Les Animaux Fantastiques 2


Des années après la sortie du dernier des huit films de la saga Harry Potter, l’univers magique de J.K Rowling revient sur grand écran avec un spin-off adapté du livre Les Animaux Fantastiques, première pierre à l’édifice d’un univers étendu, à moins qu’on parle plutôt d’univers entendu ? Attention spoiler.

les-animaux-fantastiques-photo-582aef9aaa079

Les bonnes idées marketing et où les trouver

Les chiffres parlent d’eux-mêmes, presque dix ans après la parution du dernier livre de la saga et cinq ans après la sortie en salles de Harry Potter et les Reliques de la Mort – Partie 2 (David Yates, 2011), dernier volet d’une saga cinématographique plus que lucrative, la Pottermania n’a rien perdu de sa ferveur. Preuve en est avec la sortie récente de la pièce de théâtre Harry Potter et l’enfant maudit, véritable succès de libraire, bien que beaucoup de fans s’accordent pour dire qu’il faut nier l’ouvrage parce qu’il ressemblerait à une mauvaise fan-fiction écrite par des rôlistes sur forum. Capitalisant sur l’univers qu’elle a créé – on s’accordera pour dire qu’en soi, l’univers d’Harry Potter est déjà quelque peu une gigantesque fan-fiction où s’enchevêtrent des références que l’auteure puise ça et là, dans ses livres de chevet – J.K Rowling, sous l’impulsion des fans et des studios, a décidé d’écrire elle-même le scénario d’un spin-off à la saga du jeune sorcier, qui se centrerait désormais sur un autre personnage, le magicozoologiste Norbert Dragonneau – ou Newt Scamander en version originale, c’est plus classe – plus célèbre des Poufsouffle – si, si représente ! – et prendrait ses bases sur le vrai-faux livre Les Animaux Fantastiques, ouvrage scolaire de référence dans l’étude des animaux magiques à Poudlard, édité chez les moldus en 2001 et dont Norbert est le supposé auteur.

capture-decran-2016-12-01-a-21-50-47Exit l’idée de profiter d’une nouvelle saga inspirée de la première pour insuffler du sang neuf, de l’inédit ou de l’audace comme le studio l’avait fait en confiant au mexicain Alfonso Cuaron l’excellent troisième épisode Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban (2004). A la réalisation, les studios n’ont pris aucun risque en rappelant l’artilleur de seconde zone David Yates, faiseur dénué de style, dont le meilleur film à ce jour reste l’un des quatre volets de la saga qu’il a réalisé, Harry Potter et l’Ordre du Phénix (2007) et dont le plus mauvais film est sorti il y a quelques mois, Tarzan (2016). Qu’on se le dise, sur le papier tout sonnait un peu prétexte, un peu toc. Si l’auteure se défend d’avoir vraiment écrit ce film pour enjoliver sur une plus grande histoire à raconter – c’est en effet ce qui se profile puisque la Warner vient d’annoncer une série de cinq nouveaux films – l’adaptation d’un livre résolument anecdotique pouvait nous faire craindre à une adaptation cinématographique elle aussi anecdotique. Il y a un peu de ça. Véritable épisode d’exposition, le film qu’on aurait pu envisager comme une petite histoire traitée indépendamment du canevas plus général de la saga, s’inclut finalement dans une mythologie et dans des événements qui dépassent amplement son postulat de départ.

