Krampus 2


Malgré sa distribution catastrophique en France, nous avons vu Krampus, film d’horreur de noël qui sortait chez nous en mai – logique – une bonne surprise qui nous rappelle les saveurs d’un cinéma qu’on croyait disparu.

krampus

Oh Holy Night…

Au risque de me répéter, vous le savez surement si vous nous suivez régulièrement, je regrette depuis un moment la disparition d’un certain cinéma qu’on appelait comédie d’horreur familiale – voir mon article qui en parle plus en détails. Ce genre a eu son heure de gloire durant les décennies 80 et 90 porté par des réalisateurs comme Joe Dante, Richard Donner, Tim Burton ou encore Barry Sonnenfeld, avant de tomber progressivement en désuétude, le jeune public ayant désormais accès à des films moins enfantins mais tout aussi effrayants de par leur violence graphique et symbolique. Enfant des années 90, je regrette ce cinéma qui a fait de moi le cinéphile que je suis, plus encore, la personne que je suis. Ce cinéma-là m’a éduqué à avoir peur et à en rire. Ce cinéma-là est fait pour provoquer chez le jeune public des émotions contraires, comme un tour de train fantôme dont on ressort hilare d’avoir eu la frousse. Ce cinéma-là, c’était un Gremlins (Joe Dante,1984) passé au mixeur, une famille de freaks aussi adorables que flippants dans La Famille Adams (Barry Sonnenfeld, 1991), l’Alien cafard d’une impressionnante laideur de Men in Black (Barry Sonnenfeld, 1997) ou encore le monstre Sinok des Goonies (Richard Donner, 1985) capable de nous émouvoir aux larmes après nous avoir tant effrayés. C’est à ce cinéma-là que se réfère, sans s’en cacher le moins du monde, le réalisateur Michael Dougherty qui signe avec krampus_still_3Krampus son second film après avoir réalisé Trick’r Treat en 2007, remarqué alors, déjà, pour sa nostalgie d’un certain cinéma d’horreur. Comme son titre l’indique, ce premier film était une comédie d’horreur se déroulant le soir d’Halloween. Amusant quand on sait qu’avec son second film, dont il est ici question, le réalisateur s’attaque cette fois, toujours sous le prisme de la comédie d’horreur familiale, au sous-genre à part entière du film de noël. Tracerait-il ainsi les pourtours de ce qui pourrait être vu comme un diptyque ? A moins qu’il faille attendre un troisième film, qui pourrait être un film d’horreur sur le lapin de Pâques, pour pouvoir parler de trilogie ?

Quoi qu’il en soit, en s’aventurant une nouvelle fois sur les sentiers de la comédie d’horreur familiale le réalisateur assume son affiliation volontaire à un certain cinéma révolu, un héritage d’autant plus marquant du fait qu’il ose par ailleurs avec Krampus, s’attaquer à un autre genre très en vogue dans ces mêmes années bénies : le fameux film de Noël, dont Gremlins, encore une fois, est peut-être l’un des plus célèbres ambassadeurs aux côtés des non moins célèbres Maman, j’ai raté l’avion (Chris Colombus, 1990), Allô Maman, c’est Noël (Tom Ropelewski, 1993), Fantômes en Fête (Richard Donner, 1988) ou encore Super Noël (John Pasquin, 1994). Mais alors Krampus est t-il l’un de ces nombreux films de Noël dans lequel il faut retrouver le Père Noël disparu ? Non. L’histoire est celle du jeune Max, un garçon qui aime la magie de Noël, si bien qu’il continue malgré son âge à croire en l’existence du fameux barbu, et ce même si ses cousins et cousines lui racontent que tout ça n’est qu’un coup marketing de Coca-Cola. Cette année là, toute sa famille se réunit chez ses parents pour célébrer ensemble la naissance de Jésus, mais la réunion de famille est électrique, ce qui exaspère Max qui, las des chamailleries, décide de bouder la célébration sans se rendre compte que ce manquement aux traditions va provoquer des événements, dirons-nous… Fâcheux. En effet, quiconque renonce à faire sa lettre au Père Noël, mettre les boules au sapin, ou manger de la dinde élevée en batterie risque de subir les foudres de Krampus, un démon ancestral, le versant satanique – et surtout allemand, toujours dans les sales coups ceux-là, décidément – de notre Krampus (1)bon vieux père fouettard, tête cornue et sabot de bouc en plus. Déferlant sa colère sur le village de Max et plus généralement sur toute sa petite famille, Krampus transforme toutes les figures de Noël – de l’angelot aux petits jouets flippants, en passant par les petits bonshommes de pain d’épice – en monstres assoiffés de sang.

La galerie de petits monstres de Noël fait partie des réjouissances inattendues du film – bon du coup si vous l’avez pas vu, même si je ne doute pas que mon article va vous convaincre de regarder le film, le côté inattendu sera pas forcément au rendez-vous, veuillez m’en excuser – où le réalisateur s’amuse à citer en vrac le fameux Gremlins, les clowns qui prennent vie dans Poltergeist (Tobe Hooper, 1982), ainsi que Toy Story (John Lasseter, 1995) et sa séquence effrayante durant laquelle Woody fait connaissance avec les jouets mutants de l’affreux Sid. Un réjouissant programme qui s’accompagne de son jeu de massacre délirant bien que le film ne se réfugie pas pour autant dans les facilités d’une comédie gore référentielle. Alors que son affiche laissait présager une relecture horrifique du mythe du Grinch (Ron Howard, 2000), Krampus surprend en proposant une créature inédite, tout en tissant sa propre mythologie aux détours notamment d’un superbe flash-back animé – qui rappelle, aussi bien dans son animation que dans sa poésie funeste et mélancolique, l’atmosphère si particulière des films d’Henry Selick tels que L’Etrange Noël de Mister Jack (1993) ou Coraline (2009) – et d’un final aussi sombre que magique, où l’on apprécie la beauté terrifiante de la créature et l’émotion glaçante qu’elle dégage, tout autant que le recours malin à un faux happy-end grinçant qui conclut le film en cauchemar éveillé. Film de Noël sorti chez nous en mai – faudra qu’on m’explique la logique des distributeurs d’Universal, dont la clairvoyante connerie a permis au film de faire à peine 3000 entrées… – Krampus est donc passé totalement inaperçu mais pourrait s’imposer à terme, grâce à la vidéo, comme l’une des références du genre, réalisée peut-être vingt ans trop tard.


A propos Joris Laquittant

Sorti diplômé de la Fémis en Montage en 2017, Joris obtient son diplôme d'éleveur de Mogwaï dès l'âge de huit ans. Quand il ne dessine pas sur Dé'Ciné (decine.fr), il aime écrire sur le cinéma qui fait pas genre. Il est aussi membre fondateur de "L'Association pour la réhabilitation de l'importance de Walt Disney dans l'histoire du cinéma". Sa voyante dit que son signe astral est David Cronenberg ascendant Joe Dante, et il suit un traitement d'acupuncture trois fois par semaine pour soigner son addictions mono-maniaque aux flare bleus.


Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

2 commentaires sur “Krampus