The Sion Sono


L’Etrange Festival rend cette année hommage à un réalisateur fascinant et aussi un habitué de la programmation : Sono Sion. Si on nous a dévoilé le point de vue de ce réalisateur nippon sur le roman porno avec Antiporno (2016) – auquel Fais Pas Genre a déjà consacré un article – nous allons nous intéresser ici au documentaire sur le sieur : plongée dans l’intimité d’un artiste fascinant et singulier.

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TOKYO GAGAGA !

Iconoclaste, irrévérencieux, anticonformiste, poète, prolifique ; de nombreux qualificatifs avec lesquels il est possible de décrire le réalisateur de TAG (2015), Suicide Club (2001), Guilty of Romance (2011) ou Why Don’t You Play in Hell ? (2013). Réalisé pendant le tournage d’un de ses derniers films The Whispering Star, ce documentaire – que l’on doit à Arata Oshima, fils du grand réalisateur Nagisa Oshima – nous propose de s’immerger dans l’intimité et le processus créatif de Sono Sion. Caméra à la main, Oshima suit sans relâche son sujet pour mieux capturer son essence et sa complexité. Et le résultat est plutôt étonnant. Construit à la manière d’un puzzle, on se retrouve témoin des instants de création d’un Sono Sion habité avec un début dans l’atelier de peinture du réalisateur à Tokyo. Tel Takeshi Kitano, Sion n’est pas qu’un réalisateur mais un artiste plus complet, ayant plusieurs cordes à son arc. Dans cet incipit, on assiste à la création d’une peinture que Sion veut comme l’expression de la vie en comparant la toile à une femme, de la pureté de l’enfance jusqu’aux affres de la vieillesse. Après la démonstration, Sion montre d’autres œuvres et demande à l’équipe ce qu’ils en pensent…Avant de s’emporter. Une bien belle entrée en matière. Mais ce qui frappe dans ce documentaire est le degré d’intimité atteint par Oshima.

the-sion-sono-2Jamais intrusif, voyeuriste ou malsain, ce dernier nous offre à voir un artiste plus préoccupé qu’il n’y paraît, manquant parfois de confiance, doutant de ce qu’il fait mais également très conscient de lui-même. Les divers entretiens avec ses collaborateurs réguliers et ses proches sont des aperçus de ce que c’est de vivre avec Sono Sion, le tout avec une ouverture et une honnêteté touchante. De l’acteur Shota Sometani qui raconte sa première rencontre avec le réalisateur ivre à l’actrice et compagne Megumi Kagurazaka confiant presque en pleurs sa crainte de voir son couple implosé à la moindre « erreur » sur le plateau, Oshima créé un document d’une intensité et d’une émotion rare dévoilant les qualités et les travers de son sujet. Sono Sion en personne en vient même à avouer son alcoolisme ou ses doutes sur la qualité de ce qu’il tourne face caméra et sans retenue. Sono Sion parle également ouvertement de la situation de son pays, le tout avec franc parler et émotion – la séquence où il discute avec des habitants de Fukushima, où il a tourné des parties de The Whispering Star, sont des moments captés par Oshima avec justesse.

Du sérieux, des larmes mais aussi beaucoup de rires avec des séquences où le trublion nippon expose avec humour ses vues sur la vie, l’art et le cinéma – il avoue son amour pour les films de Lars Von Trier et se plaint du cinéma de son pays. On découvre aussi grâce à des proches dans le village qui l’a vu grandir, qu’il vendait, voire arnaquait, certains de ses camarades avec des mangas de sa propre conception. C’est avec émotion que l’on voit un homme s’interroger sur son futur, sur sa vie, son art, son pays et son passé. Oshima s’attache à montrer l’homme derrière l’artiste mais offre aussi un passionnant making of et l’occasion de voir les premières œuvres de Sion. The Sion Sono est aussi l’occasion de pouvoir observer le réalisateur au travail. De la conception des story board dessinés par Sion à la création d’un happening artistique avec ses amis et les membres du mouvement Tokyo GAGAGA – mouvement dont il est le leader – Oshima montre tout – même Sion se faire arrêter par la police. Le tout étant bien entendu agrémenté d’une réflexion sur l’œuvre de l’artiste. The Sion Sono est un documentaire exemplaire qui explore toutes les facettes d’un auteur qui se dit lui-même pressé. Emouvant sans être tapageur, Oshima délivre un témoignage passionnant et tout aussi surprenant que son sujet.


A propos de Mathieu Pluquet

C'est après avoir découvert Le Voyage de Chihiro, Blade Runner et L'Exorciste que Mathieu se passionne pour le cinéma; depuis cette passion ne l'a pas quitté. Sinon il aime les comics, le café et est persuadé qu'un jour il volera dans le TARDIS et rencontrera le Docteur (et qu'il pourra lui piquer son tournevis sonique). Ses spécialités sont la filmographie de Guillermo Del Toro, les adaptations de comics et le cinéma de science-fiction.

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