Little Big Man 2


Injustement passé inaperçu au moment de sa sortie, Little Big Man est devenu avec le temps l’un de ces westerns crépusculaires mythiques qui re-dynamisèrent le genre en même temps qu’ils en signèrent l’arrêt de mort. A l’occasion de sa re-sortie en Blu-ray et en coffret ultra collector prestigieux chez Carlotta, retour sur la légende du petit grand homme. 

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A l’Ouest d’Eden

Auteur de films grandioses comme La Poursuite Impitoyable (1966), son chef-d’oeuvre Bonnie and Clyde (1967) ou encore Alice’s Restaurant (1969), Arthur Penn s’était déjà fait remarqué plus tôt en réalisant un western hors-normes, le très beau Le Gaucher (1958) qui revisitait la légende de Billy The Kid, alors incarné par un incroyable Paul Newman. Le succès triomphal de Bonnie and Clyde en 1967 transforme la carrière de Penn jusqu’alors jalonnée d’échecs commerciaux et de déconvenues de studios. L’occasion lui est ainsi donné de réaliser un film dans une économie largement supérieure à celle dont il avait jusqu’alors l’habitude et il décide little-big-mandonc d’adapter un roman à succès écrit part Thomas Berger et intitulé Mémoires d’un visage pâle (1964). Renommé Little Big Man pour l’occasion, le film est une épopée de plus de deux heures vingt dans laquelle on découvre la vie d’un certain Jack Crabb, alors que ce dernier, désormais âgé de 121 ans accepte de se pencher sur son passé et raconter à un jeune historien sa vie d’aventures. Incarné par un Dustin Hoffman dont la carrière est alors en plein essor – il avait été découvert trois ans plus tôt dans le magnifique Le Lauréat (Mike Nichols, 1967) puis largement salué pour sa prestation dans Macadam Cowboy (John Schlesinger, 1969) – ce Jack Crabb est à lui seul un grand livre d’histoire de la conquête de l’Ouest. Le film propose donc une évocation de la vie tonitruante de ce vieil homme en avançant d’épisodes en épisodes, de souvenirs en souvenirs. De son enfance passée parmi les Cheyennes qui l’ont adopté dans les années 1860, à ses multiples vies de religieux, commerçant, roi de la gâchette, guerrier indien, ami de la légende de l’Ouest Wild Bill Hickock ou témoin privilégié de la mort du Général Custer lors de la bataille de Little Big Horn. Empruntant autant au western qu’à un autre genre qu’est le biopic, le film garde aujourd’hui toute sa force parce qu’il parvient, par son audace, à aborder des sujets encore brûlants pour l’époque : en premier lieu, bien sûr, le génocide indien que Penn n’hésite pas à montrer de manière frontale, notamment lors d’une scène mémorable de par sa dureté, dans laquelle la femme indienne du personnage principal se fait assassiner avec son enfant dans les bras lors d’une charge de la cavalerie. Plus étonnant aussi, l’évocation progressiste de l’homosexualité chez les little-big-man-photo-site-5Indiens, au détour d’un des personnages secondaires, d’abord jeune petit garçon qui ne veut pas apprendre à tirer à l’arc, qui deviendra chez les guerriers Cheyennes, un être à part et respecté parce qu’il n’est ni masculin ni féminin.

