Les Sept Mercenaires


Je ne trouve aucune blague à faire avec les dragées Fuca, cela me frustre terriblement alors je m’emploierai à rédiger un chapeau purement informatif. En ce 28 septembre 2016, Les 7 Mercenaires fait son entrée dans les salles françaises. Il s’agit d’un film réalisé par Antoine Fuqua appartenant au genre du western, des acteurs jouent dedans, il y a des décors, de la musique, des dialogues et un travail de montage a été effectué. J’aime que le choses soient claires.

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Le gouffre de Wilhelm

En vérité il y a plein de choses à dire, plus que ce que n’en laisse supposer cette introduction navrante. Les Sept Mercenaires annonce rien qu’avec son titre qu’il est en effet un remake des Sept Mercenaires réalisé en 1960 par John Sturges, qui était lui-même une adaptation des Sept Samuraïs de Akira Kurosawa, sorti lui en 1954. Kurosawa ayant lui-même ingurgité des kilotonnes de bobines des films de John Ford avant de faire ses films, c’est le serpent dans ma botte qui se mord la queue. Mais ce remake ne prend pour modèle que les Sept Mercenaires de 1960, aussi on va pouvoir recentrer un peu notre sujet pour se faciliter la vie. Avant d’entrer dans le vif du sujet, parlons un peu du film de John Sturges. Celui-ci racontait comment trois paysans mexicains désespérés décidaient de faire appel à des mercenaires pour corriger l’infâme Calvera et sa bande qui avait pris pour habitude de piller régulièrement leur village. Le premier mercenaire qui accepte de les aider malgré l’offre famélique des paysans, « I’ve been offered a lot for my work, but never everything », entreprend alors 1quelques détours pour recruter six autres as de la gâchette. Une fois réunis au village, ils s’emploient alors à préparer les défenses avant le retour de Calvera et à apprendre l’art de la poudre aux paysans. Si vous ne l’avez pas encore vu, je vous suggère de vous le procurer puisque l’histoire racontée dans son remake est assez différente. De plus, les Sept Mercenaires (toujours celui de 1960) fait partie de cette catégorie de westerns encore cool à regarder car postérieurs à ces décennies de westerns conservateurs, manichéens et classiques. En effet, peu de temps après s’enclenchait un renouveau du genre avec des films comme L’Homme qui tua Liberty Valance (John Ford, 1962) mais surtout toute la vague de western italiens pour enfin arriver au western crépusculaire dont Sam Peckinpah reste l’un des plus fameux représentants. Bref, parmi ces films ayant fait la transition entre les westerns pour les cours de cinéma et ceux véritablement intéressants à regarder, on peut dire que Sturges a sorti son remake au bon moment.

Tout ça pour dire que faire « encore » un remake de ce film peut sembler être un projet valable, en tout cas sa simple évocation ne me donne pas envie de molester ses producteurs avec une chaussette lestée – ton tour viendra, Ghost in the Shell). Bref. Allez savoir si Donald Trump a réussi à fourrer son sale pif dans le scénario, mais dans cette nouvelle version, exit le village mexicain. La menace porte un nouveau nom, celle de Bartholomew Borgue (Peter Sarsgaard), un riche et crapuleux d’industriel qui tyrannise les bourgades pour détourner ses matières premières (principalement de l’or). Emma Cullen (Haley Bennett) fuit le village et s’en va engager des mercenaires pour corriger l’infâme, attention on va voir si vous avez suivi, Borgue. Sam Chisolm (Denzel Washington) accepte à la mention du nom du malfaiteur. « I’ve been offered a lot 2for my work, but never everything », ils se mirent en route pour réunir six autres mercenaires, vous connaissez la suite. Chacun des mercenaires renvoie plus ou moins précisément à ceux du film original (à l’exception de Chris Pratt qui se contente de jouer le rôle de Chris Pratt) et l’histoire peut reprendre son cours. Une fois la troupe réunie en ville, ils s’affairent à préparer les défenses et entraîner les paysans pendant une semaine, avant l’affrontement final contre les troupes de Borgue. A ce compte-là, le film de Sturges révélait plus de subtilité dans le déroulement de l’histoire, ici les sept mercenaires et les paysans nous font une repompe du Gouffre de Helm (et avec cette scène en tête, difficile de ne pas penser à la mort de Boromir lors d’une autre bien précise) avant l’affrontement final et basta. Ce remake décide de tirer un trait sur les questionnements moraux abordés dans le film de 1960 et il aurait gagné à l’assumer plutôt que de disséminer des indices ou des débuts de développements d’intrigue pour tenter de donner de la consistance à ses personnages.

