Hara-Kiri


Film japonais de Masaki Koboyashi sorti en 1967, Hara-Kiri  était présenté cette année dans la rétrospective du Festival International du film d’Amiens intitulée « Le Japon après les nuages », qui, vous vous en doutez bien, s’appesantissait sur le cinéma japonais d’après-guerre. Dans la plus pure tradition du chanbara, Hara-Kiri se déroule quelques années plus tôt dans une ère de paix après la bataille de Sekighara qui commence l’ère Edo. Je préviens maintenant pour les lecteurs que la suite risque de spoiler grandement cette œuvre, un mal nécessaire.

Quand il vaut mieux respecter les dernières volontés d’un samouraï

Pour commencer, permettez-moi de vous parler quelques peu des traditions japonaises.  Le seppuku – ou hara-kiri – est une tradition ancestrale que le samouraï applique pour son suicide. Il consiste à ouvrir suffisamment son ventre en croix – pour l’expiation des péchés – ou en horizontal jusqu’à perdre tout son sang et mourir….Hara-Kiri, le film, est une véritable porte ouverte pour comprendre la mutation opérant à cette époque dans le Japon médiéval. Même si chronologiquement on ne situe pas exactement l’époque à laquelle le film se déroule, les enjeux sont suffisamment bien expliqués pour qu’on comprenne qu’à cette période les samouraïs ne sont plus aussi importants qu’ils ne le furent et ce, des suites d’une longue période de paix. Le film parvient même assez simplement à expliquer au spectateur toute l’importance des clans et des castes à cette période, en définissant entre autres le statut de rônins, samouraïs n’ayant plus de maître et donc de cause à défendre. Hara-Kiri nous dépeint à travers les yeux d’un rônin, la longue descente aux enfers de l’un des membres d’un clan qui vient tout juste d’être dissous par l’empereur. Ces jeunes samouraïs, abandonnés à leur sort et devenus rônins, n’ayant de surcroit pas connu la guerre, sont obligés de se reconvertir en simples artisans et sombrent peu à peu dans la pauvreté. Nombre d’entre eux décident donc, dans un dernier espoir, de se rendre au seuil du clan samouraï pour y demander l’acceuil pour accomplir leur seppuku, et ainsi, laver leur déshonneur d’être tombé dans la misère.

En dehors de sa manière subtile de dépeindre le Japon de l’époque, le film étonne et séduit de par sa structure narrative. Si au début, l’histoire du jeune Chijiwa Motome narrée par le chef de clan, venu faire hara-kiri quelques temps plus tôt en sa demeure, n’est qu’un simple prétexte pour retarder ou dissuader un autre rônin Hanshiro de faire son propre seppuku – très bien campé par Tatsuya Nakadai, dont le jeu varie d’un personnage joyeux et naïf à celui plus sombre d’une personne au bord du gouffre n’ayant plus rien à perdre – elle se dévoile finalement comme étant centrale à mesure que l’on comprend que Hanshiro est en réalité venu venger Chijiwa. Ne pas tout montrer dès les premières scènes permet de bien exposer l’histoire et les traditions du Japon de l’époque mais aussi d’emprunter tour à tour le point de vue du chef de clan et de Hanshiro. L’habilité du scénario est qu’il parvient à retourner le spectateur en le confrontant à sa propre cruauté : son histoire terminée, le chef du Clan Li laisse le rônin Hanshiro raconter la sienne. Celui-ci dévoile qu’il est en fait le beau père du jeune Chijiwa que le clan a humilié « pour l’exemple » et qu’il est venu pour le venger et punir la cruauté du seigneur des Li. Pour nous convaincre du bien-fondé de cette entreprise vengeresse, des flash-back nous dévoilent les raisons qui ont mené Chijiwa à tenter ce geste fou : une pauvreté extrême ainsi que la maladie de sa jeune fille, l’ont contraint à tenter le tout pour le tout pour assurer la sauvegarde de son foyer. Ainsi, son action prend d’autant plus de sens que le montage n’a pas tout révélé dès le début….

Sous la forme d’une success-story inversée, Hara-Kiri montre avec un certain fatalisme la déchéance d’une famille abandonnée à la pauvreté dans un Japon médiéval en mutation. Mais c’est aussi l’histoire d’un clan, celui des Li. Un clan intransigeant. Un clan ayant pour chef un homme qui ne veut que prouver sa puissance et son influence envers l’Empereur. Les personnages qui au début semblaient être sans honneur et lâches, se révèlent en fait en avoir beaucoup plus que le clan lui-même, censé respecter à la lettre les traditions de l’honneur du samouraï. Les codes samouraïs volent littéralement en éclat quand on comprend que les membres de ce clan très important ne font que les bafouer pour parvenir à leurs fins. Après un long combat l’opposant à l’ensemble du clan qu’il décime littéralement, Hanshiro finit blessé de part en part en fracassant l’armure du fondateur du clan qui trône dans une salle telle une relique. En brisant cette armure, il finit de mettre à genoux l’honneur du clan Li. Le film s’achève dans un dernier élan ironique, puisqu’encore une fois, le chef ne respecte aucune tradition, mentant pour faire croire que son clan était toujours debout et prospère : il explique à l’Empereur que les innombrables décès des membres de son clan sont en réalité dues à une maladie terrible. Hanshiro quant à lui, ne parviendra tragiquement pas à ses fin, mourant sur place dans l’anonymat le plus total : le Clan Li balayant ainsi le dernier geste d’un homme qui ne voulait que justice, celui de reconnaître que son beau-fils a été jugé trop hâtivement.


A propos Andréas Haÿne

Andréas a été pistonné par sa sœur pour pouvoir faire son stage de troisième sur Fais pas Genre ! Finalement, pour cause de quotas-roux, nous avons décidé de le maintenir dans l'équipe. Aussi, accessoirement, parce qu'il peut aller voir certains films à notre place. Il n'a pas encore de spécialité parce qu'il cherche sa voie, bien qu'il envisage une carrière de pirate somalien.

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