Premier Contact 1


Après le très prenant et maitrisé Sicario (2015), le réalisateur canadien Denis Villeneuve revient avec Premier Contact, proposition rigoureuse et passionnante de science-fiction que l’on n’avait pas vue depuis un bail dans les salles obscures et consacrant au passage son réalisateur comme l’un des meilleurs cinéastes en activité.

Contact réussi

Denis Villeneuve continue de se tailler une réputation de choix avec de véritables propositions de cinéma en des films aussi variés et passionnants tels que l’intense Prisoners (2013), le sublime et déroutant Enemy (2013) ou encore le musclé Sicario. Une série de films qui démontrent une maestria sans égale que Premier Contact vient confirmer. Pour cette première incursion dans la science-fiction, Villeneuve nous narre l’histoire de Louise Banks – interprétée avec justesse par Amy Adams – une professeure de linguistique appelée par l’armée américaine afin d’établir le premier contact avec une race extraterrestre qui vient de se révéler au monde par l’apparition de onze de leurs vaisseaux à travers le globe. Entre la barrière de la langue avec les Heptapodes – le nom donné aux dits extraterrestres – et les tensions géopolitiques croissantes face à ces visiteurs venus d’ailleurs, Louise devra tenter de créer le contact et déterminer s’ils sont là pour nous détruire ou non.

Adapté de la nouvelle L’histoire de ta vie de Ted Chiang, Premier Contact parvient à tirer de la quarantaine de pages de prose un scénario cohérent et complexe qui révèle son génie au fur et à mesure que le récit avance, tout en étant une adaptation assez fidèle. Villeneuve exploite ici les concepts développés par Chiang et parvient à rendre visuellement tout l’aspect linguistique de l’histoire et le processus d’apprentissage d’une langue étrangère. Ce concept rondement mené dans la nouvelle par son auteur, Villeneuve se le ré-approprie à tous les niveaux en jouant par exemple sur la confusion mentale de Louise par le biais d’une structure plus que trompeuse qui joue allègrement sur notre perception de la temporalité du film. Une autre idée développée par Villeneuve et son scénariste Eric Heiserrer est le changement qui s’opère chez Louise durant son entreprise de communiquer avec les Heptapodes. Se basant sur un principe de déterminisme – ou l’hypothèse de Sapir-Whorf – les spécificités d’une langue avec laquelle nous formulons nos pensées peuvent par la même occasion avoir une incidence sur notre façon d’appréhender et de percevoir les autres ainsi que le monde qui nous entoure. Louise commence donc à être capable de percevoir le monde comme ses interlocuteurs aliens et devient dès lors une ambassadrice qui va tenter le tout pour le tout afin d’arrêter un possible conflit aux conséquences possiblement catastrophiques. Notre héroïne se projette ainsi dans l’autre pour le comprendre : une autre voie que celle des armes et de la violence est possible si l’on fait ce pas en avant vers l’autre et que l’on essaye de se mettre à sa place. Tout cela participe à étoffer voire même transcender le matériau d’origine mais aussi à créer une véritable tension tout au long du film.

Si son scénario joue avec notre perception et des thématiques fortes et d’actualité, Villeneuve en profite également pour exploiter toutes les possibilités offertes par le cinéma en créant un véritable langage visuel qui va au-delà des limites, et ce d’une façon assez vertigineuse. Le réalisateur fait le choix de jouer sur deux tableaux : d’un côté, un spectaculaire loin d’être tape-à-l’œil et de l’autre, un point de vue plus intimiste et proche de ses personnages surtout de Louise, le tout avec une économie de moyens forçant le respect – le budget du film s’élevant à environ 47 millions de dollars, ce qui est bien loin de la moyenne pour les blockbusters actuels – et une rigueur presque mathématique qui font l’authenticité du film. Villeneuve s’amuse aussi à jouer avec les attentes du spectateur et sur la mise en place de ses plans et son découpage rigoureux. Si certains plans puisent leur incroyable force dans la durée comme l’arrivée en hélicoptère près du vaisseau dans le Montana, le réalisateur ne se prive pas non plus d’avoir la logique inverse en coupant parfois vite et créant des ellipses. Une construction qui offre au film une ampleur sans égale, fourmillant d’informations sans pour autant aliéner et/ou ennuyer le public.

Premier Contact doit aussi beaucoup à ses acteurs, tous très en forme mais aussi à la musique de Jóhann Jóhannson. Le compositeur attitré de Villeneuve délivre une nouvelle fois un score puissant et toujours juste qui trouve le parfait équilibre entre la parfaite illustration de ce qui se passe à l’image sans pour autant prendre le pas. On prend conscience de l’ampleur de cette histoire dans son intégralité, de la crise mondiale menaçant de virer au conflit armé au côté beaucoup plus intimiste du récit et de ce que traverse le personnage de Louise. Premier Contact est donc un peu le film surprise de cette fin d’année mais aussi une première incursion réussie pour Villeneuve dans la science-fiction. Riche, profond, émouvant, le film a transcendé la nouvelle et devient une œuvre invitant le spectateur à sortir des sentiers battus et à repenser son rapport aux autres et sa vision du monde. Une pure œuvre de cinéma qui nous laisse présager que la suite de Blade Runner (Ridley Scott, 1982) dont les premières images viennent de nous parvenir, est entre de très bonnes mains.


A propos Mathieu Pluquet

C'est après avoir découvert Le Voyage de Chihiro, Blade Runner et L'Exorciste que Mathieu se passionne pour le cinéma; depuis cette passion ne l'a pas quitté. Sinon il aime les comics, le café et est persuadé qu'un jour il volera dans le TARDIS et rencontrera le Docteur (et qu'il pourra lui piquer son tournevis sonique).


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