L’histoire de ce sorcier parcourant le monde à la recherche d’animaux fantastiques – qu’il enferme ensuite dans un zoo portable contenu dans sa valise, meilleure idée du film – semble en effet tout à fait prétexte à aborder une plus grande histoire avec des enjeux plus grands : celle de la jeunesse de Dumbledore et de son duel avec le terrible Gridelwald. En résulte un scénario qui a constamment le cul entre deux chaises. En effet, Norbert Dragonneau est un peu à l’image du spectateur, débarquant au beau milieu d’une toute autre histoire que celle qu’il était venu vivre, en plein New York des années 1920, à un moment crucial pour les sorciers qui sont méprisés et répudiés par une gigantesque chasse aux sorcières. L’idée d’élargir l’univers sorcier à un autre pays que l’Angleterre est une promesse séduisante et assurément l’un des points forts du long-métrage, mais chacun pourra se faire son avis quant au bien-fondé de faire de Norbert Dragonneau le héros d’une histoire dont il semble en tout point l’étranger. L’auteure tente désespérément d’excuser son personnage prétexte en utilisant l’une de ses particularités – sa maladresse qui l’amène à laisser échapper ses créatures dans New York – comme déclencheur d’un conflit qui pourrait ébranler le monde des sorciers tout entier. En bon vieux touriste anglais à New York, le personnage déambule dans une histoire qui ne semble pas être la sienne, si bien qu’on se demande, au sortir du film, comment Norbert va t-il bien pouvoir ré-apparaître dans les suites. Bien sapé et coiffé, en parfait look de capture-decran-2016-12-01-a-21-51-03sorcier, le pauvre Eddie Redmayne pêche néanmoins encore et toujours, à trop se réfugier dans ses encombrantes minauderies, mimiques poussées et sur-jouées – les mêmes à quelques choses près de celles qu’il employait déjà à foison dans l’horrible The Danish Girl (Tom Hooper, 2015) – pour qui bien des spectatrices, m’a-t-on dit, fonderaient littéralement, mais qui ont pour moi pour seul effet de le rendre encore plus tête à claque que Daniel Radcliffe, ce qui est un exploit qui mériterait non pas un, mais deux Oscars.

A bien des égards, Les Animaux Fantastiques rappelle le premier volet de la trilogie du Hobbit (Peter Jackson, 2012-2014) : en effet, cet épisode d’exposition a beau être un peu brinquebalant et maladroit, l’univers nous est si cher qu’il parvient toutefois à nous emporter et nous séduire. Le cliffhanger final – dévoilant l’identité du nouveau grand méchant de la saga incarné par un Johnny Depp flippant au possible – n’a rien d’original puisqu’il s’agit encore d’une histoire de grand méchant dissimulé derrière un autre personnage – celui incarné ici par Colin Farrell – ce qui nous rappelle quand même un peu beaucoup le retour de celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom dans Harry Potter à l’École des Sorciers (Chris Colombus, 2001). Néanmoins la porte ouverte vers une aventure plus grande dont le véritable héros serait le jeune Dumbledore a de quoi exciter. Qui sait, on se rappellera peut-être de ce premier épisode comme la pierre angulaire d’une saga spectaculaire et passionnante, pour l’heure elle n’en reste encore qu’au simple stade des promesses.


A propos de Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre (ou inversement). A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu. Ses spécialités sont le cinéma de genre populaire des années 80/90 et tout spécialement la filmographie de Joe Dante, le cinéma de genre français et les films de monstres.


Laisser un commentaire

2 commentaires sur “Les Animaux Fantastiques

  • Lise D.

    Je ne lis qu’une mise en contexte du film et une rapide critique du jeux d’Eddie Redmayne… Quid du film ? Quid du travail (désastreux) de David Yates ? Un article qui aurait mérité d’être davantage approfondi, et bien entendu critique.

    • Joris Laquittant Auteur de l’article

      Bonjour Lise, l’article parle du travail de David Yates, le considérant comme un « faiseur dénué de style ». Je crois qu’il n’y a pas grand chose à en dire de plus. Mon axe était le scénario et donc le film : « En résulte un scénario qui a constamment le cul entre deux chaises.(…) L’idée d’élargir l’univers sorcier à un autre pays que l’Angleterre est une promesse séduisante et assurément l’un des points forts du long-métrage, mais chacun pourra se faire son avis quant au bien-fondé de faire de Norbert Dragonneau le héros d’une histoire dont il semble en tout point l’étranger. L’auteure tente désespérément d’excuser son personnage prétexte en utilisant l’une de ses particularités – sa maladresse qui l’amène à laisser échapper ses créatures dans New York – comme déclencheur d’un conflit qui pourrait ébranler le monde des sorciers tout entier. En bon vieux touriste anglais à New York, le personnage déambule dans une histoire qui ne semble pas être la sienne, si bien qu’on se demande, au sortir du film, comment Norbert va t-il bien pouvoir ré-apparaître dans les suites. »
      Il me semble donc que l’article est bel et bien critique, néanmoins je garde un brin d’espoir car il me semble que le film est une promesse pour la suite de la saga, intrigante. C’est une critique en demie-teinte.