Andrei Cretulescu, la promesse roumaine


Deuxième DVD édité par le Festival International du Film d’Amiens pour accompagner son programme d’aide et de promotion de jeunes auteurs européens intitulé Pygmalion, focus sur cette intégrale des courts-métrages d’un cinéaste roumain qui ne fait pas genre : Andrei Cretulescu.

© Jean-Christophe Husson

© Jean-Christophe Husson

Kowalski, Ramona et les autres

Créé en 2014 à l’occasion de la 34ème édition du Festival international du Film d’Amiens, le programme Pygmalion – rien à voir avec le financement de la campagne de Sarkozy, promis – est un dispositif visant à mettre en avant le travail d’un jeune auteur européen prometteur. Le Festival accompagne et promeut le travail du réalisateur en programmant non seulement l’ensemble de ses films, mais aussi en éditant l’année suivante un DVD, en organisant des rencontres et séances spéciales dans des festivals européens partenaires et à la Cinémathèque française, ou bien encore, en lui offrant l’opportunité d’effectuer une résidence d’écriture. La première édition avait mis à l’honneur le jeune cinéaste portugais Carlos Conceiçao, dont l’univers atypique mériterait d’ailleurs qu’on s’y penche aussi dans un futur article. Pour l’heure, alors que le 36ème FIFAM – seuls les vrais connaissent le blaz’ – a mis à l’honneur la réalisatrice grecque Konstantina Kotzamani, le DVD consacré au cinéaste roumain Andrei Cretulescu – présent pour la 35ème édition – édité par le Festival, vient tout juste de paraître. L’occasion pour nous de mettre notre (très) maigre pierre à l’édifice et d’œuvrer à notre tour pour faire reconnaître – et surtout vous faire connaître – le talent et l’univers singulier d’un cinéaste qui fait résolument pas genre !

arton6672Comme le soulignent les textes du très beau livret du coffret, tous rédigés par le regretté Fabien Gaffez – bonne chance au successeur pour être à la hauteur de la présidence du petit gars, qui n’est pas mort, précisons le quand même, et ce pour éviter toute apoplexie ou suicide collectif chez les jeunes femmes en fleurs de la faculté des arts – le cinéma roumain connaît depuis le début des années 2000 un regain de vitalité avec des cinéastes comme Cristian Mungiu, Cristi Puiu ou Corneliu Porumboiu dont les films furent auréolés de reconnaissances et de succès dans les festivals du monde entier, instaurant au passage dans le cinéma roumain une esthétique particulière, souvent virtuose, nappée dans un réalisme social largement marqué par les années de dictature de Ceausescu. Les courts-métrages de Andrei Cretulescu ne s’inscrivent pas directement dans cette lignée – quoi que Seven Months Later (2015) son dernier en date, qui raconte l’histoire d’un couple qui ne peut pas avoir d’enfant peut toutefois y faire penser – mais s’aventurent davantage dans les rouages du film noir, où se côtoient gangsters adeptes de logorrhées verbales – dans Bad Penny (2013) et Kowalski (2014) – et vengeresse sanguinaire qui martèle les gueules à coup de téléphone et brûle vif des pauvres types qui l’ont peut-être un peu mérité – dans Ramona (2015), assurément son meilleur, couronné d’une sélection à la Semaine de la Critique où il remporta le Prix Canal+. Ces trois courts-métrages andreicretulescuforment une unité de ton et d’univers puisqu’ils tissent des liens entre les personnages – le personnage de Ramona étant déjà évoquée dans les deux premiers – et semblent constituer l’essence du cinéma en devenir de ce jeune auteur roumain. Un cinéma sans concession, aussi drôle que violent, dont la virtuosité s’invite aussi bien dans les dialogues que dans la mise en scène d’époustouflants plans-séquences. De là à parler d’une affiliation naturelle au cinéma de Tarantino, il n’y a qu’un pas que nous franchissons allègrement tant on a parfois l’impression de voir les cousins roumains de Vincent Vega et Jules Winnfield.

Néanmoins, ne nous méprenons pas, les films de Andrei Cretulescu ne ressemblent pas non plus à ces innombrables ersatz du style Tarantino que beaucoup de jeunes réalisateurs utilisent en béquille pour s’assurer d’être tamponnés hype. Cretulescu s’en tamponne d’être hype et trace le sillon d’une filmographie personnelle et prometteuse sur laquelle il convient de garder l’œil grand ouvert. Il vient de terminer le tournage de son premier long-métrage intitulé Charlton Heston et compte adapter en long et en large l’histoire du court Kowalski. Comptons sur le Festival International du Film d’Amiens pour nous donner, à l’avenir, des nouvelles régulières du réalisateur. Nous ne manquerons pas, bien sûr, en bons explorateurs fidèles des programmations du FIFAM, de vous en communiquer à notre tour.

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A noter que le DVD est en vente au prix de 15euros – ainsi que le précédent consacré à Carlos Conceiçao – pour les parisiens adressez-vous directement à la boutique Potemkine située 30 rue Beaurepaire, où vous pourrez vous les procurer. Pour tous les autres, leur boutique en ligne (en attente de réapprovisionnement) le proposera rapidement au même prix !

Photo d’en-tête par Jean-Christophe Husson


A propos Joris Laquittant

Sorti diplômé de la Fémis en Montage en 2017, Joris obtient son diplôme d'éleveur de Mogwaï dès l'âge de huit ans. Quand il ne dessine pas sur Dé'Ciné (decine.fr), il aime écrire sur le cinéma qui fait pas genre. Il est aussi membre fondateur de "L'Association pour la réhabilitation de l'importance de Walt Disney dans l'histoire du cinéma". Sa voyante dit que son signe astral est David Cronenberg ascendant Joe Dante, et il suit un traitement d'acupuncture trois fois par semaine pour soigner son addictions mono-maniaque aux flare bleus.

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