Rester Vertical


Parce qu’il a aussi sa place (indéniable) sur Fais Pas Genre, l’intrigant Rester Vertical et Alain Guiraudie montrent qu’en France aussi, on sait faire un cinéma singulier et éloigné de nos propres clichés.

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A l’horizontale

Dire qu’Alain Guiraudie a «une patte » est un doux euphémisme, face à la neurasthénie CSP +++ parisianno-centrée de la majorité des films français dont les affiches trônent à l’entrée des salles. Depuis Ce vieux rêve qui bouge jusqu’à L’inconnu du lac (certainement ses deux travaux les plus reconnus), son cinéma cohérent, aussi bien thématiquement que dans une forme qu’on pourrait juger distante (on a l’impression que le bonhomme ne connaît quasiment que le rapproché-taille) est une bouffée d’air, faisant fi des conventions, des attentes du public, et des genres cinématographiques.  A Cannes, où il a été présenté en sélection officielle mais n’a bien entendu eu aucun prix (ça se saurait si le festival293617 récompensait l’audace), et surtout chez votre serviteur, Rester Vertical a éveillé la curiosité et je crois une assez bonne réception critique, un peu rassurante quand même.

Rester Vertical c’est en fait l’itinéraire d’une vie condensé en 1h40, de la rencontre amoureuse, l’installation de la vie familiale, le premier enfant, la mort des aînés etc…Bon, il faut le dire, plutôt dans une optique de dégénérescence, pour le personnage principal Léo qui perd peu à peu tout ce qu’il construit ou obtient. Le titre est limpide, cette verticalité c’est celle symbolique de tenir bon face à l’adversité, même quand cette adversité (symbolisée dans une très belle scène par les loups) est menaçante, brutale, et définitivement peu en notre faveur. En cela, le film est une espèce de récit initiatique, entre le roman d’apprentissage (ou de désapprentissage)  et le conte moral irréel (cette thérapie où Léo se branche littéralement aux plantes, la scène avec le groupe de clochards qui semble digne d’un film de zombies) avec une moralité de l’aveu rester_1même d’Alain Guiraudie volontiers biblique, surtout dans la dernière séquence (oui j’en ai déjà fait mention, et alors ? Y a une règle sur la double mention ? Ah Oui ? Bah où ? J’attends. Allez, j’attends !).

Bien évidemment, Guiraudie ne serait pas ce réalisateur aussi singulier s’il se contentait de livrer sa petite fable sur la vie et le combat existentiel d’un bonhomme lambda. La patte Guiraudie est d’abord visuelle et formelle : les plans sont larges, souvent, ils respirent, laissent tout l’espace aux comédiens, et très souvent en extérieur, certainement une majorité du film. Les films de Guiraudie donnent toujours cette impression d’air, de contact ouvert avec la nature, même quand les personnages sont dans une situation étriquée, personnellement. Puis la patte est dans sa vision du monde, et sa très belle vision des êtres : chez Guiraudie, est fascinante sa capacité à libérer les cœurs ou les corps au-delà des normes sociales et préjugés. Agriculteur bourru n’obéissant absolument pas aux critères mannequins, vieillard malade, tout le monde désire, tout le monde ne demande qu’à aimer, et surtout ose le faire. Alors oui il ne faut s’offusquer de rien, ne pas se choquer qu’un berger solitaire chuchote « J’ai envie de toi » à Léo, ou de voir un sexe de femme en gros plan comme dans L’origine du monde, mais oublier ce qu’on connaît et voir Rester Vertical et la filmographie de son réalisateur comme une retranscription de l’être de désir qu’est l’Homme. Peu importe tant qu’on s’aime, disait l’autre.


A propos de Alexandre Santos

En parallèle d'écrire des scénarios et des pièces de théâtre, Alexandre prend aussi la plume pour dire du mal (et du bien parfois) de ce que font les autres. Considérant "Cannibal Holocaust", Annie Girardot et Yasujiro Ozu comme trois des plus beaux cadeaux offerts par les Dieux du Cinéma, il a un certain mal à avoir des goûts cohérents mais suit pour ça un traitement à l'Institut Gérard Jugnot de Jouy-le-Moutiers. Spécialiste des westerns et films noirs des années 50, il peut parfois surprendre son monde en défendant un cinéma "indéfendable" et trash.

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