Fais ta prière Tom Dooley 1


L’éditeur Sidonis n’est pas loin du sans-faute, en nous faisant découvrir cette fois-ci en DVD un modeste dans ses moyens, mais très intéressant western dans son discours et sa narration, j’ai nommé Fais ta prière Tom Dooley, de Ted Post.

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Nunc et in hora mortis nostrae, amen

Si je vous dis Michael London, vous pensez à cette foutue gosse qu’on a vue se casser la gueule dans sa prairie à la con à peu près 147 589 784 fois sur la télévision de notre enfance, autrement dit vous pensez à La petite maison dans la prairie. D’autres peuvent même penser à l’autre série phare du bonhomme qui interprétait Charles Ingalls, Les anges du paradis, toute aussi morale et américaine, mais dont le souvenir, même flou, est moins gonflant dans ma mémoire. Ces édifices notoires de la télévision vieillotte ne sont pas cependant les seuls fais-ta-prere-tom-dooleyfaits d’armes de Michael London, que Sidonis nous permet de voir beaucoup plus jeune, dans leur nouvelle sortie, Fais ta prière Tom Dooley, réalisé en 1959 par Ted Post, que l’on connaît surtout en France pour avoir réalisé le second volet des péripéties urbaines et violentes de l’Inspecteur Harry dans Magnum Force (1973).

Michael Landon joue Tom Dooley un soldat du Sud qui, avec un camarade troufion lui aussi, tue un soldat du Nord, durant la guerre de Sécession…Sans savoir que cette dernière est déjà finie. Passant automatiquement donc du statut de militaires à celui de criminels, les deux compères doivent fuir la justice, mais avant, pour le personnage joué par Michael Landon, tenter de récupérer sa dulcinée qui attend sagement son retour pour l’épouser. On peut constater déjà l’intérêt du pitch qui pour autant ne fait pas tout : car avec une trame de cet acabit, il était facile de livrer un film de genre nerveux certes, mais bas du front, entre un western aride bardé de luttes à mort et le film de course-poursuite. Ted Post et son scénariste-producteur Stan Shpetner prennent bien les richesses sous-jacentes de leur idée de départ à bras le corps et livrent une œuvre modeste (on voit bien que le budget n’était pas illimité, l’interprétation est d’une qualité relative…) mais à la profondeur nette. Fais ta prière Tom Dooley questionne la guerre les yeux dans les yeux avec justesse et humanisme (une vision à hauteur d’homme aidée par la mise en scène simple mais précise, sans effets spectaculaires), en interrogeant de prime-abord les actes de guerre, par absurdité de la situation de ses protagonistes qui, s’ils avaient commis exactement le même assassinat plus tôt, auraient pu être des héros, mais la guerre achevée sont des criminels comme les autres à traquer et punir comme tels. Placés dans ce cul-de-sac à la fois par la politique (une armistice est avant toute chose politique), et la hiérarchie (ils ne sont pas couverts par leur supérieurs), ils le sont également par leurs concitoyens civils qui sont, finalement, les premiers à vouloir les emprisonner ou les pendre, mélangeant pseudo-idéaux de justice communautaires et rancunes personnelles, dans le cas de l’homme qui souhaite chiper sa promise à Tom (pécho la meuf de Charles Ingalls j’oserais pas…). Le long-métrage montre avec juste ce qu’il faut de retenue les blessures d’un pays meurtri par la guerre, entre la bêtise aveuglefais-ta-priere-tom-dooley-dvd des actions vengeresses, le défoulement des violences tues, et les rancœurs tellement marquées dans les corps qu’elles le sont pour toujours dans l’esprit, telles qu’elles se matérialisent dans la merveilleuse scène des noces entre Landon et sa fiancée, où le fils du pasteur qui les marie est un soldat ennemi du Nord, amputé, qui se retient de se jeter sur Landon.

Si on ajoute à sa teneur universelle (dans notre monde qui au fond ne s’est toujours pas relevé de la Seconde Guerre Mondiale, de la décolonisation, ou des guerres actuelles avec leurs lot de vétérans oubliés et de haines tenaces et pluri-générationnelles) une fin dramatique réellement digne d’une tragédie shakespearienne, Fais ta prière Tom Dooley est un western fort que je ne peux que conseiller non pas seulement aux amateurs du genre mais _à tous les cinéphiles. Pour ceux qui voudront en découvrir plus, Bertrand Taverner et Patrick Brion, coutumiers des bonus des Éditions Sidonis y vont de leurs présentations vidéos comme d’hab. Puis pour les musiciens, on trouve aussi en suppléments les différentes versions de la chanson sur la légende de Tom Dooley, qui est un standard de la country bien plus vieux que le film en fait. « Fais ta prière Tom Dooley… », comme chantaient les Compagnons de la Chanson.


A propos de Alexandre Santos

En parallèle d'écrire des scénarios et des pièces de théâtre, Alexandre prend aussi la plume pour dire du mal (et du bien parfois) de ce que font les autres. Considérant "Cannibal Holocaust", Annie Girardot et Yasujiro Ozu comme trois des plus beaux cadeaux offerts par les Dieux du Cinéma, il a un certain mal à avoir des goûts cohérents mais suit pour ça un traitement à l'Institut Gérard Jugnot de Jouy-le-Moutiers.


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