Cheeseburger Film Sandwich


Souvent considéré à tord comme la suite de Hamburger Film Sandwich (John Landis, 1977) dont le titre original était The Kentucky Fried Movie, l’éditeur Elephant Film ressort dans une très belle édition vidéo : Cheeseburger Film Sandwich dont le titre original est…Amazon Women on the Moon.

Amazon Women on the 80’s

Nous vous avions déjà parlé de Hamburger Film Sandwich (The Kentucky Fried Movie, 1977) lors de notre dossier consacré à John Landis, le cinéaste pirate, à l’occasion de l’hommage en sa présence lui étant rendu au Festival International du Film d’Amiens. Mais nous avions toutefois omis de vous parler de ce film, sorti douze ans plus tard en France sous le nom de Cheeseburger Film Sandwich. Le titre original du film est Amazon Women on the Moon mais par cette habile stratégie de traduction d’un titre anglais par un autre titre anglais – une spécialité française – il a longtemps été considéré comme la suite du film de John Landis. Il faut dire que les deux films ont beaucoup de points en commun. Films à sketches burlesques, plus ou moins longs, Amazon Women on the Moon reprend la forme du film réalisé par John Landis en 1977 avec ses potes des ZAZ, sauf qu’ici, le réalisateur s’entoure d’autres trublions, dont l’incorrigible Joe Dante. Ce dernier retrouve une forme qui ressemble parfois aux mashup ou films de montages – choisissez le vocabulaire qui vous convient le mieux selon votre âge – qui lancèrent sa carrière avec son compère Jon Davison – le fameux The Movie Orgy (1968) que nous avions eu la chance de voir au Festival International du Film d’Amiens, là encore. C’est un véritable film de bande, puisqu’en plus de Dante, on retrouve le producteur/réalisateur Robert K. Weiss, venu de la troupe des ZAZ, mais aussi Carl Gottlieb, connu pour être avant toute chose le scénariste des Dents de la Mer (Steven Spielberg, 1975) mais aussi le réalisateur du fameux L’Homme des Cavernes (1981) comédie mettant en scène Ringo Starr en…Homme des cavernes, dont il faudra quand même un jour qu’on vous parle ! Et enfin, Peter Horton, comédien bas-de-gamme des années 80 qui s’offre la réalisation d’un sketch en plus de donner la réplique à Michel Pfeiffer dans le segment Hospital réalisé par John Landis dans lequel Horton et l’actrice la plus caliente des années 80 sont deux jeunes parents à la maternité en prise avec un médecin qui fait preuve de beaucoup d’inventivité pour ne pas leur avouer que l’hôpital a égaré leur nouveau né…

Puisque l’on parle de comédiens, le casting de Amazon Women on the Moon – pour en conclure avec ce titre anglais, il convient d’expliquer qu’il s’agit de l’un des sketchs du film, une parodie des films de science-fiction des années 50, qui sert par ailleurs de fil rouge puisque le running-gag est que le film est constamment interrompu par de la réclame, soit vous l’aurez compris, par les autres sketchs – avant cette parenthèse beaucoup trop longue, je m’apprêtais à vous parler du casting cinq étoiles réunis ici puisque l’on retrouve B.B King en personne, le truculent David Alan Grier que vous connaissez surement pour être le policier hilarant de Jumanji (Joe Johnston, 1995). Mais encore, continuons l’égrenage, Rosanna Arquette, le tout jeune Bryan Cranston dans une brève apparition, Robert Picardo l’un des acteurs fétiches de Joe Dante, Henry Silva étoile hollywoodienne des années 50 à 70, une tripotée de très grosses stars du stand-up américain dont on ne connaît pas les noms en France, Russ Meyer en personne qui incarne dans un sketch très drôle de John Landis un patron de vidéo-club qui vend des cassettes très spéciales… et enfin la regrettée Carrie Fisher qui s’amuse ici, dans un sketch de Joe Dante, à parodier un film de sexploitation !

