Savage Weekend


Resorti chez Artus Film, il est temps de tronçonner en faisant pas genre le Savage Weekend de David Paulsen, slasher what the fuck qui rejoint de ce pas notre catégorie Cinébide.

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Halloween chez les Redneck

Le cinéma d’exploitation – paix à son âme – aura laissé dans l’histoire du cinéma davantage d’affiche de films magnifiques que de films magnifiques. Ne vous laissez pas duper par celle, somptueuse, du Savage Weekend (David Paulsen, 1979) que resort ce mois-ci Artus Film en DVD. Sublime illustration d’une grande faucheuse mauvâtre, visage humain dissimulé sous un crâne, nous pointant du doigt tel l’Oncle Sam, le tout recouvert d’un titre enluminé dans une typographie rosée. On pourrait penser qu’il s’agisse d’une pochette d’un disque de Iron Maiden, il n’en est rien, il s’agit bel et bien de l’affiche de Savage Weekend, slasher sanglant dont le tueur n’a absolument rien à voir avec celui de la jaquette. Vous connaissez sûrement ce mal-être interne qui vous envenime, quand, vlcsnap-2016-09-16-20h42m38s145fébrile, vous craquez pour un film à la seule vision d’une affiche ou d’une jaquette aguicheuse, du genre de celle qui vous promet Une vierge chez les morts vivants (Jesus Franco, 1973) alors même qu’il n’y a dans le film ni vierge, ni morts-vivants… Et bien sachez-le d’emblée, c’est un peu valdingué par ce type d’émotion, une excitation rendue à la frustration, que je m’en vais vous parler de Savage Weekend.

Vient le moment de vous dire un peu de quoi ça parle ? C’est pas simple, je ne sais pas trop dans quoi je m’embarque tant l’histoire du film est aussi pétée que l’hymen de vos mamans. Comme tout bon film du genre, Savage Weekend démarre au même endroit que tous les autres : un groupe de jeunes amis qui s’en vont faire les foufous à la campagne – ici, ils y vont pour aider à reconstruire un bateau, dans un hangar, dans la forêt, hum… – mais qui vont vite se retrouver en tête à tête avec une armée de rednecks un peu chelous. L’un ressemble à Matthew McConaughey avec la moustache et la chemise ouverte et donne des cours de treillage – vous m’avez bien lu, photo à l’appui – à l’une d’entre elles, une scène totalement hallucinante qui aura le mérite de libérer quelques pulsions sexuelles chez les protagonistes et/ou chez les spectateurs les plus déviants. Et voilà que ça se culbute dans la paille, et voilà que ça se culbute ici, et voilà que ça se culbute là-bas. Bien plus érotique que gore, le film enchaîne les séquences de sexe, fantasmées ou pas, toutes aussi mal gaulées que vos mamans, avant de déballer à la toute fin sa furie – terme employé pour le bon mot, mais pas totalement le plus approprié pour parler du film – en lâchant dans l’arène un ersatz vlcsnap-2016-09-16-21h05m53s466tout moisi – comme son masque – du Michael Myers de Halloween (John Carpenter, 1978) sorti une année plus tôt.

Vous l’aurez surement compris, Savage Weekend est un pur film d’exploitation en cela qu’il essaye de mélanger, comme il peut, les codes des films érotiques en plein âge d’or dans les années soixante dix, ceux des redneck movies popularisé par le démentiel Delivrance (John Boorman, 1972) et enfin ceux des slashers, genre qui venait tout juste de trouver sa nemesis absolue avec le Halloween (1978) de Carpenter cité plus tôt et bien évidemment un peu plus tôt avec le Massacre à la Tronçonneuse (1974) de Tobe Hooper, film aussi redneck movie que slasher movie par ailleurs, auquel Savage Weekend fait évidemment référence, ne serait-ce que par l’utilisation à plusieurs reprises de la fameuse tronçonneuse.

savageCeci étant dit, il convient tout de même de ne pas vous mentir, le film sorti par Artus Film ce mois n’a pas les arguments pour venir bousculer le panthéon du genre, et Paulsen pas les armes pour venir dézinguer les Hooper et Carpenter de leurs trônes de bronze. Plus triste, Savage Weekend n’a résolument pas non plus ce qu’il faut pour être considéré comme un joyeux nanar, petite friandise acidulée qu’on aime se repasser de temps à autres, avec les potes, entre Killer Crocodile (Fabrizio de Angelis,1989) et Le Lac des Morts-Vivants (Jean Rollin,1981). Son édition vidéo présenterait cependant la meilleure version jamais exploitée en France selon les amateurs du film – il y en a ! – et on ne serait que saluer à nouveau le travail d’éditorialisation de Artus Film qui se constitue d’année en année l’un des catalogues de films de genre(s) les plus impressionnant et déroutant du marché français. Bon, vous l’aurez compris, celui-ci on est un peu passé à côté, mais c’est sûrement parce que l’on attend avec impatience les deux films de nazisploitation aux titres aussi enjoliveurs que Holocauste Nazi et – mon préféré – La Dernière Orgie du IIIème Reich, que l’éditeur nous promet pour le mois prochain. Nous ne manquerons pas évidemment de vous en toucher deux mots en espérant que l’on se fasse pas duper par le titre et la jaquette du dernier cité, et qu’il y aura bien dedans une orgie et le Troisième Reich…


A propos Joris Laquittant

Monteur en formation à la Fémis, quand il ne dessine pas sur Dé'Ciné (decine.fr), Joris aime écrire sur le cinéma d'un mauvais genre. Éleveur de Mogwai depuis qu'il a huit ans, il est aussi membre fondateur de "L'Association pour la réhabilitation de l'importance de Walt Disney dans l'histoire du cinéma". Sa voyante dit que son signe astral est David Cronenberg ascendant Joe Dante, et il suit un traitement d'acupuncture trois fois par semaine pour soigner son addictions mono-maniaque aux flare bleus.

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