La Créature est parmi nous


Troisième et dernier volet de la trilogie consacrée à l’homme poisson le plus célèbre de l’histoire du cinéma, La Créature est parmi nous resort chez Elephant Films dans sa collection Cinema Monster Club qu’on ne vous présente plus.

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Tous les mythes ont une fin

Si les deux premiers volets sont considérés à juste titre comme des films cultes, c’est surtout et d’abord parce qu’ils sont réalisés par Jack Arnold, réalisateur de science-fiction et de fantastique récemment réévalué par une myriade de rétrospectives, hommages et ressortie de ses plus grands chefs-d’œuvres. En outre, si La Créature est parmi nous (1956), troisième et dernier volet de cette trilogie essentielle de la saga des Universal Monsters ne bénéficie que d’une réputation moindre, c’est probablement dû fait qu’il n’est pas réalisé par Jack Arnold mais par un débutant pour l’époque, l’assistant-réalisateur des deux premiers volets, un certain John Sherwood, et aussi, accessoirement, que les troisièmes volets traînent toujours cette réputation d’être souvent un peu moisis. Le mot serait trop grand et injuste pour qualifier La Créature est parmi nous car le film revêt quand même quelques intérêts qui n’en font certes pas le meilleur film de la collection Universal Monsters, mais tout du moins, pas le moins bon !

Comme les deux premiers épisodes, le film commence sur un navire où se réunissent le fleuron de la science. Leur but ? Une nouvelle fois, capturer la pauvre créature qui après avoir été extirpée de son milieu naturel et exhibée à la foule dans le second film avait réussi à s’échapper. Coulant désormais des jours heureux dans les Everglades, elle attise la convoitise de cet escadron d’Avengers de la Science, dont le leader a le projet fou d’en faire le cobaye de son expérience de mutation avec un être humain. Un petit air de déjà-vu, le scénario amuse parce qu’il nous rappelle que Universal a récemment recyclé les scénarios des deux suites de la Créature pour écrire celui de Jurassic World (Colin Trevorrow, 2015). La Revanche de la Créature (Jack Arnold, 1955) et son scénario centré autour de l’enfermement d’une créature dans un parc zoologique dont elle va s’évader était bien évidemment une resucée de King Kong (Ernest B. Shoedsack & Merian C. Cooper, 1933) mais le canevas du film rappelle bien évidemment aussi celui de Jurassic Park (Steven Spielberg, 1994), preuve en est que le cinéma américain ne fait que réemployer advitam eternam les photo-la-creature-est-parmi-nous-3271-3mêmes poncifs. Si vous mixez le scénario de cette première suite, à celui de la seconde dont il est question ici, avec ses histoires de manipulations génétiques dans le but de créer une créature inédite, vous obtenez donc à peu près Jurassic World.

A l’occasion de ce troisième film, le costume du monstre est revu et corrigé, moins sinueux que l’original, cette créature là est moins amphibique qu’humaine et en perd donc quelques-uns de ses traits les plus distinctifs pour ressembler un peu plus au tout venant des monstres humanoïdes pullulant à cette époque. On pense bien évidemment aussi à un autre monstre du catalogue, l’indétrônable créature de Frankenstein (James Whales, 1931) auquel cette nouvelle créature hybride emprunte la démarche pataude et mécanique. Une allure en forme de lieu commun du cinéma de genre qui aura ses répercutions sur les diverses représentations de la fameuse Momie (Karl Freund, 1932), et jusqu’à, plus récemment, le bloc monolithique incarné par Arnold Schwarzenegger dans Terminator (James Cameron, 1984) avec lequel la nouvelle créature partage le plaisir de la gonflette. On retrouve par ailleurs, dans cette image puissante du corps de la créature inanimée sur une table d’opération, banderilles lui recouvrant le corps, la double image évocatrice de la créature de Frankenstein, de la Momie bandée et d’une certaine manière du fameux Homme Invisible (James Whale, 1933). Les monstres se contaminent entre eux, s’inspirent, le mythe du Guilman mourra après ce troisième film – il n’y aura en effet plus jamais de suite – sûrement parce qu’il aura été littéralement gobé et contaminé par les autres monstres plus emblématiques de la firme. On retrouve d’ailleurs dans le personnage du scientifique menant son incroyable expérience de mutation, quelques traits de caractères similaires à ceux du fameux Docteur Frankenstein, scientifique mégalo qui se prend pour Dieu, manipulant et donnant la vie. Le film n’a donc pas grand intérêt pour son inventivité, puisqu’il réemploie les motifs et idées déjà sur-exploités par la majorité des Universal Monsters réalisés avant lui. Néanmoins, il paraît essentiel de ne pas le dissocier de la seule trilogie de la collection, conçue visiblement comme telle. Bien qu’un peu répétitifs, les trois épisodes proposent une réelle trajectoire pour la créature et forment une continuité logique et dramatique indissociable. Brûlot écologiste en avance sur son temps, réflexion manifeste sur la condition animale, la déforestation, le devenir 3d-cinemonsterclub_creaturelacnoir_creature_est_parmi_nous.0de la planète, la saga – parce qu’elle n’a pas été plus loin que le troisième épisode contrairement à celles des autres monstres qui ont finies par tourner très vite en rond jusqu’à rencontrer Abbott et Costello, les trublions comiques de Universal… C’est dire – reste sans aucun doute la plus réussie et essentielle de la collection Universal Monsters.

Du côté de cette édition, si l’on regrettera qu’elle ne bénéficie pas comme certains autres titres de la même collection édités par Elephant Films d’un fourreau réunissant le film dans des versions Blu-ray et DVD (ici, on se contentera de l’antique format) on ne peut qu’une nouvelle fois saluer, au risque de se répéter – car nous avons déjà chroniqué de nombreux titres de cette collection consacrée aux Universal Monsters, voir notre dossier – le soin accordé à l’objet, qui du packaging jusqu’aux bonus où l’on retrouve l’ami Dionnet, fidèle au poste, pour nous présenter le film et nous parler un peu de cette créature mythique. Vous l’aurez compris, encore une édition qui mérite tous les honneurs d’autant plus que la qualité du master est ici plus qu’honorable, le catalogue Universal bénéficiant, grand bien nous en fasse, d’un soin tout particulier de conservation pour tous ses films, même ceux de série B comme celui-ci. Une collection n’a rien d’intéressant quand elle n’est pas complète. Film mineur peut-être, mais film rare, trouvez-lui sa place de choix, il le mérite.


A propos Joris Laquittant

Sorti diplômé de la Fémis en Montage en 2017, Joris obtient son diplôme d'éleveur de Mogwaï dès l'âge de huit ans. Quand il ne dessine pas sur Dé'Ciné (decine.fr), il aime écrire sur le cinéma qui fait pas genre. Il est aussi membre fondateur de "L'Association pour la réhabilitation de l'importance de Walt Disney dans l'histoire du cinéma". Sa voyante dit que son signe astral est David Cronenberg ascendant Joe Dante, et il suit un traitement d'acupuncture trois fois par semaine pour soigner son addictions mono-maniaque aux flare bleus.

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