En dehors du casting où se côtoie stars et seconds rôles appréciés – c’est toujours un plaisir, je trouve, de s’exclamer « Ah mais c’est le mec qui joue le flic dans Jumanji ! J’adore cet acteur ! » sans savoir toutefois comment il s’appelle ! – il convient nécessairement dans un film à sketchs de juger les segments indépendamment des autres. A ce niveau, Amazon Women on the Moon est bien moins hilarant que son illustre prédécesseur réalisé par John Landis. Si dans les sketchs de John Landis – il n’en signe que quatre sur les dix huit que comprend le film – on retrouve son goût pour le potache, le coquin et le burlesque, on est forcé d’admettre que les sketchs sont un peu faibles pour faire oublier les fous-rires provoqués par Lycéennes catholiques en chaleur ou Pour une poignée de Yens dans Hamburger Film Sandwich. Plus encore, ce qui surprend grandement dans Amazon Women on the Moon c’est que les sketchs réalisés par les deux réalisateurs stars – Landis et Dante – sont vraiment loin d’être les meilleurs. Peu inspiré, Dante livre uniquement un sketch mémorable, parodie d’une émission de télévision sur le paranormal intitulée Bullshit or not ? dont la première enquête consiste à prétendre que Jack L’Eventreur n’était en fait que le Monstre du Loch Ness en personne, reconstitution très convaincante – et hilarante – à l’appui !

Le plus frustrant surement, c’est que les meilleurs sketchs – des parodies de films d’exploitations pour la plupart – semblaient aller comme un gant aux deux trublions, adeptes chacun à leur manière du détournement des codes d’un cinéma de genre daté. Ainsi, la fausse suite de L’Homme Invisible (James Whale, 1933) réalisée par Carl Gottlieb et intitulée Le Fils de L’Homme Invisible est vraiment très amusante, avec un héritier pas très malin qui croyant avoir les pouvoirs de son père – alors que non – se retrouve à se balader à poil au milieu de la ville. On prend aussi un malin plaisir devant les différents sketchs en fil rouge que constitue le faux film de science-fiction Amazon Women on the Moon réalisé par Robert K.Weiss dans lequel on retrouve au casting des vieilles gloires du cinéma d’exploitation des années 50 dont l’actrice Autrichienne Sybil Danning qui reprend ici une énième fois son rôle de Reine des Amazones, la poitrine boursouflée dans une armure bien trop petite. S’amusant du kitch des productions de science-fiction bas-de-gamme en couleur, Amazon Women on the Moon rappelle un peu l’esprit coloré, pop et ringard de La Planète des Vampires de Mario Bava (1965). Enfin, sans nul doute le meilleur sketch de cette anthologie, Video Pirates réalisé par Robert K.Weiss là aussi, parodie le film de pirates en montrant un capitaine corsaire et son équipage battant pavillon sur un galion portant le drapeau de la MCA Home Video – l’éditeur vidéo le plus en vogue à l’époque du film – pour en voler la cargaison de VHS et Laserdisc de films « pas encore sortis » pour les « pirater » et les vendre au marché noir ! Avant de se moquer outrageusement du FBI à leur trousse.

Rare voir introuvable en vidéo, le film a longtemps vécu auprès des fans français grâce, justement, au piratage. Désormais, sous la houlette de l’éditeur Elephant Films connu pour faire renaître en France de nombreuses pépites du catalogue Universal, Cheeseburger Film Sandwich/Amazon Women on the Moon – maintenant à vous de choisir quel titre vous préférez – sort enfin dans une édition DVD /Blu-Ray plus qu’honorable ! Pas ou peu de bonus ici, mais un master irréprochable récemment restauré, disponible bien sur en version originale sous-titrée mais serti de, non pas un, mais deux doublages français, celui d’origine, et un tout nouveau tout propre dont je vous avoue ne pas avoir particulièrement analysé les différences. Amateurs de Joe Dante et de John Landis, deux cinéastes qui ne font pas genre et que nous chérissons plus que tout, nous sommes heureux de pouvoir enfin mettre la main sur ce petit graal, bien qu’au final, nous sommes bien forcé d’admettre qu’on a pas forcément affaire ici à leur meilleur fait d’arme.


A propos Joris Laquittant

Sorti diplômé de la Fémis en Montage en 2017, Joris obtient son diplôme d'éleveur de Mogwaï dès l'âge de huit ans. Quand il ne dessine pas sur Dé'Ciné (decine.fr), il aime écrire sur le cinéma qui fait pas genre. Il est aussi membre fondateur de "L'Association pour la réhabilitation de l'importance de Walt Disney dans l'histoire du cinéma". Sa voyante dit que son signe astral est David Cronenberg ascendant Joe Dante, et il suit un traitement d'acupuncture trois fois par semaine pour soigner son addictions mono-maniaque aux flare bleus.

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