Le Monstre de Londres


Avant Lon Chaney Jr dans Le Loup-Garou (1941) la saga Universal Monsters avait déjà traité de la lycanthropie dans un film méconnu, mais sublime : Le Monstre de Londres (1935). Rejoignant la riche collection des suites des fameux Universal Monsters éditée par Elephant Films.

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Tous aux abois

Bien qu’on ait coutume de considérer Le Loup-Garou (George Waggner, 1941) comme le premier des films de la saga Universal Monsters mettant en avant le célèbre lycanthrope, incarné par Lon Chaney Jr, le vrai premier film du studio mettant en avant le célèbre monstre est bien Le Monstre de Londres (1935) réalisé par Stuart Walker. Artilleur de seconde zone, il est à ce moment à la toute fin de sa carrière, puisqu’il mourra assez jeune, six ans plus tard, sans jamais refaire de film. Ici, l’histoire débute au Tibet, une province maintes fois visitée par le cinéma américain de cette époque et à laquelle on aimait prêter tout un folklore mystique. Le Docteur Glendon, en expédition dans les montagnes tibétaines pour trouver une fleur très rare, qui ne pousserait que les soirs de pleine lune (tiens, tiens…) se fait attaquer par une bête humanoïde étrange. De retour dans le Londres mondain, le pauvre gugusse est en proie à des terreurs nocturnes un peu… Spéciales, puisqu’il se transforme en loup quand la pleine lune pointe le petit bout de son nez. Conscient d’être victime d’une terrible malédiction, il se met alors en quête d’une fleur asiatique qui pourrait le soigner.

monstre-de-londres-01-1-gCommençant comme un film ethnographique à la Chang (Ernest B. Shoedsack & Merian C. Cooper, 1927) le film surprend par le virage brusque qu’il prend vers le drame mondain, hommes en costumes portant aussi fièrement la moustache que Cary Grant, haut de forme, dames chapeautées et chiens en sac à main. Le fantastique se niche donc progressivement dans ce drame bourgeois assez classique. Le film est intéressant parce qu’il convoque deux grands motifs du cinéma fantastique à savoir la figure du loup-garou bien entendu, mais aussi celle de la plante magique, dangereuse, carnivore et fascinante que l’on retrouvera notamment dans La Révolte des Triffides (Steve Sekely, 1963), La petite Boutique des Horreurs (Roger Corman, 1960) ou encore plus récemment des films comme Jumanji (Joe Johnston, 1995) ou Phénomènes (M.Night Shyamalan, 2008). Fascinant à bien des égards, le film, conçu pourtant comme un film court destiné aux doubles programmes d’exploitation – il dure à peine une heure et dix minutes – surprend par sa facture plus qu’honorable et notamment pat sa photographique magnifique signée par le Hongrois Charles J. Stumar – dont le travail exceptionnel sur La Momie (Karl Freund, 1932) ou encore Le Corbeau (Lew Landers, 1935) en fait l’un des chefs opérateurs les plus sous-estimés de sa génération. Éclairé comme un film expressionniste allemand, avec ses clairs-obscurs prononcés, ses ombres portées rendant le monstre gigantesque, ses lumières lunaires brillantes fendant un ciel d’un noir profond, le film assume son héritage direct et évident : la littérature gothique traditionnelle peu avare en descriptions des ambiances lumineuses et le cinéma de Friedrich Murnau, en premier lieu son cultissime Nosferatu, le Vampire (1922), dont les jeux de silhouettes sont largement cités ici et qui reste, quelque part, le père de tous les Universal Monsters. La mise en scène de Walker, inspirée, assez gracieuse, n’est pas non plus avare en mouvements d’appareil bluffants d’ingénieurie, mention spéciale pour le plan-séquence (un faux, l’un de ceux qui rusent en faisant passer quelque chose devant la caméra pour couper discretos) de la première transformation du monstre, qui, fait rare pour l’époque, est plutôt très convaincant. Ses prothèses floquées de poils hirsutes sont à mon sens bien plus réussies que celles que portera quelques années plus tard Lon Chaney Jr. dans Le Loup Garou (1941), parce qu’elles laissent transparaître davantage l’émotion du comédien, rendant la bête beaucoup plus humaine, certes moins terrifiante, mais beaucoup plus touchante. loupÀ ce titre, le maquillage rappelle l’un des plus beaux costumes de cinéma qu’on ait vu, à savoir celui porté par Jean Marais dans le chef-d’œuvre de Jean Cocteau, La Belle et la Bête (1946) – dans lequel on retrouve par ailleurs cette même fascination presque mystique pour les fleurs et leurs supposés pouvoirs, plus ou moins qu’on soit chez Cocteau ou plus tard Disney.

Comme toujours, l’édition proposée ici par Elephant Films est d’une grande richesse. Comme le reste de la collection – qui commence à se faire conséquente, voyez notre dossier consacré aux Universal Monsters dont beaucoup des titres chroniqués sont de la même édition – Le Monstre de Londres bénéficie d’un joli coffret, comprenant un DVD et une réédition Blu-Ray parfaite, image et son au cordeau, visuel qui dépote et comme toujours chez cet éditeur, un soin particulier pour les suppléments. Toujours présenté par le très mondain Jean-Pierre Dionnet, qui présente le film de manière toujours aussi pertinente et intéressante, ainsi que le mythe du loup-garou dont on sent qu’il est un grand admirateur. Laissez-vous tenter par l’édition prestige, car elle offre en supplément un livret de douze pages sur le film par Damien Aubel, rédacteur en chef de Transfuge. Un bel objet, encore un.


A propos Joris Laquittant

Sorti diplômé de la Fémis en Montage en 2017, Joris obtient son diplôme d'éleveur de Mogwaï dès l'âge de huit ans. Quand il ne dessine pas sur Dé'Ciné (decine.fr), il aime écrire sur le cinéma qui fait pas genre. Il est aussi membre fondateur de "L'Association pour la réhabilitation de l'importance de Walt Disney dans l'histoire du cinéma". Sa voyante dit que son signe astral est David Cronenberg ascendant Joe Dante, et il suit un traitement d'acupuncture trois fois par semaine pour soigner son addictions mono-maniaque aux flare bleus.

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