Le Monde Perdu 1


Chef-d’oeuvre parmi les chefs-d’oeuvres, souvent mis dans l’ombre au profit de son héritier naturel qu’est King Kong (1933), le mythique Le Monde Perdu (1925) ressort ce mois-ci chez Lobster Films, édition spécialisée dans la restauration des films de patrimoine. Focus sur cette restauration immanquable.

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Le Monde Perdu enfin retrouvé

Au rayon des chefs-d’oeuvres oubliés au profit d’autres, Le Monde Perdu (Harry O. Hoyt, 1925) fait office de patron. Sorti huit ans avant le célèbre King Kong (Ernest B. Shoedsack & Merian C.Cooper, 1933), le film a longtemps été considéré comme un brouillon de ce dernier, ainsi qu’un banc d’essai pour le célèbre animateur Willis O’Brien qui y expérimente ici sa fameuse technique de l’animation image par image pour donner vie – et de quelle manière ! – à des modèles réduits de dinosaures : une technique qu’il réemploiera pour animer le grand singe de la RKO. Adapté du fameux roman d’aventures de Arthur Conan Doyle, le film raconte l’expédition dans la jungle amazonienne du professeur Challenger et de son équipe dans le but d’y retrouver un endroit qu’on appellerait Le Monde Perdu, mentionné dans le journal d’un explorateur disparu. A leur arrivée, l’équipée découvre un plateau où la faune et la flore semblent être restés bloqué dans un autre temps, peuplé de dinosaures en tous genres. L’expéditeur terminera son capture-decran-2016-11-28-a-22-32-59voyage par un retour sur le continent, avec dans ses valises un brontosaure qui sèmera la pagaille dans le Londres des années vingt. En tout point, le mythique King Kong (1933) semble être une resucée – en mieux ou pas, à vous d’en juger – de ce film muet de 1925 qui posa les bases du genre du film de monstres géants, bien qu’on omet souvent de lui en accorder la paternité au profit du grand singe.

Et pour cause, comme le raconte la légende – et bien que les liens entre la First National qui produisit Le Monde Perdu et la RKO en charge de son simili-remake qu’est King Kong reste assez flous – le film aurait été, selon certains historiens du cinéma, véritablement sacrifié à l’aube du parlant pour laisser, dit-on, le champ libre à la production de King Kong dont la sortie est prévue quelques années plus tard. Ainsi alors qu’il rencontre un franc succès depuis sa sortie en 1925, le film subit de plein fouet la révolution sonore et est retiré des écrans. Pire, la veuve du scénariste qui détient les droits du film signe un accord avec la production pour que tous les éléments positifs et négatifs soient détruits. Malmené au fil du temps par des re-sorties en version dite abrégée ne comportant que les scènes clés du film sur pellicule 16mm pour une exploitation majoritairement privée, le film resta très longtemps invisible dans sa version complète. Autant vous dire que sa restauration au fil des années ressemble à un vrai parcours du combattant, une aventure homérique, une expédition dans le fin-fond de la jungle, et dans lequel les explorateurs de la mémoire du cinéma avancèrent péniblement, débroussaillant les pistes une à une, au quatre coins du monde, de cinémathèques en collections privées. D’abord restauré une première fois en 1998 par la George Eastman House, le film resta incomplet – d’une durée de soixante seize minutes – et ne fut pas édité en DVD. Accompagné dans un premier temps par David Shepard, Lobster Films restaura à son tour le long-métrage en numérique, pour une première version en 2000 atteignant les 93 minutes, puis pour cette actuelle version qui bénéficie des avancées considérables en matière de restauration numérique et inclut deux trésors découverts entre-temps en 2004 et en 2015 portant ainsi cette version du film à 103 minutes, soit quasiment sa durée originelle.

capture-decran-2016-11-28-a-22-31-57Ce travail de longue haleine donne lieu à la sortie de cette édition prestigieuse qu’il convient de saluer car comme souvent, le travail d’édition de Lobster Films est aussi tout à fait remarquable, s’accompagnant d’une documentation riche – un livret très instructif d’une dizaine de pages qui revient sur les secrets de la restauration du film – et d’une éditorialisation précise. Plus encore, on appréciera que cette nouvelle version qui possède une toute nouvelle musique ne soit pas tombé dans le piège d’une actualisation musicale ni faite ni à faire – l’exemple le plus frappant étant l’immonde bande-originale du Voyage dans la lune (1902) de George Méliès composée par le groupe Air en 2014 – bien au contraire, la nouvelle partition signée Robert Israël respecte les codes musicaux de l’époque et est tout simplement somptueuse ! Pour couronner le tout, on appréciera de trouver en bonus quelques pépites, toutes signées Willis O’Brien, dont des essais d’animation pour Le Monde Perdu, deux courts-métrages plus anciens R.F.D 10,000 BC (1917) et Ghost of Slumber Mountain (1918) ainsi que les cinq premières minutes du film Creation (1930) célèbre pour avoir été sacrifié, lui aussi, au profit de King Kong – Willis O’Brien ayant été contraint d’en abandonner la production pour se lancer dans celle du chef-d’oeuvre de Shoedsack et Cooper. Encore une fois, permettez nous de saluer le travail d’orfèvre des petits lutins de Lobster Films, dont les petites mains et les grands esprits ont permis ce cadeau de noël idéal.


A propos Joris Laquittant

Sorti diplômé de la Fémis en Montage en 2017, Joris obtient son diplôme d'éleveur de Mogwaï dès l'âge de huit ans. Quand il ne dessine pas sur Dé'Ciné (decine.fr), il aime écrire sur le cinéma qui fait pas genre. Il est aussi membre fondateur de "L'Association pour la réhabilitation de l'importance de Walt Disney dans l'histoire du cinéma". Sa voyante dit que son signe astral est David Cronenberg ascendant Joe Dante, et il suit un traitement d'acupuncture trois fois par semaine pour soigner son addictions mono-maniaque aux flare bleus.


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