014). Le film réalisé par Morten Tyldum parvient -il au bout de ses ambitions et de nos attentes ? Notre réponse qui fait pas genre !

Tout le monde descend !

Réalisateur norvégien, Morten Tyldum s’est fait connaître dès son premier long-métrage, en 2003, avec Buddy. Le film reçut à l’époque les éloges des critiques et du public et de nombreux prix de cinéma et offrit au réalisateur l’occasion de réaliser deux autres films : Fallen Angels (2008) et surtout Headhunters (2011) qui devint le plus gros succès financier du cinéma norvégien cette année-là. Un succès économique et critique donc, qui força Hollywood à faire des appels du pied à Tyldum qui accepta finalement de réaliser The Imitation Game, sorti dans les salles du monde entier en 2014. Premier blockbuster américain réalisé par le norvégien, The Imitation Game s’avéra un réel succès au box-office et obtint des critiques majoritairement positives de la part de la presse comme des spectateurs. Morten Tyldum réussissait donc son entrée à Hollywood et ce n’était qu’une question de temps avant qu’il ne réalise sa seconde super production : Passengers. Deux ans après l’invention du premier ordinateur par Alan Turing – interprété à l’écran par l’excellent Benedict Cumberbacht – Tyldum s’essaie donc à la science-fiction avec cette épopée spatiale nous contant le voyage de 5000 passagers au sein du vaisseau spatial Avalon vers la planète Homestead II. Afin d’arriver au bout de ce voyage prévu sur 120 ans, les passagers et membres du personnel sont mis en hibernation et supposés se réveiller seulement 4 mois avant. Sauf que le passager, ingénieur en mécanique, Jim Preston (Chris Pratt) se réveille 90 ans avant l’arrivée prévue sur Homestead II – suite à une multitude de  dysfonctionnements provoquées par la collision avec un méga astéroïde. C’est le début d’une longue épreuve personnelle au cours de laquelle Jim Preston, plongé dans un isolement total en plein milieu de l’immensité de l’univers, sera confronté à ses propres limites et ses propres questionnements existentiels. Un huis clos spatial qui s’annonçait donc alléchant et prometteur, mis en scène par un réalisateur qui avait déjà fait ses preuves et mené par un duo d’acteurs très populaires.

Les différentes bandes annonces dévoilées au cours des derniers mois laissaient elles aussi présager du meilleur et surtout, laissaient envisager un scénario complet, mêlant efficacement romance et aventure spatiale. En effet, le personnage interprété par Chris Pratt – Jurassic World (Colin Trevorrow, 2015), Les Gardiens de la Galaxie (James Gunn, 2014) – ne va pas tarder à être rejoint dans son isolement par la belle Aurora Lane, incarnée par Jennifer Lawrence. C’est au moment du réveil de la demoiselle que le film bascule d’un huis clos plutôt intéressant – bien qu’il rappelle très souvent Seul sur Mars (Ridley Scott, 2015) – traitant de la réaction d’un homme face à cet isolement, à une pseudo épopée spatiale tenant bien plus de la comédie romantique que de l’aventure de science-fiction. On ne peut tout simplement pas s’empêcher de ressentir cette difficulté que les scénaristes et Morten Tyldum ont eu à osciller entre les deux aspects du récit, romance et aventure. Du coup, on se dit que cette histoire aurait tout aussi bien pu se passer sur Terre, le vaisseau Avalon et la science-fiction apparaissant comme un prétexte pour faire de ce film autre chose que ce qu’il est réellement c’est à dire vraiment une comédie romantique. Preuve en est, lorsqu’il s’agit d’aborder la science-fiction, le scénario s’enlise dans un fourre-tout dont la plupart des scènes phares et symboles ne sont rien de plus qu’un copié/collé plus ou moins bancal des œuvres majeures du cinéma de science fiction. On retrouve ainsi l’arbre planté au milieu du vaisseau spatial rappelant le Silent Running de Douglas Trumbull (1975), l’hibernation de Alien, Le Huitième Passager (Ridley Scott, 1979) ou encore les sorties dans l’espace reprises, beaucoup moins habilement, de Gravity (2013). On retrouve également, au hasard, le pod médical rappelant Prometheus (Ridley Scott, 2012) ou Elysium (Neil Blomkamp, 2013), film que l’on retrouve aussi d’ailleurs dans cette idée de conquête spatiale, à la recherche de planètes aux possibilités et opportunités nouvelles et infinies pour leurs colons…Enfin, même si l’on quitte la science-fiction, on ne peut pas s’empêcher de comparer les scènes du bar de The Shining (Stanley Kubrick, 1980) entre Jack Torrance et Lloyd avec celles, ici, entre Jim et l’androïde-barman Arthur. Hommage à tous ces films cultes ou simple manque de créativité de la part des scénaristes et metteurs en scène ? Difficile à dire. Quoi qu’il en soit, ce fourre-tout plonge le scénario et le spectateur avec lui, face à un film auquel il ne peut jamais réellement croire tellement les actions des héros et les épreuves auxquelles ils se retrouvent confrontés sont complètement tirées par les cheveux. Une remarque impardonnable pour quiconque considère que les meilleurs films de science-fiction sont les réalisations qui parviennent à nous faire croire aux choses les plus extraordinaires.

