Nemesis


Présenté dans la compétition du 22ème Etrange Festival, Sam was here (Nemesis) est un film de genre français – franco-américain pour être exact – ce qui est assez rare pour être souligné par les temps qui courent ! Il est diffusé comme première séance mondiale. Autant vous dire que le film était attendu. Premier long-métrage de Christophe Deroo, il vient s’ajouter à plusieurs courts-métrages (Skom, Polaris, Le hall des pendus). Fais pas genre décortique et vous décrit ce premier film réussi et encourageant pour la suite !

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Sam was here, together with his bear

Tout d’abord, de quoi est-il question ? Sam interprété par Rusty Joiner – est un gentil et honnête travailleur, dont nous ne saurons que très peu de choses – si ce n’est qu’il est marié, et père d’une petite fille. Il est démarcheur et travaille inlassablement de seuil en seuil, de porte en porte cherchant de nouveaux clients, sans grand succès puisqu’il n’y a personne nulle part ni sur les routes, ni dans son motel. Pourtant, Sam a tout pour réussir, il est souriant, optimiste et persévérant de surcroit. Il faut dire qu’il ne se facilite pas la tâche non plus en allant prospecter dans le désert californien. Seulement voilà, Sam va aussi jouer de malchance. Sa voiture va tomber en panne. Seul au milieu du désert avec pour seul compagnon un gros ours en peluche – qu’il prévoit d’offrir à sa fille ? – Sam erre au milieu de ces terres vides et désolées et découvrira que la seule preuve d’une existence humaine sera une émission de radio diffusée dans tous les foyers et animée par un mystérieux Eddy. Sur cette radio, de nombreux auditeurs se confient sur leurs troubles personnels et sur les événements environnants. Il est notamment souvent question d’un mystérieux tueur qui rôde dans la région. Il va découvrir l’hostilité de la population locale et sombrer peu à peu dans la paranoïa.

capture-decran-2016-09-16-a-22-02-44Sam was here est un ovni, ce n’est rien de le dire. Sa quasi-absence de dialogues et la musique électro de Christine – pouvant rappeler celle de Birdy Nam Nam – font de ce film un objet rare, proche du style d’un Quentin Dupieux, tant sur le plan cinématographique que sur le plan musical (Mr Oizo). Il faut aussi noter que Sam was here partage avec Rubber (Quentin Dupieux, 2010) ce goût pour le style épuré, le minimalisme, le non-sens et l’absurde. Sans compter que les deux films partagent ce même immense désert californien dans lequel Sam s’enlisera. Au fil du film se dégage progressivement une ambiance de plus en plus austère et anxiogène : Sam est seul au milieu de lieux inhabités dans lesquels la menace d’un tueur dans la région est régulièrement évoquée à la radio et la première rencontre qu’il fera sera loin d’être chaleureuse ! Le film semble puiser son inspiration dans le survival ou du moins en respecte les codes. Sam doit faire face en très peu de temps à une série d’ennemis communs. Sam, le coupable parfait ? Sam was here nous fait aussi beaucoup penser à cette thématique du faux-coupable si chère à Hitchcock.

Mais le film de Christophe Deroo ne se cantonnera pas uniquement à cette grille de lecture puisque tout au long du voyage que vivra Sam, plusieurs questions surviendront : pourquoi Sam est-il pourchassé ? Les locaux sont-ils tous des rednecks complètement déséquilibrés ? Sam est t-il réellement responsable de quelque chose qui aurait pu froisser les habitants ? Est-il coupable sans le savoir ? Est-il schizophrène – un peu à la manière de Malcolm dans Identity (James Mangold, 2003) ? Quelle est cette lumière rouge sous forme de point qui apparaît à l’horizon sur l’affiche et aux moments-clefs du film ? Cette lumière rouge ne serait-elle pas le signal d’enregistrement d’une caméra ou d’un dictaphone, manière de dire que tout ce que dira ou fera Sam pourra être retenu à charge contre lui ?

capture-decran-2016-09-16-a-22-02-56La mise en scène de Deroo et ses choix scénaristiques favorisent clairement l’identification du spectateur à Sam. Comme lui, nous ne savons pas ce qui se passe et nous n’avons qu’une envie : que tout cela s’arrête. Effectivement, nous avons beau nous tirer les cheveux, ceci n’est pas un cauchemar même si certaines séquences renvoient à un certain onirisme effrayant. Je pense à cette longue séquence de personnage filmé de dos au corps nu – dont je ne vous livrerai pas l’identité ! – dansant mécaniquement, s’agitant au niveau des muscles et des épaules, jubilant, exerçant son contrôle un peu à la manière du mac dans la séquence où il fait danser sa prostituée dans La vie nouvelle (Philippe Grandrieux, 2002). Ou d’une autre manière, ne serait-ce pas l’expression d’un mal enfoui et d’une impossibilité à communiquer, comme Leatherface et cette danse macabre à la fin de Massacre à la tronçonneuse ? (Tobe Hooper, 1974)

Avec sa fin qui laisse une porte ouverte sur l’interprétation de ce que l’on vient de découvrir mais ne donne pas vraiment de réponse définitive, Sam was here dévoile tout son intérêt : chacun est libre de choisir la solution qui lui convient le mieux. Sam was here est un film qui vous fera réfléchir et qui, à coup sûr, ne vous laissera pas indifférent. Ingénieux, oppressant, nerveux, le film a tout pour vous plaire. Faut-il rappeler que ce film a été tourné en uniquement douze jours, ce qui relève d’une véritable gageure ! Lorsqu’on voit le résultat, on se dit que Christophe Deroo rend honneur au cinéma et participe au rayonnement du cinéma de genre français !


A propos Isir Showzlanjev

En parallèle d'une carrière psychosociale, Isir a hérité d'une pathologie incurable, à savoir visionner des films par lot de six. Il ne jure que par Sono Sion, Lynch, Polanski et voue un culte improbable à Fievel. Il aime aussi les plaisirs simples de la vie comme faire de la luge, monter aux arbres et manger du cheval.

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