Les Monstres – Saison 1 3


Injustement inédite en DVD ou sur des chaines non-câblées (hertziennes ou TNT), pour ne pas dire simplement injustement méconnue en France, la série Les Monstres est enfin éditée par Elephant Films dans un coffret regroupant dans un premier temps l’intégralité de la saison 1. L’occasion incontournable de découvrir ce concurrent de La Famille Adams et qui n’a rien à lui envier.

Notre belle famille

Je vous vois venir…Tout simplement parce que je pensais comme vous avant de découvrir Les Monstres lors de recherches relativement pointues il y a déjà quelques années mine de rien : non, The Munsters (titre original) n’est pas une pâle copie de la série La Famille Addams (qui a bien été une série avant de devenir des films, et après avoir été une bande dessinée de Charles Addams) et c’est la chronologie le prouve. La Famille Addams a été lancée sur ABC le 18 septembre 1964, Les Monstres sur CBS le 24 septembre de la même année, coupant donc court à tout préjugé malgré les similitudes évidentes entre les deux sitcoms. Les Monstres, c’est aussi l’histoire d’une famille étrange, la famille Munster, vivant dans un manoir lugubre, composée par le papa-monstre de Frankenstein, la maman-fiancée de Frankenstein, le papi-Dracula, le gosse-loup-garou, et une nièce qui est elle la seule « normale ». Les intrigues de chaque épisode reposent tout autant sur l’opposition entre leur vision du monde et celle des autres et l’inversion des valeurs (vivre la nuit, aimer la mort, etc) caractéristiques de La Famille Addams. Mais la série a bien ses qualités propres, présentes dès la saison 1 (38 épisodes d’une vingtaine de minutes) qui est éditée aujourd’hui par Elephant Films. Une première en France réjouissante pour votre serviteur qui désespérait un peu de se tourner vers les galettes américaines.

Cela n’aura échappé à personne : là où les personnages de Charles Addams sont originaux, ceux de The Munsters sont inspirés (sans être nommés de la même manière) des Universal Monsters. Il en résulte une sympathie automatique pour la petite famille puisque lorsque la série débute, nous avons le sentiment de déjà connaître ses membres. Les scénaristes s’amusent de ce point, prenant plaisir à transformer les personnages par rapport à ce que l’on connaît d’eux sur grand écran. Grand-Père Dracula est un vampire (capable de se métamorphoser, aimant le sang comme son illustre exemple) mais est aussi un savant fou dans une maline fusion de deux stéréotypes du cinéma fantastique de l’époque et Hermann Munster, le papa-Boris Karloff, est un être sensible, distingué, cultivé et même crédule, ce qui sera le sel de plusieurs épisodes. Tout juste brise-t-il quelques meubles par colère, mais il déteste la violence, à en devenir presque pleutre parfois. Dans le même style, on voit également passer la créature du lac noir ou le Wolfman dans des rôles éloignés de l’horreur pour des personnages bien plus quotidiens, comme le beau-frère. Le décalage est omniprésent et s’exprime par une bonne palette d’humours différents, diversité surprenante vu le temps réduit de chaque épisode qui peut lier absurde, burlesque, comique de situation, noir…La qualité et la modernité de la majorité des gags ou dialogues, franchement drôles, est indéniable. Dans le fond, on a par contre bien à faire à une sitcom des années 60 véhiculant, malgré ses apparences, l’esprit de l’American Way of Life. La famille est unie,

Papa travaille, Maman est au foyer, le bambin à l’école, on recueille la nièce orpheline et on garde même Papi à la maison au lieu de l’envoyer à l’hospice. Le lien familial, l’amour, la confiance, et l’honnêteté finissent toujours par résoudre les problèmes, élaborés avec intelligence (l’épisode où les Munster sont choisis pour être l’objet d’un reportage sur la famille américaine moyenne) mais sans s’écarter du rêve américain, dont la télévision de l’époque est le chantre total. Hormis Les Monstres et La Famille Addams, il y a très peu de shows qui parviennent à ce point à uneespèce d’irrévérence tout en conservant les valeurs. C’est très rare de parvenir à conserver les deux, et à mon avis, le dernier exemple en date est Les Simpson (vous pouvez y penser, mais la résolution de chaque épisode des Simpson, ce sont les mêmes éléments sentimentaux que ceux cités plus haut, et ce aussi pourri soit l’univers des êtres jaunes). Bref, Les Monstres est un témoignage incontournable de son époque, en ce que la série est tout à fait atypique et en même temps absolument pas.

Pour les bonii, les précieux gars d’Elephant Films nous proposent le pilote inédit jamais diffusé et en couleur (dont le canevas scénaristique ne sera étrangement pas repris pour le premier épisode de la première saison, mais le second), l’épisode Portrait de famille dans une version colorisée également, mais surtout la featurette Universal Munsters d’à peu près une demi-heure sur l’histoire de la conception de la série. Menée par Romain Nigita, ce supplément n’est pas avare d’information à dévorer en complément des épisodes…En attendant la saison 2 avec impatience !


A propos de Alexandre Santos

En parallèle d'écrire des scénarios et des pièces de théâtre, Alexandre prend aussi la plume pour dire du mal (et du bien parfois) de ce que font les autres. Considérant "Cannibal Holocaust", Annie Girardot et Yasujiro Ozu comme trois des plus beaux cadeaux offerts par les Dieux du Cinéma, il a un certain mal à avoir des goûts cohérents mais suit pour ça un traitement à l'Institut Gérard Jugnot de Jouy-le-Moutiers. Spécialiste des westerns et films noirs des années 50, il peut parfois surprendre son monde en défendant un cinéma "indéfendable" et trash.


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