Au final, ce remake a au moins le bon goût de ne pas plus se calquer sur les Sept Mercenaires de 1960 que John Sturges sur les Sept Samuraïs. Cela témoigne d’un respect de son modèle et également d’une volonté de ne pas chercher à le remplacer et c’est la moindre des choses. Évidemment, quelques répliques et événements nécessaires sont présents, celle mentionnée plus haut, la fameuse blague du mec qui tombe de 10 étages (qui dans le cas présent passe à 5 étages et est rappelée lourdement pas Chris Pratt), le monologue en off de fin, etc. Je parlais également de western crépusculaire plus haut, lorsqu’il fallait situer les Sept Mercenaires de 1960 quelque part. Sans en faire partie, il commençait déjà à diriger l’empathie du spectateur sur une troupe de bad-guys, même si en l’occurrence aucun ne semblait être vraiment mauvais ou des bons salopards comme Clint Eastwood ou les compères de La Horde Sauvage. Dans ce remake, Antoine Fuqua choisit d’insister un peu sur ces éléments, bien qu’aucun des sept mercenaires ne semble au final vraiment mauvais, notamment lors de l’apparition d’une Gatling contrôlée par les hommes de Borgue. La Gatling, c’est cet ancêtre de la mitraillette, cette arme 4à feu sans gâchette surpuissante qui rompt avec tous les accords tacites du duel au revolver ou au fusil et ainsi avec tous les codes du western tels qu’ils s’établirent entre le genre et le spectateur. Elle désigne directement son utilisateur comme le vrai enfoiré de l’histoire, celui qui n’a que faire des traditions que même les plus viles fripouilles respectaient, elle désigne son utilisateur non pas seulement comme le méchant du film, mais comme le méchant du genre western dans son ensemble. Il est celui qui veut passer à une autre époque, une époque où l’industrie exige les matières premières au prix d’une répartition équitable des richesses. L’analyse de Antoine Fuqua ne porte pas beaucoup plus loin, mais sa re-contextualisation de l’histoire des Sept Mercenaires reste valable, avec un propos légèrement plus appuyé sur la religion qu’il ne l’était dans le film de 1960 où il n’occupait que de brèves minutes au début du film.

La généralisation des remakes et reboots à la pelle pose problème, toutefois elle n’est pas neuve dans l’histoire du western, j’ai notamment en tête Pale Rider, et dans le cas présent Antoine Fuqua gère plutôt correctement son affaire. Je trouve Chris Pratt en trop comme dans chacun des films où il joue parce qu’il ne joue rien d’autre que lui-même, mais en dehors de ça la nouvelle équipe fonctionne bien même si elle ne laisse pas vraiment qui que ce soit se démarquer en dehors de Denzel Washington, très bon à sa manière, même dans un registre différent du charismatique de Yul Brynner. Sur un plan assez formel, il y a quelques séquences de dialogues montées à la Gatling comme celle dans l’église au début, quelques aberrations optiques ayant tendance à un peu trop voiler les paysages mais sa mise en scène et sa gestion des scènes d’action, tout se passe relativement bien comme dans tout bon western moderne qui se respecte. Bilan plutôt positif, comme un 15/20 en histoire-géo, après de là à ce qu’on en fasse un remake…


A propos de Nicolas Dewit

Maître Pokémon depuis 1999, Nicolas est aussi champion de France du "Comme ta mère" discipline qu'il a lui même inventé. Né le même jour que Jean Rollin, il espère être sa réincarnation. On sait désormais de source sure , qu'il est l'homme qui a inspiré le personnage du Dresseur "Pêcheur Miguel" dans Pokemon Rouge. Son penchant pour les jeux vidéoludiques en fait un peu notre spécialiste des adaptations cinématographiques de cet art du pauvre, tout comme des animés japonaises pré-Jacques Chirac, sans vraiment assumer.

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