Wes Craven, Quelle horreur ? 2


En parallèle de son activité de distributeur, Capricci se constitue depuis plusieurs années déjà un catalogue d’éditions de livres consacrés au cinéma assez remarquable. Ce mois-ci sort donc Wes Craven, Quelle Horreur ? un livre qui ne fait pas genre que nous avons pu lire en avant-première.

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Wes Craven sort de la nuit

Il aura fallu attendre qu’il rejoigne l’outre-tombe, ou peut-être le royaume des cauchemars qui l’a tend inspiré, pour que Wes Craven obtienne enfin en France la reconnaissance qui lui est due. Si les amateurs d’un mauvais genre l’ont toujours considéré comme l’un des parrains du cinéma d’horreur, l’intelligentsia critique – comme on l’appelle pour je ne sais quelle raison parce qu’elle fait rarement preuve de beaucoup d’intelligence – aura une nouvelle fois attendu le temps des épitaphes pour s’intéresser à un cinéaste qui fut successivement raillé, hué, désapprouvé, avant d’être finalement lâchement abandonné, y compris par les producteurs, à la fin de sa carrière, peinant, comme bien d’autres – Carpenter, Dante, Romero et consorts – à réaliser de nouveaux films. Quoi qu’il en soit, depuis sa mort en 2015, Wes Craven a reçu chez nous une flopée d’honneurs posthumes, parmi lesquels un capture-decran-2016-11-16-a-00-20-02hommage à la Cinémathèque Française – et oui ! – une nuée d’articles élégiaques, des ressorties en salles – L’Emprise des Ténèbres (The Serpent and The Raimbow, 1988) puis récemment La Colline à des Yeux (1977) dont nous vous recommandons chaudement la ressortie en Blu-Ray éditée par nos amis de Carlotta – et quelques livres dont ce dernier, Wes Craven, Quelle Horreur ? écrit par Emmanuel Levaufre collaborateur régulier à La Lettre du Cinéma  et Trafic.

Essai de 90 pages, l’ouvrage tente de décortiquer le style Craven tout en essayant de comprendre l’impact de ses films sur la mutation progressive du cinéma d’horreur américain. Si l’on outrepassera quelques maladresses qui tendent parfois à perdre le lecteur (entre digressions sur des sujets annexes qui prennent beaucoup trop de place – explication du modèle de production du cinéma d’exploitation notamment – et propension à parler parfois beaucoup plus de John Carpenter que de Wes Craven – ce qui nous rappelle ô combien le Big John est probablement le réalisateur de film d’horreur le plus important du vingtième siècle, si ce n’est de l’histoire du cinéma américain tout court, tant on est toujours irrémédiablement obligé d’y revenir), le livre intéresse davantage quand il met en lumière la dichotomie de concepts qui s’opposent dans la période charnière pour le cinéma d’horreur américain que furent les années soixante-dix à quatre-vingt. Les meilleurs textes (le livre est chapitré en dix-neuf textes qui abordent des thématiques différentes) sont ceux qui opposent le cinéma d’horreur réaliste – dont La Dernière Maison sur la Gauche (1972) de Wes Craven et dont il est très majoritairement question dans le livre – au cinéma d’horreur ludique – dont le Halloween (1978) de John Carpenter serait peut-être le fer de lance, inspirant dans la deuxième partie de carrière de Wes Craven, des films plus méta, se jouant des codes du genre, tels que Les Griffes de la Nuit (1984) ou bien évidemment, Scream (1996). Même constat sur le texte évoquant la confrontation entre un cinéma d’horreur symbolique et un cinéma d’horreur littérale. Ces axes d’analyses interpellent, questionnent, invitent le spectateur à prolonger la réflexion au-delà de la simple lecture du livre et au-delà, aussi, du simple prisme de la filmographie de Wes Craven.

wes-craven-3dMais c’est peut être-là aussi que le bât blesse, le livre d’Emmanuel Levaufre a un petit goût d’inachevé parce que les thématiques qu’il aborde, les problématiques qu’il dresse, les concepts qu’il oppose, mériteraient éminemment qu’on s’y penche autrement qu’en empruntant comme canevas unique la filmographie d’un seul réalisateur. Le cul entre deux chaises, l’auteur est forcé de digresser, influencé par un axe d’analyse bien plus porteur qu’il n’y paraît. En résulte, de fait, un livre qui ne parle pas à proprement parler de Wes Craven, parce qu’il ne décortique qu’une part infime de son œuvre – hormis les trois films déjà cités plus haut, l’auteur ne s’appesantit que sur très peu d’autres films du réalisateur – mais tente plutôt d’employer le prétexte d’une analyse autour du maître de l’horreur pour parler plus généralement de la transformation du cinéma d’horreur contemporain. Ceux qui s’attendent à une analyse poussée sur les motifs à l’œuvre dans la filmographie du bonhomme – quelque chose qui pourrait ressembler au livre de Frank Lafond sur le cinéma de Joe Dante, par exemple – seront sûrement déçus, néanmoins, ce petit livre, très court, qui se dévore comme un essai, contentera les lecteurs désireux d’ouvrir leur cerveau à des réflexions couvrant un spectre beaucoup plus large que celui de la filmographie d’un seul homme.


A propos Joris Laquittant

Monteur en formation à la Fémis, quand il ne dessine pas sur Dé'Ciné (decine.fr), Joris aime écrire sur le cinéma d'un mauvais genre. Éleveur de Mogwai depuis qu'il a huit ans, il est aussi membre fondateur de "L'Association pour la réhabilitation de l'importance de Walt Disney dans l'histoire du cinéma". Sa voyante dit que son signe astral est David Cronenberg ascendant Joe Dante, et il suit un traitement d'acupuncture trois fois par semaine pour soigner son addictions mono-maniaque aux flare bleus.


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