The Greasy Strangler 1


Petit OFNI du Paris International Fantastic Film Festival, The Greasy Strangler, produit par Elijah Wood, est une espèce de slasher gras (dans tous les sens du terme) et décalé qui a séduit votre serviteur, pourtant délicat…

 

Tel père tel fils

La Troma, célèbre firme de la série B (pour ne pas dire moins) menée par Lloyd Kaufman a finalement encore de beaux jours devant elle. Non pas en tant que telle (quoi que, on rappelle que le réalisateur des Gardiens de la Galaxie, James Gunn, vient de l’écurie…Eh ouais !) mais via des émules, qui ne sont pas légion à grande échelle mais qui font toujours plaisir à retrouver, avec leur énergie, leur outrance, leurs visuels déglingués et arguments tirés par les cheveux. Jim Hosking, qui présente son premier long-métrage en compétition au PIFF, ne saurait nier l’évident lien de parenté qui lie son Greasy Strangler à l’univers de Kaufman, quand ce n’est pas, tel que le dit très justement Fausto Fasulo (je le cite encore, mais faut dire qu’il présente tous les films projetés), à la bande dessinée américaine indépendante (Crumb par exemple, dont il partage l’irrévérence et le graphisme prononcé).

Le spectateur est, dès la première image, propulsé dans la demeure d’un père et d’un fils (adulte, au moins trentenaire), vivant seuls depuis que la mère du petit s’est tirée avec un prof de muscu, nous dit-on. Habillés comme Philippe Katerine, ils vivent en proposant une sorte de visite touristique disco dont le père s’est fait une passion, visite qu’on imagine absolument inventée à de basses fins mercantiles (devant une sinistre boutique, fermée, le père lance que Kool, des Kool and the Gand, y a travaillé). Heureusement que de toutes façons, les groupes de touristes que nous voyons au biais de quelques séquences n’excèdent jamais deux ou trois visiteurs. Lors d’une de ces visites, le fils fait la rencontre de Tina, jeune allumeuse (je maintiens le mot) dont il va tomber amoureux, ce qui va susciter la jalousie du père, qui va aussi se taper Tina. Il est bien le résumé comme ça, mais il oublie qu’en parallèle, nous suivons les meurtres d’un monstre appelé The Greasly Strangler (parce qu’il est induit de graisse, CQFD), et sous lequel se cache ce même papa, qui a un grave problème avec la graisse (il demande à rajouter de la graisse ou de l’huile partout) et tue quiconque le contrarie…Fatalement, l’intrigue se corse donc au moment où Tina vient foutre la zizanie dans la relation père-fils.

Il n’est pas si aisé de construire un univers étrange auquel on croit tout de même et dans lequel on n’est ni complètement perdu ni complètement à l’aise. Hosking parvient à cette équilibre avec une humanité qui contraste avec la lourdeur et la bizarrerie de ses personnages, dont l’environnement et les agissements évoquent les nôtres mais en détraqué (voir le travail sur les costumes, les répétitions, les dialogues, la nourriture, la sexualité, ou les scènes comme celles de la boîte de nuit où la séduction nocturne propre au lieu est montrée sous un jour absurde, solitaire finalement et trivial). Ajoutant une réelle émotion, du moins tendresse, à l’univers bariolé et corporel qui a fait le succès de certains Troma (Toxic Avenger évidemment en tête), The Greasy Strangler est une sorte de slasher trash, scato, décalé, qui parvient à parler de filiation (le final en arrive même à être touchant et très parlant sur ce thème, belle déclaration d’Amour filial) et de relations sentimentales et sexuelles (on pourrait psychanalyser la Tina dans le fait de se taper et le père et le fils) en même temps que de délivrer un humour ravageur, irrévérencieux, absurde, n’ayant peur ni de forcer, ni du kitsch. C’est inexistant en France (dans le décalage comme ça, j’ai presque pensé à Gaz de France, mais les deux films sont en fait peu semblables), frais, cohérent dans sa folie, et risqué : typiquement le style de spectacle qu’on adore ou qu’on déteste. Votre serviteur bas du front mais pas tant que ça (enfin j’ose espérer) fait partie de la première catégorie.


A propos de Alexandre Santos

En parallèle d'écrire des scénarios et des pièces de théâtre, Alexandre prend aussi la plume pour dire du mal (et du bien parfois) de ce que font les autres. Considérant "Cannibal Holocaust", Annie Girardot et Yasujiro Ozu comme trois des plus beaux cadeaux offerts par les Dieux du Cinéma, il a un certain mal à avoir des goûts cohérents mais suit pour ça un traitement à l'Institut Gérard Jugnot de Jouy-le-Moutiers. Spécialiste des westerns et films noirs des années 50, il peut parfois surprendre son monde en défendant un cinéma "indéfendable" et trash.


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