Souvent considéré comme faisant partie de l’un de ces westerns dits crépusculaires qui redynamisèrent le genre en même temps qu’ils en signèrent son arrêt de mort, il est vrai que Little Big Man est un film sombre et désabusé qui démystifie l’Ouest Américain et ne tente pas de minimiser l’horreur du génocide Indien. Néanmoins, malgré sa proportion pour le drame et ces multiples séquences relativement dures de massacres, cette épopée surprend aussi quand elle s’aventure, à de nombreuses reprises, du côté de la comédie, empruntant au slapstick et flirtant même parfois avec la parodie. L’histoire narrée par ce vieux Jack est si rocambolesque qu’on se permet parfois de la remettre en doute – il a tout vu, tout vécu – et l’interprétation, mythique, drôle et tendre de Dustin Hoffman donne à ce garçon inadapté et maladroit cette allure si particulière de personnage d’un film burlesque. Les yeux plissés pour apprendre à tirer au colt, Jack se découvre des talents de roi de la gâchette et s’improvise alors en voyou de saloon buvant de la limonade, le temps de séquences mémorables atteignant des sommets de comédies. On notera par ailleurs, qu’à bien des égards, le film a dû inspirer d’autres biopics fonctionnant sur les mêmes mécanismes – un vieil homme un peu gâteux raconte l’histoire improbable de sa vie – tels que L’Etrange Histoire de Benjamin Button (David Fincher, 2008) ou bien encore le magnifique Big Fish (Tim Burton, 2003) quand son héritage n’est pas directement cité dans des films comme Lone Ranger : Naissance d’un Héros (Gore Verbinski, 2013) dans lequel un vieil Indien incarné par Johnny Depp, devenu créature d’exposition dans une fête foraine, se met à raconter l’histoire de sa vie, durant laquelle il vadrouilla dans l’Ouest en compagnie d’un justicier masqué.

coffret-collector-little-big-man-blu-ray-ultra-limite-carlottaOn ne serait que vous recommander, si vous en avez les moyens – il faudra débourser tout de même 60 euros – d’ajouter le magnifique coffret collector édité par Carlotta à votre collection. Ce bel objet est le quatrième d’une collection qui compte déjà Body Double (Brian De Palma, 1984), Panique à Needle Park (Jerry Schatzberg, 1971) et L’Année du Dragon (Michael Cimino, 1985) que nous vous avions déjà chroniqué. Il comprend comme d’habitude un livre, ici intitulé « Penser la spontanéité » qui englobe interview du réalisateur et divers textes d’analyse, le tout illustré par plus de soixante photos de tournage inédites. En bonus, si on appréciera que l’ami Philippe Rouyer propose son analyse sur les aventures de Jack Crabb dans une featurette de vingt cinq bonnes minutes c’est davantage le documentaire de trente minutes suivant Arthur Penn sur le tournage du film qui semble valoir le coup d’œil. Nous n’avons pas pu nous en assurer, puisque nous chroniquons ici non pas ce beau coffret mais son édition simple, un Blu-ray moins onéreux – vingt euros – et somme toute assez classique puisqu’il ne comporte pas de suppléments. Du côté des masters proposés, étonnamment, celui proposé sur le Blu-ray – qu’il s’agisse de l’édition simple ou prestige – n’est pas si grandiose qu’on aurait pu l’imaginer. D’autant plus étonnant que le coffret collector propose aussi un DVD qui présente, quant à lui, le nouveau master restauré du film. Quoi qu’il en soit, cette édition, notamment dans son édition prestige, témoigne du soin apporté par Carlotta pour concocter de beaux objets de collections. Le prochain coffret, le numéro cinq, sera consacré, et ce n’est pas pour nous déplaire, au film Les Banlieusards (The ‘Burbs, 1989) de Joe Dante et évidemment nous ne manquerons pas de vous en parler.


A propos Joris Laquittant

Monteur en formation à la Fémis, quand il ne dessine pas sur Dé'Ciné (decine.fr), Joris aime écrire sur le cinéma d'un mauvais genre. Éleveur de Mogwai depuis qu'il a huit ans, il est aussi membre fondateur de "L'Association pour la réhabilitation de l'importance de Walt Disney dans l'histoire du cinéma". Sa voyante dit que son signe astral est David Cronenberg ascendant Joe Dante, et il suit un traitement d'acupuncture trois fois par semaine pour soigner son addictions mono-maniaque aux flare bleus.


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2 commentaires sur “Little Big Man