101 nanars : Anthologie du cinéma affligeant mais hilarant


Le journaliste François Forestier, après mise à jour, réédite son anthologie du nanar sortie une première fois en 1996. L’occasion pour nous de vous en toucher quelques mots et de découvrir aux passages quelques perles qu’on ne manquera pas de vous chroniquer à l’occasion.

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Nanarnère !

Depuis un peu plus d’une dizaine d’années, le terme de nanar s’est non seulement généralisé, mais est même devenu un vrai signe de coolitude. Ces gentils films bidons ont connu une nouvelle jeunesse, grâce à l’apport généreux et passionné de quelques aficionados qui les ont portés aux nues et défendu le plaisir coupable qu’on pouvait avoir en les regardant. C’est bien sûr au site Nanarland, créé en 2001, que l’on doit plus qu’à d’autres d’avoir démocratisé la culture nanardesque dans les cours de récré, créant des générations de cinéphiles largement décomplexés. Nous-mêmes, disposons d’une catégorie particulière, consacrée à ces mauvais films qu’on adore – elle s’appelle Cinébide –l’occasion pour nous d’y écrire des articles aussi drôles que les films (on l’espère en tout cas) et de lâcher nos plumes dans la potacherie et les blagues douteuses. C’est un peu aussi ce vers quoi va François Forestier, journaliste de son état – il officie à L’Obs mais a aussi travaillé dans la presse cinéma chez Première ou Studio Magazine – avec son livre 101 nanars : Une anthologie du cinéma affligeant mais hilarant. Édité pour la première fois en 1996, le livre a le droit à une réédition cette année, vingt ans après, l’occasion pour l’auteur de remettre à jour sa liste en supprimant quelques films et en ajoutant d’autres plus récents. Une entreprise périlleuse si l’on en croit l’auteur, qui dans son avant-propos précise à quel point il est triste de constater qu’en vingt ans, le nanar a presque disparu, laissant sa place à de simples mauvais films, ou au mieux, simplement ennuyeux.

73565885Pavé de presque 400 pages, le livre se parcourt malgré tout d’une traite avec un petit sourire en coin. Il faut dire que François Forestier prend un malin plaisir à défourailler les films, malicieux, sa plume s’aventure à des descriptions hilarantes, dans un style volontairement ampoulé qui ajoute à l’amusement du lecteur. De formules bien trouvées en bons mots, les textes se lisent comme on lirait ou écouterait une (bonne) chronique radio. Simple, court et drôle. Chapitré par thématique, le livre nous fait voyager dans une galaxie cinématographique peuplée de pépites en tous genres : les péplums exotiques et cheap, les films machos, les super-productions du nanar, l’érotisme sauvage et une bonne flopée de nanars à la française… L’occasion de découvrir l’existence de quelques joyaux qu’on a déjà hâte de vous chroniquer à notre tour : à commencer par Maciste contre les hommes de pierre (Giacomo Gentilomo, 1964) dont la direction artistique en papier kraft nous laisse déjà rêveurs, ou encore D’où viens-tu Johnny ? (Noël Howard, 1963) nanar musical français dans lequel notre bon vieux Johnny national joue son propre rôle aux côtés de Sylvie Vartan ! Sans oublier d’autres joyeusetés telles que Hollywood Chainsaw Hookers (Fred Olen, 1988) – une version érotiquo-trash du chef-d’oeuvre de Tobe Hooper – et le film dont seul le titre vend déjà grandement du rêve Surf Nazis Must Die (Peter George, 1987) !

Malgré tout, le concept atteint sa limite quand on atteint justement la limite de la définition même du nanar. C’est un problème récurrent, car chacun a ses arguments, ses critères, pour définir sa notion de nanar. Celle de François Forestier est tout aussi personnelle que la mienne. Aussi, à la lecture du livre, j’ai de nombreuses fois grogné en voyant quelques titres de films figurer dans cette anthologie. A commencer par Easy Rider (Dennis Hopper, 1969) ou toute une ribambelle de chefs-d’oeuvres du septième art dont la réputation est déconstruite par l’auteur dans une catégorie qu’il nomme d’ailleurs du titre provocateur de Mettons un terme aux maîtres. On y retrouve pêle-mêle des films aussi grandioses que A l’Est d’Eden (Elia Kazan, 1955), Blow Up (Michelangelo Antonioni, 1967), Mon Oncle d’Amérique (Alain Resnais, 1980) ou encore La Grande Bouffe (Marco Ferreri, 1973) un sacrilège qu’on 5128yboK8YL._AC_UL320_SR218,320_accepte finalement, tant la gouaille de l’auteur l’emporte sur le bon sens, sa façon presque malhonnête de démolir ses films unanimement salués est d’une drôlerie telle qu’on finis même par reconnaître que les films qu’on aime tant ont parfois des travers ridicules insoupçonnés.

Edité chez Denoël et vendu au prix de 21 euros, 101 nanars : une anthologie du cinéma affligeant mais hilarant, est un bon ajout dans une bibliothèque pour qui souhaite (re)découvrir quelques perles oubliées, à condition de ne pas prendre la littérature de cinéma trop au sérieux. Vous l’aurez compris, le livre n’a aucune vocation à se positionner comme un manuel d’histoire du cinéma qui dresserait l’anthologie des mauvais films, consacrés comme tels par tous, au contraire, il s’agit là d’une entreprise personnelle qu’il convient d’appréhender comme une rencontre, aussi, avec son auteur, plume libre et drôlatique. On notera par ailleurs, à l’adresse de l’éditeur, que le résumé derrière le livre ne vend que des titres de films (en vrac, Zardoz, Robot Monster, Independance Day, Plan 9 From Outerspace…) qui ne sont pas chroniqués dans le livre, probablement perdus ou remplacés lors de la mise à jour de cette nouvelle édition.


A propos Joris Laquittant

Sorti diplômé de la Fémis en Montage en 2017, Joris obtient son diplôme d'éleveur de Mogwaï dès l'âge de huit ans. Quand il ne dessine pas sur Dé'Ciné (decine.fr), il aime écrire sur le cinéma qui fait pas genre. Il est aussi membre fondateur de "L'Association pour la réhabilitation de l'importance de Walt Disney dans l'histoire du cinéma". Sa voyante dit que son signe astral est David Cronenberg ascendant Joe Dante, et il suit un traitement d'acupuncture trois fois par semaine pour soigner son addictions mono-maniaque aux flare bleus.

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