Si le scénario s’égare, Morten Tyldum fait de son mieux côté mise en scène mais ne parvient jamais à en réparer les faiblesses. On retrouve tout au long de ce Passengers les différents éléments qui ont fait le succès de Tyldum, à commencer par son académisme bienvenu et maîtrisé, notamment dans la réalisation de fameuses scènes d’action. Si certaines d’entre elles sont littéralement à couper le souffle aucune ne parvient jamais à équilibrer le rythme général du film, véritable écueil du réalisateur norvégien. Un naufrage qui aurait pu être amoindri par la présence de ce casting prometteur puisque ce duo inédit avait de quoi séduire. S’il est vrai que l’alchimie du couple à l’écran fonctionne plutôt bien et qu’il est assez aisé de croire à leur histoire d’amour, il faut malgré tout noter une différence de talent dramatique entre les deux comédiens qui empêche le duo de pleinement convaincre. En effet, si Chris Pratt est excellent dans des rôles plus légers et humoristiques, il ne possède en revanche pas le charisme et surtout la palette dramatique de Jennifer Lawrence, ayant déjà fait ses preuves, de Hapiness Therapy (David O. Russell, 2013) à Joy (David O. Russell, 2015). Peu aidés par des personnages dont la psychologie est parfois trop peu approfondie, les deux acteurs ne parviennent jamais vraiment à transcender le scénario et ses situations. Le comble est finalement atteint quand on est forcés d’admettre que le meilleur personnage du film est en fait celui de l’androïde-barman, Arthur, interprété par un Michael Sheen parfait, au top de sa forme.

Fort d’un scénario en apparence intéressant et intriguant, d’une imagerie dans l’ère du temps, d’un réalisateur talentueux et d’un casting des plus bankables, ce Passengers avait toutes les qualités pour constituer la belle surprise S-F de cette fin d’année. Malheureusement, à vouloir trop en faire, Morten Tyldum s’est complètement perdu dans son propre récit et provoque dans son sillage la confusion et l’incompréhension du spectateur. Incapable de développer son intrigue et ses personnages, le scénario de Passengers manque cruellement de profondeur, et donc, d’intérêt. Peut-être aurait-il fallut choisir entre comédie romantique et épopée spatiale, ce qui nous aurait évité d’avoir à subir cet hybride inqualifiable. La critique est d’autant plus sévère que Passengers subit l’affront d’un calendrier difficile, avec une sortie en salles seulement quelques jours après le grandiose Premier Contact (Denis Villeneuve, 2016)…


A propos de Flavien Albarras

Un amour infini pour le cinéma de Kubrick, une passion perverse pour les super-héros en slip moulant, un intérêt certains pour le cinéma indépendant et une curiosité malsaine pour le cinéma d'horreur, on peut dire que les goûts de Flavien sont le reflet du pandémonium qui règne dans sa tête.


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