Peter et Elliot le dragon


Un dragon, un dragon, c’est vrai j’ai vu un dragon ! Et pas dans Games of Thrones cette fois-ci. Trente-neuf ans après les récits d’ivrognes d’un gardien de phare un peu loufoque et d’un apothicaire peu scrupuleux, réalisé par Don Chaffey, Peter le petit orphelin et son fidèle dragon Elliot, reviennent pour un film rejoignant la longue liste des films « live action » du célèbre studio à la Souris.

Where are my Dragons ?

FPG Pete's dragonEn 1977, après les succès de Mary Poppins (Robert Stevenson, 1964) et L’apprentie sorcière (Robert Stevenson également, 1971), le public faisait connaissance avec Elliot, le dragon animé au corps tout vert et aux cheveux roses, qui protégeait le jeune Peter, victime de maltraitance par sa famille d’accueil avant que celui-ci ne rencontre Nora, gardienne d’un phare, attendant son fiancé parti depuis plusieurs mois en mer, et son père un brin excentrique qui finissent par adopter Peter et former la famille idéale du début du XX° siècle, digne des panneaux publicitaires nous vantant les qualités de la belle région du Maine. Charmant film, qui n’aura vieilli qu’à cause de sa remasterisation dégueulasse – ceci est de la pure mauvaise foi, le film a très mal vieilli et est aujourd’hui très désuet mais je préfère accuser la remasterisation m’voyez – le Peter et Eliott de 1977 était également accompagné de chansons, typiques des films de Disney de cette époque, chanson dont il est encore difficile de se lasser aujourd’hui – si tu t’en lasses c’est que tu n’as pas de cœur mon cher lecteur. Trente-neuf ans plus tard nous retrouvons les deux compères dans les années 80 toujours dans le Maine, mais cette fois-ci accompagnée d’une bande originale signée Daniel Hart, dont certaines mélodies semblent être de jolis petits ersatz des Mumford and Sons eux-mêmes jolis petits ersatz des Pogues, mais avec du banjo. Peter grandit dans la forêt, loin des hommes, après s’être échappé de la voiture accidentée dans laquelle ses parents ont trouvé la mort alors qu’ils partaient en vacances. Accompagné de son livre préféré « Elliot Gets Lost », inventé pour le film et édité après la sortie de ce dernier – pas con comme produit dérivé – racontant l’aventure du petit chien Elliot qui s’est perdu et cherche à retrouver sa famille, le jeune orphelin tombe sur un dragon à la fourrure verte qui décide de le protéger.

Loin d’être contre les remakes – trente-neuf ans c’est de loin un laps de temps raisonnable pour réactualiser une histoire aussi jolie que Peter et Elliot le dragon – celui-ci était attendu avec impatience, malgré ma réticence à voir la disparition du phare et du fiancé marin et je n’en fus pas tellement déçue. Si évidemment, l’on oublie le design affreux du dragon qui ne conserve aucun charme et ne ressemble plus qu’à une peluche bas de gamme qu’on trouve dans les machines des fêtes foraines, tenant plus du chien que du véritable ami dragon. Remake réussi, au message écologique discret et intelligent – arrêtons les déforestations inutiles et la capture d’animaux rares dans leur habitat naturel – le film nous raconte aussi la légende des dragons qui vivent toujours dans les montagnes du Nord de l’Amérique, mythe fondateur des contrées du Maine magiquement contée par Robert Redford, qui n’incarne pas un gardien de phare ivre, mais un sculpteur sur bois, toujours persuadé d’avoir vu un dragon. Nora, incarnée par Bryce Dallas Howard, devenue Grace entre-temps, n’est plus gardienne de phare non plus, mais garde-forestiere en bottes. Le jeune Peter est subtilement interprété par Oakes Fegley, me rappelant parfois le jeune Jean-Pierre Cargol dans L’Enfant Sauvage (François Truffaut, ob_083b10_peter-et-elliott-le-dragon-11970) découvrant le monde moderne loin de sa forêt « natale ». David Lowery (artilleur de petits films indépendants américains tels que Les amants du Texas, 2013) nous offre un remake plus que correct dont la mise en scène hérite de son passé de cinéaste estampillé Sundance. 

Je ne cache pas néanmoins ma réticence à l’idée de voir le réalisateur aux manettes du film live de Peter Pan – non les studios Disney ne s’arrêteront visiblement plus –, mais j’espère que la sortie en salles donnera envie aux plus grands de faire découvrir le film original aux plus petits ou alors l’envie de regarder Coeur de dragon (Rob Cohen, 1996) dans lequel Draco (Sean Connery) n’est pas une jolie peluche qui ronronne (oui, oui) mais un véritable allié et ami.


A propos Angie Haÿne

Biberonnée aux Chair de Poule et à X-Files, Angie grandit avec une tendresse particulière pour les monstres, la faute à Jean Cocteau et sa bête, et développe en même temps une phobie envers les enfants démons. Elle tombe amoureuse d'Antoine Doinel en 1999 et cherche depuis un moyen d'entrer les films de Truffaut pour l'épouser. En attendant, elle joue la comédie et écrit un mémoire de recherche sur le corps de l'acteur et la capture de mouvement.

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