Posters Rieurs : Visions et Dérisions


Jean-Pierre Putters et son complice John Capone, s’amusent à détourner les affiches de films célèbres dans un joyeux bouquin que l’on conseille à tous les amateurs cinéphiles de jeux de mots grivois.

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Putters se tappe l’affiche !

On ne présente plus Jean-Pierre Putters, quoi que, pour les six couillons du fond qui ne suivent pas, sortent d’hibernation – très lointaine – ou pensent que Mad Movies a toujours été la revue de Fausto Fasulo, une petite piqûre de rappel ne ferait pas trop de mal. Putters est une figure presque mythologique de la cinéphilie de genre française, fondateur emblématique de la revue Mad Movies en 1972 – du temps ou il était encore intéressant de la lire – et de la librairie Movies 2000, située tout prês de Notre-Dame à Paris, véritable temple ou caverne d’Ali Baba, au choix, pour tous les amateurs d’un autre cinéma, que l’on ne peut pas acheter à la FNAC. Retraité de la rédaction de Mad, Jean-Pierre Putters se consacre aujourd’hui à la production de films avec sa boîte Metaluna Productions à qui l’on doit entre autres Aux Yeux des Vivants (Julien Maury & Alexandre Bustillo, 2014) et qui s’apprête à co-produire le nouveau Joe Dante Labirintus avec Lorànt Deutsch dans le rôle d’un ingénieur – Kamoulox ! – mais aussi à l’écriture de livres, dont les fameux Ze Craignos Monsters – quatre volumes anthologiques – méritent une place de choix dans vos bibliothèques, sans oublier son excellente autobiographie parue chez Rouge Profond : Mad, ma vie ! . Après avoir mis la lumière sur les affiches de cinéma 2ghanéennes dans un super livre en 2011, Putters s’associe cette fois avec John Capone, un ami à lui, graphiste de son état et auteur du fanzine Sac à cadavres, pour s’amuser à détourner des affiches de films célèbres, en malmener les titres, pour les amener vers des retranchements aux potentiels bisseux insoupçonnés.

Difficile d’écrire un article qui s’aventurerait du côté de la critique, qu’on se le dise d’emblée, ce n’est pas dans Posters rieurs visions et dérisions, que vous trouverez du style et de la grande littérature, bien que Jean-Pierre Putters et son complice ne se foutent pas totalement de notre gueule puisqu’ils proposent, en marge de leurs détournements culottés (ou déculottés), une présentation détaillée des films piratés par leur verve. Dans son avant-propos, le plus Mad des critiques cinéma, explique son amour pour les détournements de titres de films, souvent grivois, et ce depuis, dit-il, sa plus tendre enfance. Vous l’aurez donc compris, le livre est d’abord destiné à ceux et celles qui, comme son auteur, apprécient les détournements et l’art de l’affiche de cinéma : malheureusement sacrifié en même temps que le cinéma bis et les cinémas de quartiers, sur l’autel du cinéma de festival, des multiplexes et de Photoshop. Plutôt que vous en déflorer l’entièreté du programme, je vais bien sûr me limiter à quelques exemples, drolatiques et parfois volontairement navrants.

L’un des premiers films dont l’affiche est piratée par le duo est le chef-d’oeuvre Douze hommes en colère (Sidney Lumet, 1957) qui devient pour l’occasion Douze hommes en couleurs, la resortie en technicolor du classique de Lumet auquel Putters s’amuse à ajouter une petite phrase d’accroche pas piquée des hannetons : Cette fois, Henry Fonda vote comme les autres au premier tour et on gagne un de ces temps ! Profitons du paragraphe qu’il me reste pour vous en donner plusieurs en vrac, comme Le Voleur de Bicyclette (Vittorio de Sica, 1948) qui devient… Le Violeur de Bicyclette, Mr. Smith au Sénat (Frank Capra, 1939) change de programme pour visiter un lieu plus chaleureux dans Mr. Smith au Sauna, sans oublier la version Odorama de la comédie musicale de Jacques Demy, Les Demoiselles de Rochefort (1967) renommé au passage Les Demoiselles de Roquefort ou les films qu’on aurait 1vraiment envie de voir comme Le nez au derrière à Marienbad relecture qui a du flair du film réalisé en 1961 par Alain Resnais, ou mon préféré devant l’éternel, Mad Marx !

Allez je vais éviter de vous en citer un peu trop, vous passeriez à côté du plaisir rigolard de les découvrir. Il y en a tout de même cinquante, certaines moins inspirées que d’autres, bien entendu, mais beaucoup sont suffisamment amusantes pour que vous refermiez le livre avec la banane. Edité par Metaluna – l’éditeur du disparu fanzine du même nom, que l’on regrette ardemment – le livre contient 110 pages et est vendu au prix de 19 euros, raisonnable quand on sait qu’il ne bénéficie pas d’un gros éditeur et qu’il est un peu fabriqué home-alone. Posters rieurs visions et dérisions se trouve, j’imagine, un peu partout, dans les boutiques spécialisées, mais on ne saurait que vous conseiller d’aller vous le procurer, si possible, à la boutique Movies 2000 qui se fait appeler aujourd’hui Metaluna Store, et qui réside 7 rue Dante (ça s’invente pas) à Paris. Avec un peu de bol, vous pourrez même y croiser Jean-Pierre Putters pour vous faire gribouiller une dédicace.


A propos de Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre (ou inversement). A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu. Ses spécialités sont le cinéma de genre populaire des années 80/90 et tout spécialement la filmographie de Joe Dante, le cinéma de genre français et les films de monstres.

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